LIVRE VIII
nullement par animosité contre le prélat, quoiqu'ils eussent bien des motifs d'en vouloir à celui qui les traitait d'hérétiques et de sujets infidèles à leur roi. La duchesse de Parme répondit que la convocation des états généraux était une mesure d'une trop haute importance pour qu'elle pôt prendre sur elle d'en décider. Elle s'effor^ ensuite de justifler le cardinal et de les désabuser de ridée, oU ils étaient, qu'il leur eût rendu de mauvais oflBces : die ne le croyait pAS , leur dit^elle , capable de calomnier des personnages de leur qualité. Enfin , elle les engagea à revenir sur la résolution qu'ils avaient prise de s'absenter du conseil ; mais elle les trouva inébranlables : ils alléguèrent, entre autres raisons, que la réponse qu'ils avaient reçue prouvait, de la part du roi, Tintention de ne rien faire en leur faveur et de n'avoir aucun égard à leurs vœux. Une dernière conférence eut lieu le lendemain. La gouvernante renouvela ses instances pour déterminer les seigneurs à ne pas quitter le conseil : elle les pria de lui faire, à elle personnellement, un plaisir dont elle leur aurait une obligation infinie, en consentant à y venir, au moins jusqu'à ce qu'elle eût eu le temps d'expédier un courrier au roi et de recevoir sa réponse. Émus par tant d'insistance , ils demandé*rent de pouvoir se consulter entre eux avant de répondre. Ils déclarèrent ensuite, par l'organe du comte d'Egmont, qu'ils persistaient dans ce que le prince d'Orange avait dit la veille. Ils promirent seulement de chercher à éviter un éclat dans le public et de seconder la régente lorsqu'elle aurait besoin d'eux en dehors du conseil; même, . lorsqu*on aurait à y traiter des affaires concernant leurs gouvernements respectifs , ils consentaient à y venir, pourvu que le cardinal ne s'y trouvât pas V Bien que Granvelle et Philippe II lui-m^me eussent en quelque
* Notice sur la chute du cardinal de Granvelle, dans les Bulletins de r Académie royale de Belgique , t. XVI.
sorte compté sur la défection du oomte d'Egmont , ce seigneur refusa de se séparer de ses collègues et apposa son nom sur la troisième requête que le prince d'Orange et le comte de Bornes adressèrent au roi ie 29 juillet K Ils lui exposaient qu'ils avaient communiqué sa réponse aux autres seigneurs et chevaliers de la Toison d'or par l'avis desquels ils avaient écrit leur première lettre. « Tous avaient espéré une résolution plus large et plus <( décisive pour l'état des affaires. A la vérité, ce leur avait été
i Un mois auparavant, Granvelle écrivait à Gonfle Perez : • ... Comme le comte d'Egmont aime la fumée (y es amigo de humo) on pourrait, en lui accordant quelque faveur extraordinaire et pour lui seul, non-seulement se rattacher d*uno manière durable, mais inspirer de la jalousie aux autres seigneurs... Une personne de ma connaissanoo ayant eu occasion de lai parler il y a seulement trois jours , et insistant auprès de lai pour savoir quel sujet de plainte il avait contre moi, ce seigneur a réponda qu'il n'en avait aucun pour son propre compte, qu'il m'était natureUement affectionné, désirerait me voir pape, ou vice- roi de Napies , ou toute autre chose qui plairait à Sa Majesté , pourvu que je ne fusse point dans ce pays , parce qu'il ne pouvait se dispenser de faire cause commune avec tous les autres. Son interlocuteur lui ayant répliqué qu'il manquait en cda de prudence, qu'une telle condoite pourrait nuire à l'avancement de sa famiUe et lai faire tort dans l'esprit du^ maître, dont il connaissait l'aSsction pour lui, M. d'Egmont, bien qu'il eti déclaré plusieurs fois dans le cours de l'entretien qu'il suffisait que Dieu lui eût fait la grâce d'arriver au même point que ses ancêtres , répondit à deux reprises qu'il était trop tard pour lui parler dans ce sens, et qu'on aurait dû l'avertir plus tôt. Ceci fait supposer clairetàent qu'il est engagé fortement, et en quelque sorte è son grand regret. D'où il résulte que si quelqu'un de oevx auxquels il a confiance lui représentait qu'en s'attachant à suivre les intenitions du roi il disposerait Sa Majesté à lui coi^ fier dans l'occasion le commandement eu chef de Tarmée (car il serait inutile de lui proposer quelque emploi en Italie, après l'inleniion formelle qu'il a manifestée de n'accepter jamais ni la viceroyauté de Napies, ni quoi que re fût qui Téloignât des Pays-Bas), peut-être finirait-il par se rendre h ce qu'on désire de lui... » Papiers d*État Hu carffinal fie GranvcUe, t. VU, pp. 415-H7.