‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 60 sur 152 · LIVRE iT · texte numérisé non relu

LIVRE iT

rances à i'époux de Marguerite, dans la persuasion, comme dit Strada, que la plupart des hommes s'attachent plus fortement par un bienfait qu'ils espèrent que par plusieurs qu'ils ont reçus. Ainsi, la nouvelle gouvernante se trouva dépendre ontièreroent du roi, et quoiqu'elle fût née dans les Pays-Bas et mariée à un prince italien, elle était réputée presque tout à fait Espagnole K

Philippe II avait chargé expressément Granvelle de lui proposer des candidats pour les gouvernements des provinces et pour les places vacantes dans l'ordre de la Toison d'or; il lui avait recommandé aussi de s entendre avec son confesseur pour aviser aux moyens de prévenir non-seulement les hérésies, mais aussi d'extirper celles, déjà si nombreuses, qui existaient dans les Pays-Bas. Il promettait de le seconder de tout son pouvoir et voulait que ce fût la première chose dont on s*occupàt avant son départ, comme étant la plus importante *. En effet, les progrès de la réforme ne s'étaient point ralentis depuis l'abdication de Charles -Quint. Récemment encore, le duc de Savoie, en sa qualité de gouverneur-général, avertissait les magistrats d'Anvers que les sectaires avaient tenu des conventicules près de cette ville et dans la ville même ; il y avait envoyé en conséquence un conseiller ainsi que le procureur-général de Brabant pour informer contre les hérétiques, et il avait été enjoint à la magistrature communale de leur prêter aide et de faire bonne garde, surtout la nuit, pour empêcher de semblables réunions. A la suite de cet avertissement, Jean Ducamp, anabaptiste, saisi à Anvers, avait été exécuté par le feu ^.

Granvelle n'était pas, comme le duc d'Albe, un agent inflexible

1 Steada; lib. I. — Relations de Bentivoglio, p. 88. * Papiers d'Étaidu cardinal de GranneUe, t. V. p. 594. ' Manuscrit de la bibliothèque de Bourgogne, n« 46075.

de la politique espagnole, un fanatique déterminé à briser par le glaive toutes les résistances. Il était anibitieux, mais il n'était pas encore cruel ; il aimait le pouvoir, et, pour le conserver paisiblement, il aurait voulu tout à la fois ménager les prétentions de Philippe II et se concilier la noblesse des Pays-Bas, qu'il préférait incontestablement aux grands d'Espagne, dont le nouveau roi s'entourait. Pour se fortifier dans la faveur royale et affermir sa propre autorité, il essaya de rendre la noblesse docile par Tappèt des récompenses, et en quelque sorte inoffensive par la suppression des états généraux, où le pouvoir de l'aristocratie pouvait rivaliser avec celui du prince. C'est pourquoi, adversaire lui-même des assemblées délibérantes, il entretint et accrut par ses conseils la répulsion presque instinctive que Philippe II éprouvait pour une prérogative qui lui portait ombrage '. Mais les circonstances étaient telles que le roi ne put se dispenser d'avoir encore recours à une réunion générale des députés des provinces.

La pacification de Càteau-Gambrésis n^avait pas rempli le trésor public. Il était dû aux gens d'armes allemands au delà de 4,600,000 florins ; et il fallait, en les licenciant, ou solder leur compte, ou bien s'exposer aux plus fâcheux désordres. Philippe avait voulu éviter de recourir à une assemblée générale en convoquant les états dans leurs provinces respectives, au mois d'avril 4559, pour leur demander une aide de 956,000 florins à répartir entre les diverses parties du territoire. Toutefois il dut bientôt reconnaître que, pour combler le déficit, l'intervention des états généraux était nécessaire. Ils se réunirent à Bruxelles

1 Vingt ans après, en 4584, Granvelle était loin d'avoir changé d'avis : • Je cognois, disait-il, riiumeur des estais, et que, si un ange du ciel y « yenoit, il seroit impossible qu'il y demeura longuement au contentement « do tous, j» Archives de la maison d'Orange^Nassau, t. VU, p. 532

Page 1