LIVRE IV (lb59]. U
le dO juin. L'orgaoe du gouvernenf^eot leur fit savoir que la plupart des assemblées provinciales avaient beaucoup tardé à voter sur les demandes proposées à Arras ' ; que la dépense s'était augmentée par ce délai, puisque Ton avait été obligé de i^tenir plus longtemps les gens de guerre ; que le roi avait été forcé d'employer au licenciement d'une partie des piétons allemands 500,000 florins, qu'il avait reçus d'Espagne pour la dépense de sa maison et la solde des troupes espagnoles ; qu'il restait à licencier plusieurs régiments allemands qui causaient de grands d^âts au pays ; enfin, que le roi était disposé à y consacrer en* core 600,000 florins qu'il prendrait à sa charge, mais que, pour le surplus, il comptait sur le secours des états. On avait cru que l'impôt sur le sel mettrait la recette au niveau de la dépense ; mais aucune résolution n'avait encore été prise pour sa perception, quoique plusieurs provinces y eussent consenti. Le roi désirait enfin que les états généraux délibérassent immédiatement sur cet objet ; il demandait aussi que les états provinciaux vendissent à son profit des rentes héritières, « au rachat du denier douze » jusqu'à concurrence de sommes désignées \
1 Voir ci-dessus, p. 83.
' Gacuard, Des anciennes Assemblées nationales de la Belgique, § II. — DaDs sa Justification, le prince d'Orange évaluait à 40,000,000 de floriDs la part contributive des états des Pays-Bas dans les dépenses de la guerre soutenue , pendant dix ans, contre la France. Grande Chronique de Hollande, etc., 1. 11, p. 477.— La situation financière de la France était moins brillante encore. La dette publique, à la nwri de Henri il, s^élevait à 36 ou 38,000,000 de fr., c'est-à-dire à plus de 14,000,000 d'éeus d*or. « Les richesses des particuliers, ajoutait l'ambassadeur vénitien Giovanni Michiel, ne sont pas moins épuisées, notamment celles des nobles et des paysans. Les nobles ont été obligés de suivre le roi plusieurs années de suite en France et au dehors dans une guerre désastreuse; puis un grand nombre d'entre eux, qui ont été faits prisonniers, ont payé des rançons énormes, non pas de deux, de quatre , ou de six , mais de dix , vingt , trente , quarante , cinquante ,.
Les assemblées provinciales, saisies de ces nouvelles propositions par les députés qu'elles avaient envoyés à Bruxelles , en firent l'objet d'un examen qui parut lasser la patience du roi, dont le désir le plus ardent était de retourner promptement en Espagne. Déjà la flotte, qui devait le transporter, l'attendait en Zélande. Il avait d'ailleurs quitté Bruxelles et s'était rendu à Gand, dès les premiers jours du mots de juillet , afin d*étre plus près du lieu flxé pour l'embarquement. Il convoqua les états généraux dans la capitale de la Flandre pour le dernier jour du mois, et, en attendant, il mettait la dernière main à la nouvelle organisation administrative des Pays-Bas.
Le vendredi, 27 juillet, après avoir Mi célébrer les obsèques de Henri II, roi de France, Philippe, suivi de toute sa cour et de ses gardes, se rendit à cheval au-devant de Marguerite de Parme, désignée pour être investiedu gouvernement général des dix-sept provinces. Ayant rencontré sa sœur à un quart de lieue de la ville, le roi mit pied à terre, l'accueillit avec de vives démonstrations d'amitié, et la conduisit ensuite en grande pompe jusqu'à l'hôtel qui loi avait été préparé '.
Le lendemain , le descendant des ducs de Bourgogne présida, dans l'église de Saint-Bavon , le vingt-troisième et dernier chapitre général de l'ordre de la Toison d'or. De riches tapisseries
soixante, cent mille francs, comme le duc de Lcngueville, et même de deux cent mille francs, comme le connétable, qui cependant n*en paya que )a moitié, car le reste loi fut remis. Eu les réunissant toutes ensemble, elles auraient suffi pour soutenir la guerre pendant une année. Les paysans, accablés de corvées et chargés d*impôts continuels dans plusieurs des principales provinces, telles que la Normandie et la Picardie presque tout entière, furent forcés de quitter leur pays , tant ils se trouvaient misérables. » Relations des ambasscuïeurs vénitiens sur les affaires de France au xvi« siècle, 1. 1, p. 409.
ï Néfjoriatifnis. otc, de Sébastien de l'Aubespine, p. 55.
uvni- lY (1559). 15i
couvraient Ws murs ; les stalles du chœur, surmontées des armoiries des chevaliers, étaient recouvertes de velours cramoisi, et la place réservée au roi, comme grand maître de TOrdre, marquée par un drap d*or« Le clergé alla chercher processionneiiement les chevaliers, réunis avec le souverain dans une des salles de la cour. Précédés des trois oflQciers de TOrdre, le chancelier , le trésorier et le greffier , les chevaliers , présents en Belgique, suivirent le clergé, vêtus de robes et de manteaux de satin cramoisi ; seize marchaient d'abord deux à deux ; puis venait le roi seul *, il était suivi de trois autres chevaliers à cheval. Après avoir assisté aux vêpres célébrées par l'évéque de Tournai , Philippe ouvrit le chapitre ^ 11 s'était proposé de faire accepter par les chevaliers présents des mesures qui tendraient à échauffer leur zèle pour la religion ; mais il fut mortifié de la résistance qu'il rencontra.
Le même jour , il écrivit à l'évéque d'Ârras cette lettre digne de remarque : « J'ai proposé aux membres de Tordre les articles u dressés par le chancelier et qui renferment les trois points sui- « vants : i*" n'élire jamais qu'un catholique à l'abri de tout soup- « çon en ce qui concerne la pureté de sa foi ; 2^ veiller avec le <i plus grand soin, maintenant et à l'avenir, au soutien de fa reli- K gion dans leurs terres , et à la répression des délits commis « contre elle ; 3"* entendre la messe chaque jour autant qu'il se « pourra faire sans notable inconvénient. Bien que ayant juré le « secret sur cette matière, ainsi que l'exigeait le service de Dieu, « cependant, comme je suis sûr que vous le garderez aussi de K votre cêté, je vous en donne communication, vous priant avec « instance de m'envoyer votre avis. Des trois points ci-dessus, le M premier a été accepté presque à l'unanimité , le second a arrêté « plusieurs d'entre eux qui disent qu'étant déjà astreints à ce
' Journal manuscrit de Yandenesse.
15â LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE IL
u devoir pdiv les placards, sous peine de confiscation de leurs biens tf el d'autres châtiments, il n'est pds nécessaire de leur en rapu peler une seconde fois raccomplissement. Quant au troisième (( article, il est devenu l'objet de contradictions plus vives encore; u ils prétendent, en effet, y être déjà tenus comme chrétiens et « qu'on leur fait tort en les exposant, par l'infraction du serment «( qu'ils prêteraient , à ajouter un nouveau péché à celui qui u peut résulter déjà de l'omission de leurs devoirs sous ce rapit port. Quelques-uns d'entre eux, d'ailleurs en [jetit nombre, » ne me semblent pas animés d'intentions bien droites ; quant u aux autres opposants, ils s'imaginent peut-être , quoique bien u à tort, qu'on leur impose des obligations excessives '. h Le lendemain, dimanche, les chevaliers entendirent ensemble la messe qui fut célébrée dans la même église, puis ils se rendirent à l'hêtel de ville, ou leur banquet fut présidé par le roi, assis sous un dais très-riche. Ils allèrent ensuite, vêtus de velours noir, ouïr les vigiles pour les chevaliers trépassés. Le jour sui* . vant, après le service funèbre également célébré poor les chevaliers trépassés, les membres de l'Ordre dînèrent de nouveau à l'hêtel de ville sous la présidence du roi. Enfin, le l^^'aoùt, après une dernière messe, les chevaliers se réunirent en chapitre pour réprimander les membres qui n'avaient pas observé les statuts et pour pourvoir aux places vacantes. Le comte de Meghem et le comte de Mansfeld furent les seuls chevaliers présents qui reçurent une réprimande : le premier pour quelques écarts dans ses mœurs et particulièrement pour avoir contracté l'habitude de jurer ; le second, pour avoir dit des injures à un ofilcier de justice du grand conseil de Malines et à un bourgeois de Bruxelles, qui le venaient interpeller pour le payement de quelques dettes'.
' Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. V, p. 628 etsulr.
' Journal de A'a^tdenesse. Conf. Histoire de l'ordre de la Toiêon d'or, p. 475.