‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 139 sur 152 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

galeur. Simon Renard , le commensal ordinaire du comte d'Egmont et du prince d'Orange, nourrissait toujours l'espoir de s aider de leur protection pour surmonter les obstacles qui s'oppoeaientà sa rentrée au conseil d^État, lorsque la gouvernante lui commanda, de la part du r(M, de se rendre en Espagne Les amis du cardinal étaient persuadés que le rusé négociateur chercherait de nouvelles excuses pour demeurera Bruxelles; «il est trop renard, disait VigHus, pour se laisser attirer en Espagne. )»^ Maïs un second refus pouvait avoir des conséquences graves; aussi, quels qne fussent ses pressentiments, l'ancien serviteur de Gharles-Quint rësolot-^il de se soumettre. Du reste» il dégaiça;8a surprise et son chugrin en feisant considérer comme une manque défaveur l'ordre menaçant du roi; ii était, disait^il, appelé en Espagne pour remplacer le garde des sceaux Tisnacq, qui lui-^ ménùe viendrait remplacer Vigthis comme f)résident du cônsHI privé. Plusieurs le crurent et vinrent lui faire la cour ; quant aux seigneurs principaux, ils cherchèrent à le confirmer dans son espoir, pourvu qu'il fût innocent de la trahison que ses adversaires lui imputaient. Mafis Granvelle, pleiri de rancune contre le compatriote qu'il accusait d'ingratitude, n'épargna aucun effort pour précipiter sa disgrâce. Il ne se contenta point d'animer Viglius et de lui insinuer qtie les antécédents de Renard auCorisaient un procès formel et* jusque l'intervention même du bourreau pour lui infliger la torture, ii chercha encore , par des iosinuatioDS perfides, à rendre Gonçalo Ferez et Philippe II les instruments de sa vengeance. » Que s'il veut paraître devant ses « juges , éorivit-il au secrétaire de Philippe II , je me charge, « ainsi que je l'écris à S. M., de fournir d'ici aux fiscaux assez «« d'étoffe pour procéder contre lui. Je profilerai de cette ocaision « pour rappeler ù votre seigneijrie qu'il est quelquefois bien de M fouetter, comme on dit, le chien devant le loup ; car la manière « dont on se conduira envers cet homme tire peut-être beau-

u coup plus à conséquence pour le service de S. là. qu on ne « sdurait se l'imaginer en Espagne, surtout sous le rapport de «( l'exemple , non-seulement en Flandre, mais encore dans les M autres parties des États de Sa Majesté. » Il ne se montrait pas moins hostile dans sa lettre k Philippe II : •( Renard doit être K maintenant à la cour de V. M. ; je suis cerfain qu'il tftchera « d'y nuire : il est dans sa naiure de ne pouvoir faire autrement ; «I mais enfin il ne pourra y nuire autant qu^en Flandre. » Il avertissait ensuite le défiant Philippe II que, dans les lettres que Renard écrirait aux seignears des Pays-Ras, il ne manquerait pas, suivant son habiiude, dédire beaucoup de mal de la cour et de la persofme même du roi, et de TEspagne, et de toute la nation. Quant aui accusations qu'il pourrait avanoer contre lui, Grénvelle, le roi voudrait bien suspendre son jugement jusqu'à oe qtt*il eAt pu lui fournir ses moyens de défense ; du reste, il avait en maio toutes les preuves nécessaires pour convaincre cet homme des intrigues qu'il avait ourdies et que lui reprochait la voix puldique \

Philippe II donna raison à Granvelle, et Simon Renard ne revint jamais dans les Pays-Ras '.

Le concile fameux , qui avait été réuni dix-^huii ans auparavant à la demande de Charles*Quint et dans le but de pacifier rÉglise, venait enfin de terminer ses grands travaux de réforme et de régénération. Après avoir été deux fois intmrompus, ils

I Papiers d'État du cardinal de GranveUe, t. VIII, pp. 435, t57, fS5, 296, 41 i et 644.

' « Philippe reçut Reuard très-froidement, se contenta de lui donneF une audience fort courte, et ne voulut plus le voir, en sorte qu^après avoir langui à Madrid plusieurs années , le pauvre Renard y mourut à la fin de cbagrin ou autrement (8 août 1573). o Mémoire (inédit) de Tabbé de St-Vinceat.

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avaien^élo repria ie.4 8 janvier 4&63t sous le pontificat de Pie IV, et poursuivis dès lors avec ardeur et prudence. La ôlôture définitive du concile fut prononcée à Trente, le 4 décembre i 563.

De tous les souverains catholiques» Philippe II fut le premier qui voulut faire exécuter les décrets de cette mémorable assemblée. Il en ordonna l'acceptation sans réserve et la publication en ses royaumes d'Espagne ; des instructions analogues furent expédiées pour ses États d'Italie, pour ses provinces des Pays«Bas, et pour tous les autres lieux de sa domination jusqu'aux Indes '.

Il s'était déeidé, disait^il, à accepter le concile et à l'exécuter suivant sa teneur, parce que, en ce qui concernait le dogme, il n*y avait pas matière à la nooindre difficulté. Hais à l'égard de la réformation des abus et des excès signalés dans l'ordre ecclésiastique, comme il s*y trouvait certains articles contraires aux «( prééminences» de sa personne et de la monarchie, il se proposait d'avertir, par lettres spéciales, les prélats de ce qu'ils auraient à faire après que la chose aurait été examinée dans son conseil ; et il agirait de même en Flandre et dans les autres parties de ses États * .

Le mandement du roi arriva à Bruxelles le 48 août et y excita une émotion assez vive. Les uns y voyaient l'humiliation de l'autorité laïque, parce que , en plusieurs points, les décrets du concile, comme l'avait observé Philippe 11 lui-même, étaient grandement préjudiciables à son autorité et à sa juridiction ; d'autres , c*est«^à-dire les dissidents et ceux dont la foi vacillait , devaient détester des mesures qu'ils considéraient comme de nouvelles barrières opposées à la liberté de conscience ^.

! Vam dkr Vynckt, t. 1er, p. 4 77. — L*ordoDDance concernaDt les Pays- Bus et le comté de Bourgogoe fut donnée à Madrid le 30 juillet 1564. Elle e«t insérée dans les Papiers d'État du cardmal dé Granvelky t. VIII, p. 4 77.

> Le roi à Granvelle, 6 août 4564. Papiers d'État, t. YiU, p. 229.

' Un historien protestant soutient que quelque» articles et définitions du concile de Trente furent trouvés tant odieux « quMJs donnèrent occasion à

La résolution du roi avait excité une surprise d'autant plus grande qu'il venait de rompre tous rapports ofiBdels avec ia cour de Rome. Dans un conflit pour la préséance qui avaH surgi entre les ambassadeurs d'Espagne et de France, Pie IV donna raison à eelui-ci en lui réservant, aux cérémonies de la Pentieoôte, la première place après le représentant de l'enipereur. Don Luis (\g fiequesens, grand commandeur de Castilie, humilié par la décision du pape, protesta, au nom du roi PbiUppe, contre -l'in^ jure qu'on lui faisait et se retira enfin de Eocne par le commandement de son maitre« Plusieurs s'imaginaient déjà que cette querelle serait unoibstade à Tintroduction des décrets du concile de Trente dariâ les Pays-Bas; les hérétiques raillaient mémo le pape qui avait eu la maladresse d'offenser le r<A catholique , lorsque les ordres de Philippe II parvinrent à Bruxelles. En les transmettant à la gouvernante des Pays-Bas , il Tinforma de la signification qu'il prétendait ass^uer au rappel de son ambassa* deur. Les relations diplomatiques étaient suspendues entre les deux cours» à la suite de l'offense qui avait été faite au représentant de l'Espagne près dû souverain pontife; mais rien, afootait Philippe, ne serait jamais capable de le détourner de l'obéissance qu'il devait au saint^siége en ce qui regaixlait ia religion* Il exhortait ensuite la gouvernante à redoubler de zèlSi sous ee rapport, à montrer un courage ferme dans ia défense ^e la foi, à faire publier le concile de Trente dans les Pays-Bals et à l'y faire exactement observer , sans qu'aucun prétexte pàt la distraire de ce soin ' .

Le conseil privé, que la duchesse de Parme consulta d'abord,

t^ plusieurs de se distraire de la religion romaine et de s*ad joindre à ia prth- « testante réformée, aussitôt que ledit codcile fut seutement pablié. » Grande chroniqw de HeUande et de Zéiande, liv. IX. 1 STftADA, lib. IV.

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fui d'avte, à la pluralité des voix , qu'on devait obéir à Tordùhnanoe du roi; mais les seigneurs du conseil d'État manifestaient leur mécontentement de ce qu'on eût pris en Espagne une réso* lution si importante, sans ta leur communiquer au préalable. Ils insinuaient que l'extrême condescendance du roi serait trèsmal vue des princes d'Allemagne, exciterait leurs soupçons et les engagerait à se concerter avec les dissidents des Pays-Bas, dont rirritartîon était également à craindre. Celte appréclaticH) ayant été connue du conseil privé, quelques-uns des membres de ce collège, pour gagner les bonnes grâces des: sèigneuvs, feignirent de changer d'opinion. Cofut/unprétexte peur amener la gouvernante à réunir, ea cette citconstanœ, le conseil d'État et le conseil privé, ils délibérèrent, sous sa' présidence v après qu'elle eut exhorte cbafiUB à exprime^r librement son avis. Les opposants s'empressèrent nalurellement de profiter de cetteautorisation. ils prononcèrent des dèsbourslrès-vifs contre les ecclésiastiques, qui prétendaient à dominer les princes séculiers, et se plaignireot aussi, avec amertume,, du peu d'égards que le roi témoigoatt aux conseils et aux états des Pays-Bas , en statuant sur des affaires d'une telle importanoe sans les consulter d'abord. Mais quant aux articles de dogme ou de doctrine, les seigneurs opposants ne cessèrent de protester qu'ils respectaient les résolutions du concile.  la suite de ces discussions , le président Vigtius et Joachim Hopperus, membre du conseil privé, demeurèrent seuls de Tavis qu'il fallait se conformer à l'ordonnance si expresse du roi. La majorité de rassemblée émit l'opinion de suspendre la publication du coneile jusqu'à ce que le souverain, mieux informé, eût fait rédiger une nouvelle ordonnante conforme aux lois fondamentales du pays '.

I Vigtius a Graiivelle, S septembre 45^4, Papiers d'ÉUU, t. VUi, p. 343 ; et (iranvelle au roi, 8 octobre, Correspondance de Philippe II, 1. 1*^, p. :àt^.

La tlucbesse de Parmei adopUot la!réaolution de lu majorité» écrivit au roi que son mandement n'avait pas été trouvé auaoep* tibic d'exécution, par le motif qu'il ne réservait pas assez formel* lement les droits et hauteurs du prince, de ses vassaux et sujets dans les Payfr>Bas. Elle appuyait sa déclaration d'un recueil sonn maire des avis donnés, à la demande du conseil d*État, par les évéqueSy les conseils de justice et les universités de ces provinces. Elle lui exposait en outre que, par l'acceptation pure et simple du concile , tous les placards de l'empereur et du roi, en matière de religion» seraient annulés ; — ce dont les eoclésiasti* q ues se montraient très*joyeux, disait^le, puisqu'ils allaient être investis par là de toute J'autorité qui appartenait au souverain ■ .

La réponse de Philippe se faisant attendre, la régente insista pour qu'il tint compte des inconvénients qui résulteraient de l'exécution pure et simple des décrets du concile. Le principal, disait-elle, est que ceux de Brabant prétendront que le roi en* freint le serment qu'il leur a fait de ne rien innover dans les choses de ce pays, sans leur consentement , de manière qu'eux aussi se considéreront comme déliés du serment de Gdéiité. En outre, le magistrat d^Anvers était bien décidé à ne pas admettre le concile sans des réserves expresses *.

— Le prince d'Orange, selon Bentivoglio, s'opposait autant qu'il pouvait à la réception du concile de Trente. Quant au comte d^Ëgmout, il exigeait seulement qu'on cherchât les moyens de concilier Texécution des ordres du roi avec les intérêts des provinces. — Du reste, on trouve, dans le MémoritU de Hoi»PBKU« ($• partie, chap. VI), une analyse très-complète des délU)ératiens du conseil d'État et du conseil privé sur l'acceptation du concile de Trente.

» Papiers d'État, t. VIII, p. 286 et suiv., et Correspondance de Philippe II, t. 1er, p. 3<4.

* La duchesse au ^i, ao septembre 45ê4. -Correspondance de Philippe //, t. i*r, p. 345.

LiVRB » (1564-^4565). 459

Philippe II répondit enfin à la gouvernante, le 25 novembre, qu'il avait examiné ses notes avec le sommaire des avis des évéques et des universités, concernant le concile de Trente. QuoiCju'en Espagne on y eût trouvé, disait-il, certains points trèspréjudiciables à ses droits , le concile y avait été accepté sans limitation. S'il allait y opposer des réserves dans les Pays-Bas, cela produirait un ficheux effet, donnerait un mauvais exemple à la France et à d'autres pays, fournirait enfin matière à ce qu'on le calomniât à Borne , surtout à cause de ses rapports actuels avec le saint^iége. II désirait donc , avant de se résoudre , que la ducliesse examinât encore s*ii n'y aurait pas moyen d'accepter le concile généralement (ce qu'il souhaiterait beaucoup), et d'écrire aux conseils de justice des lettres qui en limitassent l'application *.

Mais la r^ente maintint ses objections. Après en avoir référé de nouveau au conseil d'État et au conseil privé, elle signala, avec plus de vivacité, les embarras qui résulteraient de la détermination royale. Il en naîtrait, répétait-elle à Philippe II, des disputes avec les états, vassaux , villes et sujets , auxquels il semblerait que, par cette acceptation sans aucune réserve, le roi délaissât des droits qu'il avait promis et juré de maintenir. Elle lui disait aussi qu'il fallait avoir ^ard à la divcrsitë des lois et coutumes qui régissaient les différents États de la monarchie, et enfin qu'il était nécessaire de procéder avec plus de prudence dans les Pays-Bas, parce que ces provinces étaient menacées de toutes parts par l'hérésie. Du reste, il suffirait de dire que le concile était accepté «< sauf les droits de Sa Majesté et de ses vassaux et sujets * . »

» Càrreipondanee de Philippe il, 1. 1«, p. 328.

* La doehesse au roi , H janvier f 565 , dans les Papiers d'Etat, t. Vf II , pp. 640-643. ^ Des difficultés plus grandes encore se présentèrent (»n

460 LES PAYS-BAS SOUS P«fUPPE II.

L'obstination de Philippe II fournît un nouveau grief aux adversaires de là suprématie catholique.

Tandis que tant de difficultés accablaient la duchesse de Parme, le cardinal de GranveUe, dont les r^ards ne se détour^ naient point des Pays*Bas, s'attachait, dans sa correspondance confidentielle avec le roi, à rembrunir encore la situation de ces provinces. Il lui signalait l'ambition et Taudace de rdigarchie dont la gouvernante était devenue Tinstrument, lui montrait la religion trahie, les finances livrées au pillage, les emplois et les offices devenus un objet de trafic , enfin, il lui laissait entrevoir que 1-autorité même du souverain pourrait se perdre dans cette profonde anarchie.— Dans le conseil d'État^ disait-il, un s*exprime par/ois d*uiie manière très-libre, et sans que personne s'y oppose, sur la religion et les nouveaux sièges. On prétend qulil: n'est pas bien de.chfttier les gens pour affaires de ia conscience et opinions de la foi ; qu'il y a de la cruauté, et ^ue c'est chose intolérable, défaire mourir un homme quand il ne s'est pas rendu coupable de rébellion ou de tumulte. Qiielques-*uns des membres du conseil laissent même entravoir assez clairement que. la confession d'Augsbourg ne leur déplairait pas. Tout est mis en œuvre pour cacher la vérité au roi et rendre le remède impossible. Les dépèches ne se font plus par la voie ordinaire de la chancellerie et avec le sceau, mais sous la seule signature de la gouvernante et sans l'entremise des secrétaires du roi, afin qu'il n'y ait point de Contrôleur ;. et les lettres adressées en F^spagnesont rédigées dans le seos qui convient à la majorité du conseil, afin qu'il n'y parvienne rien qui puisse donner au maître une opimon défavorable des Pays-Bas. Enfin, on ne traite plus en conseil la provision des

France. Le cardinal de Lorraine, qui avait joué un si grand rôle dans les dernières sessions du canci(e, ne put, malgré son. crédit et celui de sa maison à la cour, le faire recevoir dans le royaume.

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