LIVRE PREMIER (i595)« S
Ifois fois rOcéan hispasique. Désirant ne point rappeler la mal*heureuse insurrection des GauloiS} îi ne fit qu'une allusion à son passage par la Franoe eu 1 539. Mais il s'appesantit sur la sagesse et rhabileté de la reine Marie, à ((ui il avait confié le gouvernement des Pays-Bas à cause de ses nombreuses absences. H exprima CDsuite le regret de ne pouvoir, à son départ , laisser au pays Uxlb paix stable, et il saisit >œtte occasion pcnir assurer les états que si, sous son règne, ils avaietit eu à supporter fréquemment la guerre, c'avait été contre sa vofonté ; que, chaque fois,. U 8*éCaît vu forcé par ses ennemis de prendre les armés pout aâ déCeose. n y avait longtemps, ajoula-t^il, que le déplorable état de sa saiM l'avertissakde son InsufiBsance ; mais il avait ajoonié rexécution de son projet à cause de rinoapacité de la reine, sa mère, du jeune Age du roi , son fils', et de Textréme confusioik des afisdifes auxquelles il lui paraissait convenable de remédier lni*même. U déclara, enfin, que, comme il se voyait actuellement tout à fait inutile ; que Dieu avait retiré de ce monde la reine, sa mère, et que son fils, ayant atteint TAge d'homme, pouvait, mêeux que lui, remplir envers ses peuples les obligations attachées à la souveraineté, il n'avait plus voulu différer la renonciation pour laquelle les états étaient réunis. Il leur demanda d'être fidèles à son fils, de rester unis, de soutenir la justice et de se défendre contre les sectes qui infestaient les pays voisins. Jetant un dernier regard sur sa longue carrière, il termina par ces mots, prononcés d'une voix émue et quelquefois interrompus par les sanglots des assistants : « Je confesse que j'ai dû tomber dans bien < des fautes, soit par inexpérience dans ma jeunesse, soit par i: orgueil dans mon âge mûr, ou par toute autre faiblesse inhé- « rente à la nature humaine. Hais je vous certifie que jamais, « sciemment et volontairement, je n'ai fait injure, tort ou viou lence à aucun de mes sujets ; que jamais non plus je n'ai M autorisé chez les autres semblables méfaits. Si cependant oela
« était arrivé, je proteste que c*est à mon insu : je le regrette « vivement, et j'en demande pardon... '. »
L,'émotion croissante de Charles-Quint ne lui permit point de poursuivre; il s'interrompit et fondit en larmes '.
Jacques Maes, pensionnaire d'Anvers, jurisconsulte, alors cé-^ lèbre, répondit à Charles-Quint, au nom des états généraux. Son discours était remarquable par sa prolixité et par les flatteries immodérées qu'il adressait au prince d'Espagne ^. Les états, dit-il en substance, avaient appris avec un regret inexprimable la détermination de leur souverain; ils eussent désiré de continuer à vivre sous son gouvernement;: et ni la. difficulté des cir* constances, ni les calamités de la présente gnerre, ni'd'autrés adversités quelconques n'étaient capables d'altérer leur amour et leur dévouement pour lui. Ils eussent fait d'instantes et humbles prières, afin d'obtenir qu'il revint sur la résolution qu'il avait prise , s'ils n'avaient su qu'elle était dictée par des moiifis impérieux. Les états se sounfiettaient donc à sa volonté. Ils étaient prêts, suivant les pouvoirs qu*iis tenaient de leurs commettants^ à accepter la cession qu'il faisait des Pays-Bas, à recevoir et in* augurer le prince son fils. L'orateur exagéra sans doute les senti-
1 Voy. dans les Analectes helgiques, p. 87-94 , les NoUs recueillies par un bon personnage estant en rassemblée. M. Gachard suppose qu'elles ont été rédigée^ par l'évèque d'Arras. Le discours que Pontus Heuterus met dans la bouche de l'Empereur s'accorde, pour le fond, avec ces notes.
' Voy, la dépêche contemporaine de sir John Mason, ministre résident d'Angleterre à la cour de Bruxelles et témoin de Tabdication. Conservé au State-Paper^Office, ce document précieux a été analysé et reproduit, quant à ses parties essentielles, par John William Burgon dans l'ouvrage intitulé : The life and times of sir Thomas Gresham, t. I, p. 473-476.
' Pontus Heuterus s'exprime en ces termes (fol. 676) : « Exinde Jacobus « Masius, Antwerpensium Syndicus , jussu nomineque Ordinum , longa « prolixaque oratione [ut vir erat natura disertus) respondit, cujus exem- « plu m hic non necessarium existimavi. »