LIVRE VU (i5âi-4565). 52i
durant te carême*. » Des prosélytes, plus nombreux encore, avaient été gagnés par les milliers d'Anglais qui naguère avaient cherché dans les Pays-Bas un refuge contre les bûchers et \e» édiafeuds dressés par le fanatisme de Marie Tudor *. Enfin la crainte de Tinquisition d'Rspagne était un motif puissant pour rapprocher tacitement des dissidents religieux beaucoup de catholiques et même les membres de la plus haute noblesse. Toute Thistoire de cette époque atteste combien le nom seul d'inquisition était en horreur en deçà des Pyrénées ; récemmenti à la mort du pape Paul lY, les Romains eux-mêmes avaient mis le feu au palais des inquisiteurs ^. Or, Philippe II s'était proposé, disait*on, d'in*
1 Description, etc., de Wesinbeke, p. 27,
* Archives de la maison d*Orange^Nassau, t. I», introduction, p. 464. — Selon Strada , les Anglais réfagiés étaient au nombre de trente mille. Quant aux réformés des Pays-Bas qui , sous le règne de Henri VIII et d*Ëdouard YI, avaient trouvé un asile en Angleterre, iisqmttèrent ce royaume à Tavénement de Marie Tudor et cherchèrent un autre refuge en Danemark ; mais ils en furent repoussés, comme des hérétiques et des gens damnés, par Tintolérance des prédicants de la cour dont les opinions différaient des leurs sur le point de la Gène ; ils ne trouvèrent pas un meilleur accueil près des protestants de Hambourg et de Lobeek ; ils subirent enfin; avant d^avoir été recueillis à Embden, des souffrances et des avanies dont les détails, rapportés par Emmanuel de Meteren(fol. 4 3), Jettent une vive lumière sur le vice de cette époque.
' Dans une dépèche adressée, le 48 août 4559, au cardinal de Lorraine, révèque d'AngouIéme, ambassadeur du roi de France, à Rome, s'exprimait en ces termes : « Le Pape est trépassé aujourd'hui environ les quatre heun^s « aprèsmidi : ce matin il a fait une congrégation des cardinaux, oh il leur a « recommandé son ftme, le Saint Siège et VinquisiUon, Ce peuple est quasi « furieux d'allégresse qu*il a conceu de cette mort. Après avoir rompu les « prisons dès le matin, il ont rois le feu cette après-disnée en la ma' son de
• rinquisition, de laquelle Je suis si voisin que ma maison a esté en très-
• grand danger, et n*en est encore du tout dehors. J*estois chez M. le a cardinal de Lenoncourt, quand ces seigneurs de Tinquisilioa m*out
assemblées publiques ou secrètes, sous peine de mort pour ceux qui les auraient présidées, et de destruction des maisons oii ces assemblées se seraient tenues. En conséquences de cette ordonnance, la maison de la veuve Derasse-Ducorron, taverniëre rue des Gorriers, oii Jean Delannoi avait tenu un prêche, fut rasée à fleur de terre ; les matériaux vendus au profit du roi, et la tavernière elle-même condamnée à faire amende honorable. Delannoi fut exécuté par la corde, puis brûlé ; les livres hérétiques, dont on avait trouvé plusieurs ballots à son logement, furent également livrés aux flammes ' .
La répression fut moins prompte à Valenciennes. Le marquis de Berghes, arrivé dans cette ville avec deux autres conseillers, avait fait arrêter les ministres calvinistes Philippe Maillard et Simon Faveau; mais il différa leur supplice et se rendit même à Liège pour y visiter son frère, Robert de Berghes, évêque de cette ville. La duchesse de Parme lui ayant ordonné de retourner à son gouvernement, il ne craignit point de lui répondre, pour excuser son absence, qu'il n'était ni de son humeur ni de sa charge d'être le bourreau des hérétiques. Abandonné par lo gouverneur et intimidé par l'attitude du peuple, le magistrat de Valenciennes tint en suspens, pendant sept mois, le juge-
i Histoire de Tournai, par Jean Cousin, licencié en théologie et chanoine deTégiise cathédrale de Tournai [Douai, 4620), chap. LV, et Histoire de Tournai et du Tournésis, par Gbotin, t. IL ~ Granvelle manda au roi que Montigny ne 8*était point prêté de bonne grftce à ces exécutions : « Je • sais qu'au lieu de remercier Montigny, Arenberg, Megbem et d*autres M ici se sont moqués de lui, lui disant quMl avait gagné toute faveur par ce « qu'il avait fait à Tournai, mais quMIs savaient très-bien le chemin pour « Tacquérir d'où il Tavait acquise, puisqu'il n'était besoin que de brûler « (avec ou sans motiO une couple d'hommes : quoiqu'il n'y ait pas tant de « sa faute qu'ils le prétendent, car si les conseillers Assonleville et Blasere « ne s'y étaient pas entremis, il ne se fAt pas fait à Tournai plus qu'à a Valenciennes..,.. »