LITRE VIII (1561). 34S
franchise à Tégard du roi, de la gouveroanle et de Granvelle. Qui aurait pu douter de son orthodoxie? U affectait de pratiquer publiquemoDl le catholicisme ; et à cette époque même, i) faisait publier dans la principauté d'Orange de nouveaui édits , plus sévères, contre les hérétiques: il informait le pape qo*il avait donné ordre de punir de proscription et de confiscation des biens tous ceux qui enseignaient contre la doctrine catholique '. Cependant Granvelle n'était pas entièrement rassuré quant aux conséquences du mariage, alors irrévocablement décidé. « Dieu, disait-il, en tirera peut-être quelque avantage pour son service ; mais s'il ne faisait pas un tel miracle, je crois bien que , au lieu tie relever l'éclat de sa maison (but auquel il prétend viser exclusivement), le prince ne se voie pAos tard plongé dans de graves embarras, ainsi qu'on le lui a souvent et amplement donné à entendre '. » Ces paroles étaient prophétiques.
Le 13 juin, Guillaume de Nassau informa Philippe II que ses noces seraient célébrées à Leipzig le 35 août, et il le priait d'y envoyer quelque personnage de sa part afin de faire connaître aux princes et sdgneurs, qui seraient là en grand nombre, que le roi d'Espagne lui était un bon maître. Philippe II répondit, le 28 juillet, qu'il accueillait favorablement cette demande ; et, en efEet, il chargea la gouvernante des Pays-Bas de désigner un chevalier de l'ordre de la Toison d'or pour assister aux noces du prince d'Orange et présenter à Tépousée , de la part du roi , une bague de 3,000 écus. Marguerite choisit Floris de Montmorency, baron de Montigny, qui eut aussi la commission de remettre à la princesse un collier de perles de la part de la régente des Pays- Bas. Guillaume aurait voulu se faire accompagner de tous les
< Archives de la maison d'Oratige, t. I«r, pp. 93-H8. ^ Lettre de Granvelle au roi, du 42 juillet 1561 , dans les Papiers d'État, t. VI, p. 333.
346 LES PAYS-BAS SOUS PHtbIPPE II.
gouverneurs, se$ coilègoes; mais la duchesde de Parme 8*y opposa, prétexlaot les besoins du pay& ei la ûluàtion de la France ^ Le pcihce était, au surplus, chargé d'une mission dipkHnatique : il devait tenir note des dispositiods .que les princes > de l'Empire feraient paraître concernant la dignité de roi des Romains, toujours désirée par Philippe II ; si on piettatt en avant Mûximilien d'Autriche, roi de Bohême» il devait pourtant se garder de combattre sa candidature, afio de ne pas laisser soup^ çonner qu'il y eût mésintelligence entre les deux branches de la maison d'Autriche '.
Au jour fixé , c'est-à-dire leS5 août, le mariage de Guillaume de Nassau et d'Anne de Saxe fut célébré solennellement dans l'église de Saint-Nicolas de Leipzig, et les fêtes se prolongèrent pendant huit jours à Thôtel de ville. L'électeur Auguste était venu avec toute sa cour et plus de quinze cents chevaux ; le prince d'Orange avec une nombreuse suite de nobles des Pays- Bas et du comté de Nassau et plus de mille chevaux. Le nombre des invités s'élevait à plus de cinq mille : on y remarquait dix^sept princes parmi lesquels le roi de Danemark/ les électeurs du Brandebourg ei de Cologne^ les ducs, de Brunswick et de Clèves. Le landgrave de Hesse avait demandé qu'on ne llnvitàt ni lui ni ses fils ; cependaat.il ne tarda point à se radoucir, et il envoya une chaîne d'or à là princesse ^. Pendant les cérémonies du mariage, le prince avait gandé la même réserve
I CorreBfOiulame de Murfuet^ dé Pctrme , >pp. 380-386^ et Stsada, litr. 112. ^ Elle écrivit notamment au comte d'Aronber^ qui lui avait mainifcst^ rintenUQo d'accompagner le prinoo d*Pninge, qu'elle airi^ti résoin de ne donner congé à aucun des gouverneurs, si ce n'était après avoir prévenu le roi et entendu son bou plaisir. Documents hisioriques, i. XI (Archi*' ves de l'État). . »
' Archives de 1^ makon HVi-mftfe, t. l», p. 413.