LIVRE IX
offices, mais oo en dispose secrètement à prix d'argent ; la justice est «n. pleine décadence) et la religion encore plus^ Il n'y a que la promi^to venue du roi qui puisse remédier à cette déplorable copfusion '. —Tels étaient' les renseignements que GranveUe tenait du président Viglius et qu'il exagérait encore dans ses communications secrètes avec le roi, .
- Mais si, d'une part, Iç ministre congédié attribuait Tanarehie croissante. des Pays-Bas à l'espèce d'omnipotence que ses adversaires setaient attribuée, ceux-ci, de leur côté, continuaient à en rejeter les causes et sur l'inertie du roi et principalement sur sa confiance aveugle dans les conseils des cardinalistes Ils résolurent enfin de se mettre directement en rapport avec Philippe II pour en obtenir des concessions nouvelles, de nature b neutraliser l'influence pernicieuse du cardinal àe Granvelle et h consolider le triomphe de leur parti. .
Dans leurs communications fréquentes avec les membres des états ainsi qu'avec leurs adhérents du conseil privé et du conseil des finances, les seigneurs qui avaient, depuis le départ du cardinal de Granvelle, la direction effective du gouvernement, ne cessaient de ramener l'attention de leurs adhérents sur deux points des plus importants^ car ils résumaient çn quelque sorte toute la politique du parti national.. Le prince d'Orange et ses amis exposaient que îe nombre toujours croissant des hérétiques ne permettait plus dé les exdrper par te glaiVe ou par le feu ; que les rigueurs déployées jusqu'alors ayant été sans aucun profit, il fallait spnger sinoa ^ retirer les placards,, du moins à les roodi^rer ; ils allaient .même parfois jusqu'à dire qu'en octroyant à ehocun la liberté de consdencë en sa maison, sans donner lieu pourtant à un scandale public, et en y ajoutant la communion
* Granvelle au roi, 8 octobre 4564 et 20 janvier 4565 Corresponrfance (fe Philippe II, 1. 1", p. 323, et Papiers d'État, t. VIII, p: 020 et suiv.
M^2 LES PAYS-BAS SOOS 4^HILIPM II.
Sfêb uiràque specie; on pôarrail espérer ;Bri' remède efficace ". D'autre pa^t, ils; signalaient ie déplorable état oix se trovvait radminîstratîan des finances et de la justice, et, cherchant également tin remède à ce. désordre, Ils n'en voyaient diantre que dans Tad mission au conseil d'État de dix ou douze chevaliers de la Toison d'or ou seigneurs prinapaux, révérés par le peuple*; ainsi renforcé, le conseil devait avoir une prééminence incontestée sur les autres corps ou collèges de justice et de finances. Des discours analogues, un peu mitigés néanmoins, se tenaient au sein même du conseil d'État, alors qu'il délibérait sous la présidence de la duchesse de Parme.
Celle-ci, fatiguée de ces représentations continuelles ou pénétrée des difficultés croissantes de sa situation, demanda enfin s'il ne convenait pas de faire connaître sans fard au roi lui-même l'état affligeant du pays, soit par lettres, soit par un envoyé qui |X)urraît donner des informations plus précises et plus complètes. Les anciens partisans de Granvelle se récrièrent vivement contre
1 Cet avis semble avoir été suggéré aux seigneurs par Molinéus, doyen de Louvain , qui journellement tenait cotiseil avec eux. • D tient desjà • pour résolu qu'on ne doibve plus empescher le mariage des prêtres, ni n ta communion sub utrdque specitt et tiengnent aucuns des seigneurs « tels propos d'abolir rinquisition, et de non plus se informer des cou- «• sciences des gens, ains qu'on les doibt laisser libres... « Viglius à Granvelle, 40 décembre 4564, dans les Archives de la maison dtOrange- Èiassau, t. X^^ p. 335. — Au surplus, dans les dernières sessions du concile de Trente, un des ambassadeurs de l'empereur Ferdinand I"* avait aussi réclamé la communion sous les deux espèces ainsi que le mariage des prêtres; de son côté, remporenr avait insisté, à divmet reprises, sur la solution do ce8 grandes questions. Voir Histoire de la papauté, par Ranke, liv. 111.
' La duchesse de Parme proposait le marquis de Berghes, le comte de Meghem ot le seigneur de Montigny. Correspondance de Philippe //, t. W, p. 334.
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cette proposition; déclarant que le roi était suffisamment éoldiré ; que/ d'ailleurs, le relâchement dans l'administration de la justice ne provenait point d'un défaut de vigilance de la part de^ magistrats, mais bien do mauvais exemple donné par quelques nobles qili affichaient ouvertement le plus profond mépris pour tes officiers de la justice ; qu'il ne fallait pas non plus attribuer à la négligence des ministres préposés à la direction des finances les dettes énormes du roi et du pays, mais bien, aux longues guerres qu'avait terminées le traité de Càteau-Gambrésts ; que, quant aux hérésies, il ne fallait pas encore désespérer de les extirper, si chacun tenait fidèlement la main à l'exécution des édits ; enfin, qu'it n'y avait qu'un seul et vrai remède à cet état des choses, la présence du souverain. Mais le prince d'Orange et ses partisans soutinrent la nécessité absolue d'envoyer l'un d'eux près du roi, et le comte d'Bgmont fut indiqué comme celui qui pourrait le mieux remplir cette mission '. Il désirait, au surplus, d'en être chaif;é, et la plupart des seigneurs lui étaient favorables parce qu'ils connaissaient sa franchise, et qu'ils se persuadaient qu'il trouverait un bon accueil à la cour de Philippe IL De son côté, le comte nourrissait l'espoir de profiter de cette mission publique pour avancer aussi ses affaires particulières. H fondait alors de grandes prétentions sur ses services passés et présents. Il se plaignait de n'avoir eu d'autre récompense qu'une oytida de costa de 50,000 ducats, qui ne lui avaient pas été entièrement payés, tandis qu'il avait huit filles et deux garçons et des milliers, de florins de dettes.
La régente, tenant compte de la résolution du conseil d'Étal
^Mémorial de HoprRRus, 2* partie, cliap. III. — Dans uue lettre du 29 novembre 4564 , la duchesse de Parme assurait au roi que la dépense, dans les Pays-Bas, excédait annuellement le revena de 600,000 florins. Corresponâance de Philippe II, 1. 1^', p. 331 .
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et déférant au déstr exprimé par ie comte d'Bgmoot , te chargea expressément de se rendre à Madrid, pour y porter les vœux des principaux personnages des Pays-Bas. Toutefois, elle ne ae dissimulait point que cette démarche pourrait sembler hardie aux yeui de Philippe II : aussi aurait^lle voulu connaRre préalablement sa volonté. Mais les seigneurs lui firent de si vives instances qu'elle crut avoir beaucoup gagné (mandait-elle au roi) en différant le départ '. Ce voyage étant enfin décidé et devant slaccomplir dans le cours du mois de janvier 1 56$, il était nécessaire d'arrêter les instructions dont le comte d'£gmont serait porteur!
Viglius, chargé de rédiger ces instructions, crut pouvoir s*exprimer en termes généraux sur les nécessités qui avaient fait l'objet des longues délibérations du conseil d'État. Ce n'était pas ainsi que les adversaires du cardinal deGranvelte coiaprenaient la mission du comte d'Egmont. Le projet du président, ayantété communiqué au conseil, y rencontra un^ vive opposition. Quand vint pour ie prince d'Orange le moment dexprimer son avis, il saisit cette occasion de signaler la gravité de la crise qui menacerait les PayS'Bas , si l'on persévérait dans une politique fatale. Selon lui, il fallait dévoiler au roi la vérité tout entière et ne pas affaiblir la peinture des maux qui accablaient l'État, Il fallait s'expUquer avec franchise et clarté sur l'impossibilité d'exécuter les placards et le concile de Trente^ Il fallait dire ouvertement que les hérétiques, fiers de leur nombre, violaient hardiment les édits et méprisaient l'autorité des magistrats, chargés de les faire exécuter. Tout en déclarant qu'il iiestait attaché à la religion catholique, le prince s'éleva avec force contre la persécution
érigée en système : il dénia à l'autorité humaine le droit de com-
1 Lfi duchesse de Parme au roi. 46 décembre 4564 et 47 janvier 4IUi5, dans la Correspondance de Philippe H, t. [*f, pp. 333 et 335.