‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 141 sur 152 · LIVRE IX (1505). 4G · texte numérisé non relu

LIVRE IX (1505). 4G

primer les Ames et de leur ravir la liberté de ia foi. Il exprima enfm le vœu que Ton demandât formellement au roi la modération des placards , Tamélioration de la justice et des SnaDces et, pour atteindre ce* but, la réorganisation du conseil d'État et sa prééminence sur tous les autres collèges. Le prince avait parlé jusqu'à sept heures du soir, avec une véhémence extraordinaire, âur toutes les questions qui avaient été débattues au conseil d'État et dont le pays tout entier ne cessait de se préoccuper. Après cette harangue , qui aVait fait sur tous les auditeurs une impression profonde, la duchesse de Parme leva la séance et remit au lendemain la résolution à prendre. Yiglius étafit resté interdit devant la parole, pleine de force et d'éclat, de Guillaume de Nassau. Il ne se dissimulait point que, à l'exception de Ber-' laymont, tous les autres membres du conseil approuvaient les opinions émises par le prince d'Orange. Il rentra chez loi , très-ému, et passa la nuit à méditer ia réponse qu'il ferait le lendemain, et dont le résultat lui inspirait plus de crainte que d'espoir. Cette extrême contention d'esprit lui devint fdtaie. Le maân, tandis qu'on l'habillait, il fut frappé d'apoplexie. Joadiim Hoppêms le remplaça provisoirement au conseil et ne fil, en héalité, qu'écrire sous ia dictée du prince d'Orange et du marquis de Berghes les modifications , que ces seigneurs voulaient introduire dans les instructions préparées par Yiglius ; les additions qu'ils su^éi^rent conc(^rnaient principalement la modération des placards et la convocation des états généraux. En résumé, l'instruction donnée par la duchesse de Parme au comte d'Egmont contenait un exposé de ia situation des Pays-Ôas slous les rapports de la religion , de la justice et des finances. Le délégué du conseil devait particulièrement insister auprès du roi pour qu'il vint dans ces provinces et , en cas d'empêchement , pour qu'il transmit à la gouvernante des instructions précises sur la conduite qn^elle aurait à tenir, et pour qu'il

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remédiât y par des avances de fonds, à la détresse financière du pays *.

Dès que l'envoi du comte d'Egmont à Madrid eut été arrêté, te gouvernement se hâta de convoquer les états de Brabant afin de profiter du contentement qu'ils devaient éprouver de cette résolution, et d'obtenir ainsi les subsides si longtemps! différés. De son côté, Egmont voulut se concerter avec ses amis absents et les appela également à Bruxelles. Le 15 janvier i565 , les états donnèrent enfin leur consentement à ïaide soUiciiée par le gouvernement, €t on fit aussi courir le bruit qa^ils avaient accordé au comte d'Egmont S5,00^ livres pour son voyage «.

Egmonl partit de Bruxelles le \S janvier sur un cheval de course et alla coucher à Mons, ou il fut reçu et fétoyé par ie duc d'Arschot. Il menait avec lui six gentilshommes de sa maison, un secrétaire, un contrôleur, un cuisinier, un courrier, sans parler des autres serviteurs ^ tous étaient uniformément vêtus de oasaquesde velours noir^ quant à ieur maître, il se distinguait par un habit fourré de léopard ou de loup-cervier. Plusieurs de ses amis voulurent l'accompagner jusqu'à la frontière de France. On distinguait parmi ces derniers le comte de Hooghstraeten , firéderode, Gulembourg et le jeune comte de Mansfeld) qui le suivirent jusqu'à Cambrai '.

1 Vita VigîH, § 8S, dans les Anàiecta de Hoynck db Papkndrbcbt, l. W^ p. 40. — La source et commencement des troubles suscités aux Pays- Bas , etc. (MS. de la bibliothèque de Bourgogne). -^ Correspondeuiee d» Philippe 11, 1. 1»', pp. 337 et 343. -* Le cardinal Beotivoglio n'hésite pas à xlireque le discours prononcé par le prince d'Orange faisait honneur à sa Tiairvoyance et à sa prudence.

* Papiers d'État du cardinal de GranveUe, t. VIII, p. 651.

' Le comte de Gulembourg avait eu Tintention de raccompagner même }iisqu*eD Espagne. Mais chacun s'était empressé de ie dissuader dans TiiUérét de sa sûr^ personnelle, et par l'appréhension des contrariélés

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Un incident regrettable se passa pendant le coart séjour que le comte d*Egmont fit dans cette ville avec les amis qui lui servaient de cortège. Dans un banquet donné à la citadelle et où Maximilien de Berghes, archevêque de Cambrai, avait été invité, ce prélat fut en butte aux insultes les plus grossières ^ Excités par la chaleur du vin, quelques-uns des convives, le comte de Hooghstraeten et Bréderode surtout, avaient déjà tenu des propos hardis et désobligeants pour rarchevéque lorsque, vers la fin du repas, trois ou quatre d'entre eux se mirent à parler du prochain départ du comte d*égmont. Bréderode fit alors observer qu'il n'était pas convenable de laisser partir un personnage d'aussi haute impor-^ tance pour le pays, parce que, dans le cas oti il lui arriverait quelque malheur dans son voyage, la Flandre ferait une perte imnoense, et qu'on ne trouverait point à le remplacer. — u Rassurez-vous , répondit ironiquement Tarcbevéque de Cambrai, il se présentera bien quelque Egmont nouveau. » — Ces mots mirent Bréderode hors de lui-même. — « Comment, s'écria-t-il en blasphémant, faut-il que nous supportions pareilles choses de ce

que pourrait lui susciter rinquisilion, è cause de ses opinions religieuses. Il y avait un mois à peine qu^il avait rétabli la messe dans son château de ' Cttlembourg, après Ty avoir proscrite ; mais tout portait à croire que c*ctait la crainte qui avait dicté cette conduite plutôt qu'un retour sincère à de meilleurs sentiments. Il fut remplacé par le baron d'Aubigny (Jean de Rassenghien). Un autre noble, Warluzel, homme sûr et recommandé par Bréderode, accompagna Egmont jusqu'à Orléans. Papiers d* État, t. VU!, pp. 6S0-652

I L^arcberéqne de Cambrai, qui avait séjourné quoique temps à Bruxelles, aa mois d'août 4564, passait pour un partisan de Granvelle: mais ce n'était point l'avis de Morillon. • Il n'est pas si mal avec la noblesse, écrîTait Morillon au cardinal, qu'il en fait courir le bruit, et il se trouve journellement aux festins. Il a un maître d*hôtel qui est fort noté d'éli e huguenot , et ce n'est pas le seul en sa maison. • Papiers d'État, l. Vin, p. Î70.

prêtre?» — Gulembourg ^outa, en s*adressant à l'archevêque : — « G*e9t plut6t à nous à vous appliquer ce que vous venez de dire i car si vous veniez à mourir, on trouverait bien facilement cinq cents sujets de votre mérite pour vous remplacer sur le siège de Cambrai. » L*archevéque prit un verre de vin et, pour couper court à toutes ces discussions, porta la santé de Bréderode qui ne voulut pas l'accepter. Piqué de ce refus, le prélat lui dit qu'il voulait en connaître te motif, d'autant plus qu'il n'avait jamais cessé de lui.étre utile et agréable, a^tant que cda lui avait été possible, en toute circonstance. Bréderode sq borna à lui répondre en colère « qu'il ne voulait pas accepter cette santé ni boire davantage. » L'archevêque, fâché de la tour* Dure que prenait la dispute , répéta plusieurs fois q^'il voulait connaître le motif de ce nouveau refus. Quoique le comte. d'Egmont le priât de ne pas presser davantage Bréderode sur co point, parce que le vin lui avait porté à la tête, le prélat revint à la charge et déclara qu'il voulait absolument connaître les motifs d'un refus aussi désobligeant. Alors, échauffé au dernier point, Bréderode saisit le bassin dans lequel on devait se laver 1^ mains et le lança vers l'archevêque. Ce vase l'ayant touché à la poitrine et l'eau s'étant répandue sur ses vêtements il se leva, et, s'adressant à tous : « Comment, dit-il, c'est ainsi qu'on me traite, et c'est pour m'insulter ainsi que l'on m'a invité! Eh bien ! sachez que j'ai des parents et des amis qui répondent pour moL » En ce moment, le jeune comte de Mansfeld se leva de table, et, s'approchant du prélat, le pria de vouloir bien ne point prendre cette affaire en mauvaise part et de ne point s'en offenser, parce que son oncle (Bréderode) n'avait eu aucune mauvaise intention. En disant cela, il se trouvait très-près de Tarchevêque; celui-ci le repoussa avec le bras en disant : u Otez-vous de là! Quel est ce jeune homme qui vient ici me prêcher? « Irrité de ce geste, le jeune seigneur leva la main sur lui, accompagnant

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