LIVRE VIII (15G
« une grande consolation que non-seuiement il eût plu au roi de (t reconnaître que cette remontrance procédait du zèle qu^ils « avaient pour son service, mais aussi que ie roi eût donné Teste pérance qu'il visiterait dans un bref délai les Pays-Bas ' . Ils « se seraient rendus avec empressement à Tinvitation du rot, si «c Tétat du pays ne mettait pas obstacle à leur absence-, et, du « reste, ce qui concernait ie cardinal de Granveile ne leur pa- « raissait pas une cause suffisante pour qu'ils abandonnassent u des intérêts qui touchaient de plus près au service du roi. Us «{ n'entendaient point d'ailleurs se porter comme parties contre M le prélat, ni entamer un procès, mais ils espéraient que le « simple et bref avertissement qu'ils avaient donné suffirait pour «( que le roi avisât à quelque moyen honnête et gracieux de « satisfeiire à la juste doléance de ses très-humbles sujets, en «( employant le cardinal dans un autre endroit, où il pourrait M rendre plus de services,^ selon sa profession et sa vocation. A x la vérité, le roi leur écrit très-justement que ce n'est point sa K coutume de disgracier aucun de ses ministres sans cause,
i Dans une lettre datée d'Araajuez, 43 juin 4563, Philippe II confiait à Granveile que son voyage à Monzon (pour la tenue des certes du royaume d'Aragon) était entravé par des embarras de ûnaDces : il n*avait pas, disait-il, un seul rcal pour payer sa maison, et il se verrait peut-être dans la nécessité de se mettre seul en route, malgré le dommage qu'en recevrait sa réputation. Il ne mettait point en doute rulilité, la nécessité même de son voyage en Flandi'e , mais des embarras financiers s'opposaient à son départ, attendu quMl serait foîrt malséant pour lui d'effectuer ce voyage comme U serait peut-être obligé de faire celui de Monzon. Rien ne serait plus inutile, plus dangereux mémo, de montrer un visage sévère, s*il n'était ppiqt soutenu par un appareil imposant, et il faudrait pour cela qu'il fût accompagné de troupes nombreuses et composées d'Espagnols en grande partie. D*aiIIeurs, disail-it encore, il ignorait la langue du pays, et, dans celle qui lui était propre, il ne pourrait se flatter de parvenir à convarncre sans le secours d'un interprète. Papiers d'État , i. Vil, pp. 81-85.
39G LBS PAYS-BAS SOUS PBILIPPE II.
« mais ils le suppliaient buntblement de considérer qu'il n'était
» pas question de disgracier le cardinal, mais bien plutôt de le
« décharger d'un emploi qui lai est peu convenable et qui ne
«c peut plus être entre ses mains sans grand danger d'inoon-
•( vénients et troubles. Que si, dans leur première requête, ils
<t n'avaient point spécifié des causes particulières, ce n'avait point
« été par impuissance, mais parce qu'ils avaient toujours espéré
M qu'il aurait suffi au roi de la confiance qu'il devait avoir dans
« leur fidélité et dans leur loyauté. S'il plaisait au roi de précéder
«( à une enquête plus ample, il n'entendrait que trop tes justes
« causes du mécontentement de ses sujets. Us aimaient mieux,
<i d'ailleurs, que le roi entendit des personnes non suspectes de
« partialité. En résumé, quand il n'y aurait, disaient-ils, que la
h confusion et le mécontentement qui régnent aujourd'hui dans
«( les Pays-Bas , ce serait un témoignage suffisant de combien
<( peu servent dans le pays la présence, te crédit et l'autorité
«< du cardinal. Toutes ces choses considérées , et voyant le peu
«I d'utilité dont ils étaient au conseil d'État, tandis qu'ils faisaient
» un grand tort à leur réputation, ils priaient le roi de trouver
«« bon qu'ils s'asbtinssent désormais de participer à ses travaux,
«( jusqu'à ce qu'ii lui plut de donner l'ordre qui lui paraîtrait con-
« venable pour son service et le bien du pays. Ils ne voulaient
n être ultérieurement responsables de maux causés par la faute
H d'autrui. Us voyaient bien aussi que leur différend avec le car-
«( dinal portait préjudice à l'expédition des affaires et qu'il valait
M mieux , au lieu de siéger ensemble , qu'ils lui cédassent la
« place noomentanôment et jusqu'à la décision du roi , qu'ils'
« attendraient dans un bref délai • . » '
Déjà le comte d'Egmonî s'était excusé par une letlre parlicu-
■ Voir le texte de cette requête dans la Correspondance de OuiOâLumc îe Taciturne, t. II, pp. 42-47.-