LIVRE viti (i
jusqu'à dire que les lettres avaient été rédigées à Bruxelles même et. en blaoc. Il ne manqua point de s'adresser et aux seigneurs et au conseil privé, criant à Tarbitraire et à la tyrannie, publiant que l'on comiâençait par lui et.que les autres suivraient. Par ses importunités, il arracha du prince d'Orange et du comte d'Eg-mont une déclaration dans laquelle i's affirmaient quil n'était I our rleo dans les sentiments hostiles que ces seigneurs ma* nifestaieiit' &> T^ard de Granvelle. « Heureusement, disait le cardinal au roi , je puis fournir d'autres témoins, et eux^ménies, s'ils étaient interrogés, ne pourraient, en hommes d'honneur, se dispenser d'articuler certains faits d'où il résulterait clairement que, dans les circonstances oii Renard leur semble n'avoir pas suivi la ligne droite , il a procédé réellement par des voies obliques, n Renard, sachant que Granvelle l'accusait dlmprobité et même de trahison , présenta sa justiGcation à la duchesse de Parme, qui, nonobstant, insista sur son départ. Peu de jours après, il revint la trouver, avec un second écrit, demandant qu'elle le fit examiner par le conseil privé ou le conseil d'État ; mais elle ne voulut pas entrer dans celte vote; et le lui flt restituer en lui renouvelant l'ordre de partir. Alors il inibfma la duchesse qu*il désirait expédier un courrier au roi. Il n'était pas possible de rejeter brutalement cet appel à la justice du souverain; aussi la régente, vaincue par tant de persistance, se résolut-elle enfin d'attendre de nouveaux ordres '. Dans sa requête à Philippe II , Simon Renard , ancien ambassadeur en France et en Angleterre, invoquait les services notables qu'il avait rendus pendant vingt-deux ans à Charles-Quint et à son ftls, et qui maintenant étaient payés par la plus noire ingrati-
' Correspondance de Philippe II, t. !«', p. 236 et suiv. — Mémoire (iuédit) de l'abbé de St-Vincent. ^ Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. Vil, p. S3 et suiv.
tude. Il attribuait cette disgrâce è la haine que lui avait vouée le cardinal de Granvelle et que ce ministre plein de rancune avait poussée au point de lui retenir ses traitements et gages. Comment d'ailleurs pourrait-il obéir au commandement du roi, dans l'état misérable où sa santé avait été réduite par de longs travaux? Il ne pouvait, disait-il, supporter ni le cheval ni le chariot pendant une journée entière -, il était même si caduc qu'il ne marchait plus qu'à l'aide de béquilles et que ses inârmités l'obligeaient à demeurer au lit un tiers de Tannée. Il repoasaait avec énergie le reproche qui loi ^tait adressé d'avoir incité dans les Pays-Bas les ennemis du cardinal de Granvelle: il mettait ce ministre au défi d'étayer cette accusation par des preuves. Il suppliait le roi de le laisser vivre et finir ses jours oii il avait choisi le lit de mort, avec femme et six petits enfants, dont quelques-uns encore en bas âge ; il le suppliait aussi de faire payer ses gages afin qu'il pût acquitter ses dettes qui montaient à plus de douze mille florins. Enfin, il demandait au roi de ne pas prendre sa démarche de mauvaise part, attendu qu'il avait présenté requête au conseil d'Gtat et au conseil privé pour obtenir justice des diffamations dont il était Tobjet , et que Thonneur lui défendait de s'en aHer avant l'issue de ce procès ^
1 Voir celte requête dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, l. V, pp. 8-12. — II importe, pour apprécier cette affaire, d'entendre aussi le cardinal de Granvolle, qui s^ôiprimait en ces tertties dans une dépôche
au roi da 10 niars 1563 : « Gomme cet homme n'a pas la conscîeace
bien nette, il doit crtindre déplus grandes exigaores, et de ne trouver en Bourgogne ni les privilèges du Brabant, notamment celui de la JoyeuH entrée, dont il songe à se prévaloir contre son souverain, ni surtout Tappui de certaines gens sur lesquels il compte assez pour résister aux volontés
de V. M., de laquelle il tieiit tous ses principaux moyens d^extstence
En conséquence, il s*est mis à dire et à écrire tout oe qu*il a voulu eoatre ma personne et contre celle de V. M. elle-mtoe, exposant partoalqu*on
LiniE vin (4565). «^79
La (k^sobéîssance de Simon Renard était un indice de lirriCaCion croissante des aDiagontsteB du cardinal de GrajiveUe. Le prince
usait de tyrannie à son égard etqiit'on lui déniait justice D^jàdans
toutes les villes on entendait s^ôlever de vives rumeurs à son intention, la plupart se récriant de ce qu'on procédait contre lui de fait, au mépris des privilèges du pays et qu*on lui refusait justice, ajoutant que j*étais Tautcur de cette persécution, et qu*après avoir maintenant oommeneépar lai on 8*attaqoerait demain aux autre». Voiià ce qœ, par les efforts de sa rhétorique, il a cherché à persuader au peuple afin de le soulever contre moi. Voyant cela, je crus devoir protester auprès de quelques personnes contre Taccusation qu'il mUntentait, de violer la justice à son égard, car cet homme, songeant à se prévaloir, comme je l'ai dit, de la joyeuse entrée et des privilèges du Brabant, aurait pu facilement nous placer, en regard du peuple, dans une situation embarrassante. En cet état, je ne crus pas devoir me taire plus longtemps, et c'est dans le seul but de la vérité que j'ai dit et fait dire à quelques pensionnairos (des villes), afin que la chose se répandit dans les localités oè les manœuvres de Renard avaient déjà produit leur effet, les choses suivantes : ^f que Renard agissait mal et méchamment en employant les n(ioyens dont U usait» loi, serviteur de V. M., et qui man- (]uait de toute ressource lorsqu'il débuta dans les affaires^ où il s'était si fort enrichi à son service ; ^» que le roi ne lui faisait ni tort ni violence en l'employant plutôt^ dans une partie de ses États que dans l'autre, et que les craintes quHl manifestait à ce siûet ne témoignaient pas d'une conscience irréprochable ; 3» qu*il devait bien savoir, du reste, quels moyens il avait mis en usage pendant ces trois dernières années, et qu'il ne serait point surprenant, vu la publicité de toutes ses démarches, que V. M. eût entendu parler do ses lettres, ou même que Vune d'elles fût tombée entre ses mains ; 4» qu'il ferait beaucoup mieux d'obéir que de s*engager dans des démarches dont il pourrait se repentir plus tard, attendu surtout qu'il n'était pas sorti trèa-net du procès de Quiciet. A ce propos, j'ai donné copie à quelques personnes d*une lettre que j'écrivis à Renard lorsqu'il était en Angleterre, avant l'arrestation de ce malfaiteur, ainsi que de la réponse dans laquelle il cherchait à l'excuser à mes yeux ; du billet qu'il écrivit au même Quiclet peu de jours avant qu'on s'assurât de sa personne, pour l'engager à se tenir sur ses gardes, vu que l'envie grandissait contre lui ; enfin copie de la lettre qui motiva l'aiTestatlon de ce dernier, et dans
T)BO LES PAYS-BAS SOUS PflILIPPE II.
d'Orange, le comte d'Egmont et généralement tous les seigneurs conservaient la conviction que l'érection des nouveaux évéchés tendait à l'établissement de Tinquisition d'Espagne aux Pays-Bas. De plus, ils avaient été très-surpris d'apprendre , par le rapport de Montiguy, qu'ils passaient en France pour les chefs et les protecteurs des huguenots : ils imputèrent encore cette nouvelle calomnie à Granvelle. Ils déclarèrent que, s'il plaisait à ia ducbessede suivre servilement les volontés du cardinai, ils n'entendaient pour leur part n'être , en aucune manière, gouvernés par lui. Le comte de Bornes mit alors sur le f apis le projet de former ouvertement une ligue contre Granvelle '. Les partisans de celui-ci étaient qualifiés de cardinaUstes ou familiers de tinquisi-
laquelle il disait d*une manière assez intelligible que 8*il pouvait conserver le crédit dont il jouissait près de Renard, et Renard Tii^uenoe qu'il avait sur les affaires, il rendrait de grands servioes aux Français. Gomme j'ai donné copie de ces différentes lettres à quelques personnes, le nombre des
exemplaires s*est multiplié J*ai, du moins, atteint par ma manière
d*agir le but que je me proposais, celui de prévenir un ioulèveoieiit des peuples, et je Tai atteint si complètement, que M. d*Egmonta dit à Renard lui-même qu'il était son ami et le servirait contre moi de tout son pouvoir, mais que si les bniits qui se répandaient et comprcjmettaient sa loyauté venaient A se confirmer pour son malheur, il serait le premier à mettre le
feu au bâcher qu'on dresserait pour lui • Papiers d'État du cardinaide
OranveUe, t. VII, pp. «î-27.
I Granvelle en informa le roi dans sa lettre du 40 mars 4563 : • Ceai immédiatement après l'arrivée de Montigny que son frère a commencé à mettre effrontément sur le tapis le projet de former une ligue contre moi. Je dis une ligue ^ pour me servir de leurs propres termes, car ils n'en emploient pas d'autres, bien que j'aie fait observer à plusieurs personnes, avec l'intention que ce propos revint à leurs oreilles et leur servit d'avertissement, que c'était une chose inconvenante de voir les sujets d'un prince souverain s'occuper de ligues sans Tordis et le consentement de leur maître, et qu'à d'autres époques, pour des motifs bien moins graves, on avait enjoint aux fiscaux de procéder » Papi^s d'État, t. Vil, p. «.
LivM viii (1503). 581
fion {cardinalmos, 6 fiimUiaresdela inqumciQn)t et les seigneurs coalisés disaient hautement qu'ils considéreraient comme leurs ennemis ceux qui soutiendraient le ministre ou même qui entre* tiendraient quelques rapports avec lui. Ils étaient surtout excités par le seigneur de Glayon ^ qui exerçait une grande influence sur le prince d'Orange et sur le comte d*Egmont , le marquis de Berghes se joignit à eux avec ardeur ; et ils obtinrent aussi l'ad^ hésk>n du ccmite de Meghem, du comte de Hooghstraeten et du seigneur de Bréderode, sans parler de personnages moins considérables ^ Enfin, le prince d'Orange, de concert avec les comtes d'Egmont et de Homes, résolut de prendre l'initiative d une nouvelle démarche directe auprès du roi pour renverser leur ennemi. Ge projet, toutefois, n'était pas approuvé par tous les seigneurs, soit que la gouvernante eât réussi à jeter entre eux quelques semences de division, soit que d'autres n'y voulussent pas. consentir, par cette raison qu'ils ne conduisaient pas eux-mêmes le parti ".Monligny avait vainement cherché à entraîner BerlaymoDt dans la coalition contre Granvelle, en lui fsusapt envisager les avantages qu'il en reiireraît; on lui donna même à entendre qu'on feinit nommer son fils évêque de Liège; mais ce seigneur avait répondu qu'aucune cause suffisante ne motivait une pareille ligue et qu'il ne voudrait pas s'aventurer dans des démarches qu'il serait plus tard dans rimp<issibilité de justifier aux yeux du roi. Le comte d'Egmont se rendit au château de Beaumont , chez le duc d'Arsehot , et ne négligea rien non plus pour l'engager à foire partie de la coalition. Le duc résista avec énergie, disant, entre autres, qu'il était ami du comte d'Egmont, mais qu'il
' Lettres de la duchesse de Parme et de Granvelle au roi dans la Correspondance de Philippe II, t. I**!-, p. 936, 938 et 242. Voir aussi les Papiers d'Élat, t. VJI, p. 44 et suiv., et le Mémorial de Hopperus, 4r«part., cbap. VJI.
' Strada, lib. III.
38^ LES PAYS- VAS SOUS IHIILIFPfi II.
ne voulait pas l'avoir pour maître ni lui, ni le prinôe d'Orange ; qu'il était autant qu'eux , et quïl n^vatt pas une suite moins nombreuse de gentilshommes. Il lui dit encore que lui et les ligués faisaient une sottise de s'engager dans une démarche semblable; que si quelqu'un venait à offenser personneUemettt le cardinal, soit pour cause de religion ou toute autre, lors même qu'ils seraient compiéteroent étrangers à oette violence, on ne manquerait pas de la leur attribuer, et que, pour des sujets moins graves, certains personnages avaient perdu la ftirtune et la vie. Le comte d'Arenberg et 6. de Rofoles, présents à cette scène, intervinrent pour qu'elle ne finit point par un duel. Les chefe essayèrent tout aussi vainement de gagner Ârenberg et d'autres seigneurs de moindre qualité. Ârenberg motiva son refus sur ce qu'il n'avait aucun grief contre le gouvernement , et n'avait jamais reçu de lui le moindre sujet de plainte , nais au contraire toute la protection imaginable * .
Après de nombreux conciliabules et de longues hésitations, le comte d'Egmont fit passer secrètement à Charles de Tisnaoq, garde des sceaux des Pays-Bas à Madrid, une lettre plusieurs fois remaniée, quïl lui recommanda expressément de remettre entre les mains du roi. Cette seconde réclamation, qui portait la date du 1 1 mars, contenait en substance : <: Que les signataires étaient « très-tristes de ne pouvoir plus difliérer d'avertir le roi de ce (( qu'ils avaient longtemps dissimulé pour ne pas ajouter à la « multitude de ses grandes occnpéitions l'embarras de leur reil montrance; mais le préjudice évident que leur silence pourrait a apporter au service du prince et les dangers qui en résulte- « raient pour la conservation des Pays-Bas les contraignaient
1 Correspondance de Philippe II, t. I«r. p. 242 ; Mémorial de HoPKai», 4'^ partie, cbap. IV, et Papiers d'Etal du cardinal de GranveUe, t. VII, p. 45 ctsuiv.
LiTBB VIII (4565). 385
«I enfln à ronpre le silence et à s'exprimer librement. Aussi « espéraient-ils que te roi recevrait cet avis , exempt de toute «t pasfâon, avec la bénignité et la gratitude que méritait le zèle H qu'ils avaient pour son service. Lorsque tant de personnages tt prinmpaux des Pays-&s s'élèvent contre l'autorité du cardinal « de Granvelie, c'est qu'ils entendenl clairemeht que toute la ic puissance est entre ses maiins. Cette opinion est si profondé- « ment enraoinée ^anos l'esprit de tous les Belges et des signau iaires, qu'il ne but pas es|)érer de l'en effacer tant que le car- « dioal demeurera parmi eux. Ils suppliaient donc le roi, comme « vassaux fid^es, de o^sidérer combien il importait à son « service de remédier à un mécontentement si général. Le roi « devait être persuadé aussi que les affaires ne prospéreraient « jamais tant qu'on reoonnaltraît que celui*là en est le maître à « qui on porte tant de haine. C'est pourquoi , si le roi désirait le « bien des Pays-Bas, ils le priaient de nouveau de remédier au H mal qulls lui signalaient. Il y a urgence, poursuivaient-ils ; K celte affaire ne souffre plus ni délai ni hésitation. Si le roi ne M voulait pas adopter te remède indiqué, la raine des Pays-Bas « était imatinente. Au contraire, si te roi daignait faire droit « an jusies demandes de tant d'affectionnés serviteurs au lieu «( de les mécontenter tous pour satisfaire un seul , ils avaient le « ferme espoir qu'il reconnaîtrait bientôt le fruit de ce change- « ment et l'affection que tous , seigneurs , états , peuple avaient tt pour son service , sa prospérité Qt sa grandeur. Loin de se « plaindre de la gouvernante, ils ne pouvaient que grandement « se louer d'elle. Ils déclaraient ensuite que, par leur démarche, «( ils ne tendaient point à mettre le pouvoir entre leurs mains : « ils demandaient d'être même éloignés du conseil d'État; aussi u bien les intérêts du prince et leur propre réputation ne pou- « vaient leur permettre plus longtemps de se trouver dans ce « conseil avec le cardinal. Us suppliaient enfin le roi de prendre
384 LES PAYS-BâS SOUS PBflLIPR£ II.
<t leur requête de bonne paK , car elle ne procédait que de la » fidélité qu'Us lui avaient jurée et de la crainte que leur silence a ne fût un jour jugé criminel , s'il arrivait quelque caianité «( dans les Pays-Bas ^ »
Tisnacq présenta cette requête à Philippe II, sans savoir ce qu'elle contenait, mais en disant que le comte d'Egmont lui avait recommandé de la remettre en ses propres mains.
Quoique le baron de Montigny et le marquis de Berghes eussent conduit toute cette intrigue, ils n'avaient pas voulu apposer leurs noms au bas de la remontrance , mais ils avaient donné aux trois signataires une déclaration contenant la promesse d'approuver tout ce qu'ils auraient fait. Le seigneur de Glayon, dont l'intervention avait été plus grande encore, n'avait pas non plus voulu donner son nom , bien qu'il fût conseiller d'État. Cette abstention étrange avait indisposé contre lui ses trois collègues et avait été cause que, pour ne pas se rencontrer avec eux, il n'avait plus assisté aux délibérations du conseil. Du reste, les trois signataires de la lettre avaient pris la résolution secrète de s absenter de la cour jusqu'à ce qu'ils eussent la réponse du roi ; si cette réponse était favorable à leurs prétentions , ils y reviendraient, mais, dans le cas contraire, ils continueraient de
> Cette lettre se trouve dans le Supplément a Strcula, t. II, p. 270, et plus correctement daus la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. Il, pp. 35-39. —On remarque dang le Supplément aux archives de la maison d^Orange-Nassau, p. 20, uoe note écrite par Guillaume de Nassau à cette époque même : elle indique brièvomeot les motife qui l'avaient engagé à signer la requête du 44 mars. Il se proposait, eu i-ésumé, de déjouer une combinaison qui tendait à concentrer toute raulorité effective entre les mains de Granvelle par la nullité du rôle auquel on avait réduit les prin* cipaux seigneurs et par la suspension des états généraux Lui et le comte d*Egmont ne voulaient plus, par leur présence au conseil, avoir Tair d*approuver des ordonnances et des lof^ auxquelles ils n*avaient point participé et dont ils n*avaient même pas connaissance.
UVBE VIII (i565). S85
s'en teoir éloignés. Ces projets s*étani ébruités, Egmont reprocha au comte d'Aret^serg d*élre l'auteur de cette indiscrétion. GeluiMv répondit fermement qu'il n'y était pour rien , et que, si leurs trames étaient connoes, ils oe devaient l'imputer qu'à eux-mêmes, puisqu'ils ne parlaient jamais d'autre chose*. Egmont ayant répliqué que lui seul pouvait les avoir divulguées,- Arenbeiig midniint ce qu'il avait dit, ajoutant que, si Ton voulait foire venir en sa présence celui qui l'accusait, il était prêta lai donner un démenti et à le soutenir. Du reste, le prince d'Orange et le comte d'Egmont se rendirent efifectiviement dans leurs gou- ^ernements, et le comte de Homes dans son château de Weert. Egmont se montrait alors lé plus animé ; il disait pubtiquement qu'il faiiait s'unir pour la liberté et le bien du pays s
Granvelle, cependant, espérait encore détacher, ie comte d'EgiiMont delà ligue, car il lui paraissait lo {dus traitaUe et, n'avait d'afBt?e tort, disait^l, que de se laisser conduire et per^ suader par des hommes vtis. Le cardinal avait aussi indiqué au roi le moyen de faire disparaître l'antipathie que les Belges mani» festaient contre les RspugâolSj auxquels' ils supposaient qu'on voulait les soumette comme les habitants des possessions hispaniques en Italie. Il suggérait l'idée de donner à quelques-uns d'entre eux des intérêts on Espagne, en leur coàférqnt des commanderies. lis seraient naturellement amenés ainsi à tenir le parti de la nation donûnatrtce, et leurs parents et débiteurs seraient également gagnés par cette voie. Que deux ou troi^ des seigneurs, qui n'ont pas la Toison d'or, obtiennent une commanderie, il en résultera, disait Granvelle, que vingt-cinq autres vivront dans l'espérance et seront plus soumis. Les habitants des Pays-Bas perdraient aussi l'opinion qu'ils avaient de la résolution prise par le roi de ne leur rien donner en Espagne, ce qui faisait
• Correspondance de Philippe 11, l I«r, p. Î48. I. 35
3Bf» LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
plus de mal qu'on ne saurait croire. Il voulait également que des seigneurs belges fussent appelés à servir en Italie, où quelquesuns de leurs ancêtres s'étaient illustrés. « V. M. , ajoutait-il, étant le père commun de ses sujets, il est bien de leur prouver qu'elle les traite comme ses fils, afin, qu'on ne s'imagine pas que les Espagnols sont seuls considérés comine légUtmes : car tel est le langage que Ton tient ici et en Italie. » Il croyait que le prince d'Orange pourrait rendre d'utiles services, si on lui conférait la vice-royauté de Sicile ' .
Vivement et quelquefois injustement attaqué, Graovelle montrait beaucoup de modération apparente. Au mois de jaovier, il avait engagé la gouvernante à profiter de la première occasion favorable pour faire entendre au comte d'Egmont jque si lui et les autres men(ri)nes du conseil d'État étaient mécontents de oe pas prendre part à la consulte et au renouvellement des magialrats, eHeen donnerait avis à Philippe 11, et qu'elle les y convoquerait volontiers , si le roi le lui ordonnait. Et afin d'enlever aux seigneurs tout prétetite au mécontentement qu'ils témoignaient de le voir associé à oe travail, il avait supplié la gouvernante de permettre qu'il cessât de prendre part à ces dém^éralions , se réservant, bien entendu, de lui communiquer en particulier son opinion, lorsqu'elle désirerait la connaître. 11 avait même ajouté que si, en outre, ils prétendaient l'écarter du gouvernement, elle pourrait paiement proposer au roi de le retirer des Pays-Bas pour remployer près de sa personne ou ailleurs. Marguerite de Parme ayant averti son frère de ces dispositions du cardinal, Philippe II lui avait répondu, au mois de février, qu'elle pourrait donner suite à l'ouverture qu'elle se proposait de faire aux soigneurs
1 Lettre de Granvelle au roi, du 40 mars 4563, dans les Archives de la maison d'Orange-Naêsau, t. I, p. 484, et plus complète dans les Papiers d'État, t. vu, pp. 44 -55.
Livac vni (IS63). 587
iorsqu'elle verrait qu'il élail impossible d'agir autremeni ; mais, après cela , qu'elle devait différer, autant que cela dépendrait d'elle, de l'en avertir, promettant, de son côté, de traîner aussi la chose en ion(oeur : car, disbit-il, la mesure qu'il s'agirait de prendre ne convient pas à mon service et elle est contraire à toute raison * . Étrange, artificieuse et vacillante politique !
Phitippe II venait également de réitérer à Simon Renard Tordre formel de sortir des Pays*Bas et de se rendre en Bour:gogne. Mais le protégé et le eonfident des seigneurs objecta de nouveau, dans me longue requête, le déplorable état de sa santé, offrit au roi la démission de toutes ses charges et emplois, et s'efforça tde le mettre en garde contre les dénonciations calomnieuses qu'un ressentiment iinplacaUe dictait aq cardinal d^ Granvelle '. Il était en effet hors de dpute que Granvelle désirait ardemment de se veng^* sur Renard des atUnntes que portait à son autorité et à sa réputation la ligue ^seigneurs des Pays- Biis ^. Celte coalition acquérait de jour en jour plus de hardiesse. La gouveruante ayant ordonné la lovée de six enseignes d'infan-
1 Corrotpondwwe d9 PMipp» U^ t I«r, p. 136.— Poptér^ tC Était I. VII, p. 24.
' Votr cette reqaôle pleine de faits, dans les Papien cTÉtat, t. V, pp. 4 2-26.
' Les preuves abondent à cet égard. Voir notamment ce que Granvelle écrit h la duchesse de Parme {ibid,, p 34), et au prieur de Belle-Fontaine, dans le but de trouver son ennemi coupable. Plus tiird, après la mort de Renard, craignant qae ses amis m^ine n^attribuassenC fon aotmosité à un désir de vengeance, il déclara que le vrai mobile de sa conduite avait toujours été le bien public. Au surplus, dans une lettre à Gonçalo Perez, du 47 juin 4563, Granvelle déclarait que raffaire du conseiller Renard avait porté un coup mortel à Fautorité du roi. « Lorsque Ton voit, disait-il, cel homme continuer à résider dans le pays malgré les ordres réitérés et formels du monarque, il n'est personne qui ne .se promette le même succès dans ce qu*il pourra tenter. » Papiers d'ÉM du cardinal de Gran^ velle, t. VU, p. 406.
tcrie, pour remédier aux troubles de Tournai et deVaiendennes, et ayant voulu que ces enseignes dépendissent immédiatement d'elle, en donna, par commission du S4 mai 1563, le commandement à Biondel, seigneur de Haukbois. Les seigneurs se plaignirent aussitôt de cette disposition, prétendant que, dans leurs gouvernements, tout leur ftït subordonné. Le man^uis de Berghes se rendit à Tournai pour se concerter à ce sujet avec )e baron de Monligny, et le comte d*E^mont y alla également, tout o^a sans l'agrément de la gouvernante. D'un autre côté , le prince d'Orange reçut à Breda le duc de Ctèves , et n^en informa pas non plus la duchesse de Parme '. Les signataires -de la requête contm Granvelie menaçaient, enfin, de soulever le peuple au eas que le roi ne fit pas droit à leur demande ^
- Cependant Philippe II ne se hâtait pas de répondre à la seconde réclamation des trois seigneurs, bien que cette démarche Teùt vivekncnt mécontenté et qu'il la considérât presque comme une injure personnelle. En effet, un jour que Gdnçalo Peréz par^ lait au roi de la requête envoyée par les trois seigneurs, Philippe II lui protesta sur sa foi qu'il préférerait perdre sa couronne plutôt que de se rendre coupable envers Granvelie de Tinjustice qu'on lui conseillait '. Après avoir différé quelque temps s:i réponse selon le conseil qu'il tenait du cardinal lui-même, Philippe n signa enfin le 6 juin une dépêche qu'il avait fait rédiger par Tisnacq et qui était adressée aux trois signataires de la requête du 4 4 mars. Cette décision, si impatiemment attendue, arriva à Bruxelles le 39, avec d'autres pièces, et fut remise au comte d'Egmont; ses deux collègues étaient encore absents. Philippe II leur disait en substance : « Qu'il avait reçu leur
> Correspondance de Philippe 11, 1. 1*', p. 252.
* Lettre de Granvelie à Gonçab Perez, du 27 jain 4563. Ibid., p. 253.
* Gonçalo Vevçz à Granvelie, 45 juin 4563. Papiers d'État, t. VII, p. 99.
uvBE Yiii (1S65). 589
« lettre et qu'il ne doutait point qu'ils n'eussent donné cet avis » en vassaux fidèles, mais que, puisqulls n'alléguaient point de M raison particulière pour faire éloigner Granvelle des Pays-Bas, « et que, d'autre part, le voyage qu'il se proposait de faire dans (( ces provinces pourrait encore éprouver quelque retard, il « exprimait le désir que quelqu'un d'eux trois fit le voyage » d'Espagne afin d'être mieux instruit de bouche des motifs de «I leur démarche ; l'affaire était trop importante pour qu'elle pût N être éclaircie convenablement par correspondance ' . » En même temps, Philippe II, désirant que ce fût le comte d'Egmont qui se rendit à Madrid, lui adressa une lettre autographe pour lui faire savoir qu'il serait bieii aise d'apprendre de lui les raisons dont il ne lui avait pas donné connaissance par sa requête. Il informa la gouvernante de ces réponses, mais en exprimant le désir qu'elle feignit de les ignorer jusqu'à ce que le comte d'Eg* mont lui en parlât et lui demandât la permission de venir en Espagne, permission qu'elle devait lui aocojtler. Le but de Philippe Il en cela était de diviser les trois seigneurs et de gagner du temps; il lui paraissait d'ailleurs que le comte d'Egmont, séparé des autres, serait plus traitable et plus facile à mettre à la raison ' . Dans la soirée da 99 juin, le comte d'Egmont vint trouver la régente et lui communiqua la lettre par laquelle le roi (invitait à se rendre en Espagne. Il lui dit que, quoiqu'il eût résolu de ne pas quitter les Payâmes, cependant il ferait vdontiers^ ce voyage pour aller baiser les n^ains du roi ; mais que d'aller à la cour pour reûdre compte des affaires do pays, cela ne dépendait pas de lui mais des seigneurs, «comme du prince d'Orange, du
' Voirie Içxlc de cette lettre, danj^ la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. il, p. 41. — « Mauvaise el froide réponse, » écrivait Louis de Nassau , le 8 juillet, au laudgrave Guillaume de Hcsse. Archives de la maison d* Orange-Nassau, t. I, p. 464.
» Strada, lib m.
comte de Homes et des autres, s'excusant en conséqQeDce autant qu'il le pouvait. La gouveroante ne négligea rien pour le faire changer de résolution, mais ce fut sans succès. Egmont revint iiu palais, le I \ juillet, avec le prince d'Orange et ie comte de Hornes, de retour à Bruxelles depuis la veille. Il dit h kr gouvernante que le roi ayant répondu à la lettre qu'eux trois lui avaient écrite» tant en leur nom qu'en celui d'autres seigneurs de l'ordre de la Toison d'or et de gouverneurs des provinces, il était convenal)ie qu'ils convoquassent et consultassent sur la réponse à faire à S. M. les mêmes peramuiages; qu'ils avaient voulu en informer la duchesse et qu'ils lui demandaient son autorisation à cet effet. La duchesse repartit qu'ils pou* vaient traiter la chose par correspondance, que cela ne ferait pas tant de bruit et déplairait moins au roi. Rgmont réi>lîqua que , si la réunion des seigneurs à Bruxelles était désagréable à la duchesse, cette assemblée pourrait avoir lieu ailleurs, mais qu'il était impossible à eux trois de répondre au roi . sans la participation de ceux qui avaient concouru à l'envoi de leur première lettre. La régente, voyant bien que l'assemblée des .seigneurs se ferait sans son consentement, si eMe le refusait, préféra Tautoriser à Bruxelles même, parce qu'elle pourrait mieux pénétrer ce qui se traiterait en cette ville qu'ailleurs. Ce point ayant été arrangé, ia duchesse leur demanda s'il n'y avait pasqucIquemoyend'accommoderleursdifférendsavecGranvelle. Le prince d'Orange répondit aussitôt qu'il n'en voyait aucun, et le comte d'Ëgmont parla dans le même sens. EUe demanda ensuite qu'un d'eux se rendit auprès du roi pour lui exposer on détail toute Taflaire. Là-dessus le comte de Hornes voulait prendre la parole; mais Ëgmont l'en empêcha, en se plaignant que la réponse du roi eût tant tardé K
» Correspondance de Philippe II, t. ]•% p. 25*.