LIVRE IV
ressentiment et même à faire une promesse ûc. nature à satisfeire ies états. Il leur fit répondre, le 9 août» qu'ils avaient été méchamment induits en erreur. N'avait-il pas nommé comme gouvernante sa propre sœur, née et nourrie dans le pays ? De même, ils n'auraient qu'à se louer des ministres qu'il avait chargés de l'assister. Trois mille hommes dlnfanterie espagnole restaient, à la vérité, dans les Pays-Bas ; mais le roi ne les y conservait que pour assurer les provinces contre tous les événements qui pourraient survenir et aussi pour soulager tes états, puisqu'ils n*auraient point à fournir la solde de ces troupes. Des mesures étaient prises pour qu'elles fussent exactement payées et, en outre, le roi leur avait donné pour chefs des seigneurs nationaux, le prince d'Orange et le comte d*Egmont. Néanmoins, en présence du désir manifesté par les états généraux, il ferait en sorte de rappeler ces Espagnols dans un délai de trois ou quatre mois, pourvu que les états fournissent au gouvernement les moyens d'entretenir les troupes indigènes chargées de les remplacer. Il daignait même ajouter que, s'il avait connu plus tôt le désir des représentants du pays, il aurait pris ses mesures pour ramener avec lui l'infanterie espagnole. Mais dans Tétat où étaient les choses, il fallait prendre patience, car son retour ne pouvait plus être différé K
Le 8 août, Philippe 11 avait signé les patentes de Marguerite de Parme comme régente et gouvernante générale des Pays-Bas et de la Franche-Comté de Boui^ogne, ainsi que les nominations des gouverneurs provinciaux. Il remit à sa sœur deux instructions secrètes ; l'une qui limitait son autorité, et l'autre qui concernait particulièrement l'extirpation de l'hérésie. Il résultait de la première que la gouvernante devait se conduire en tout d'après
k CoUeetion de docun^fUs inédits concernant l'hiètoire de la Belgique y 1. 1, p. 396-329.
IGO LES PAYS-BAS SOUS PaiLIPPB II.
ravis du conseil d'état et du conseil privé ; dans les matières financières, elle devait également suivre l'avis du conseil des finances. Par ses patentes^ elle avait le pouvoir de disposer de tous bénéfices et oflSces : le roi subordonnait ce pouvoir, quant aux bénéfices , à un rôle qt^il lui laissait ; quant aux dignités abbatiales , elle pourrait conférer celles des monastères de femmes , à l'exception des abbayes de chanoinesses séculières , et des monastères d'hommes valant moins de trois mille livres par an. Le roi se réservait les autres ainsi que la disp^tion des gouvernements de provinces et de l'amirauté ; il se réservait encore la nomination des gouverneurs et capitaines des villes d'Arras, de Béthune ^ de Saint^Omer, de Hesdin , de Bapaume , de Cambrai, de Landrecies, du Quesnoy, d'Avesnes, de Bouchain, de Gharlemont, de PhilippeviUe, ainsi que des châteaux de l'Éduse et de Lille ; la nomination des chefs de tous les collèges de justice et des bailliages de Hainaut, de Gand , de Bruges ; celle des capitaines d'hommes d'armes , enfin les grâces concernant le crime de lèse-majesté, les concessions de privilèges perpétuels sollicités pour les villes, les communautés ou les particuliers. L'autre instruction enjoignait expressément à la gouvernante de faire exécuter les édits en vigueur contre les hérétiques « sans infraction , altération ou modération ; » elle devait aussi veiller à ce que les inquisiteurs s'acquittassent bien de leurs fonctions et qu'ils fussent régulièrement payés afin qu'il n'y eut pas de délai ni d'interruption dans les procès qu'ils étaient chargés d'instruire '.
1 La commissiOD de Marguerite de Parme ainsi que les deux instructions analysées ci-dessus ont été publiées dans la Correspondance de Philippe 11, appendice du tome II, p. 467-477. ToiV aussi un manuscrit de Tancienne bibliothèque de Bourgogne, n« 46376.— Le traitement de la duchesse de Parme fut fixé à 70,000 florins par an : 36,000 florins de traitement ordinaire et 34,000 florins comme traitement extraordinaire. Le
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Le conseil d'État restait composé de la manière suivante : Granveile, évéque d'Arras; Charles, baron de Beriaymont, chef du conseil des finances ; Viglius, chef-président da conseil privé ; Guillaume de Nassau , prince d*Orange ; Lamoral d*Egmont, prince de Gavre; Philippe de Stavelc, seigneur de Glayon, grand mattre de rartillerie, et Simon Renard, ancien ambassadeur en Angleterre. Il était statué d'ailleurs que tous les chevaliers de la Toison d'or auraient entrée au conseil d'État lorsque, se trouvant à Bruxelles , ils y seraient appelés par la gouvernante ; les membres du conseil privé et ceux du grand conseil de Malines auraient le même privilège pour les affaires judiciaires '.
Cependant la gouvernante avait aussi reçu des instructions secrètes qui lui traçaient la conduite qu'elle aurait à tenir dans ses rapports avec le conseil d'État. Pour prévenir des divisions intestines, donner plus de liberté aux opinions et rendre en même temps tous les membres solidaires, elle devait les obliger, alors même qu'ils n'auraient pas été de Topinion qu'on avait suivie, de la défendre hors le conseil, comme la meilleure qu'on avait pu adopter. Si , d'autre part, la gouvernante voyait se former, au sein du conseil , des coalitions pour faire passer l'une ou l'autre mesure, elle était autorisée à se contenter de l'avis d'un comité intime ou consiilte, que Philippe composa lui-même de 1 evêque d'Arras , du baron de Berlaymont et de Viglius. Les propositions relatives à la collation des offices et bénéfices devaient être réservées exclusivement pour la consulte seule. Ainsi le voulait expressément le roi , afin de soustraire à l'influence
doc de Savoie recevait 36,000 florîDS, comme traitement régulier, et une indemnité extraordinaire de 20,000 florins. — Archives de Taudience, carton n<> 24 .
1 Recwii ei mémorial des troulAes diê Pays-Bas du roy, par JoAcniM HoppBBVS (dans les Analecta Belgica. de Hotngk Van Papbndbecvt, la Haye, 4743, în-i»), t. IV, p. 49.
162 LES PAY^BiS SOUS PHILIPPE II.
ides seigneurs la partie la plus délicate du* gouvernement. De œème, dans les circonstances 'urgentes et qui ne permettaient point d'attendre une réunion générale, il était encore permis à la gouvernante de s'en rapporter à son conseil secret ■ . Telle fut la . combinaison qui, en éveillant à juste titre la jalousie et les défiances des seigneurs principaux , devint le prétexte d'un mécontentement qui devait se «traduire ensuite en opposition flagrante.
Les gouvernements de$ provinces furent , d'après les indica* lions de Graavelle; répartis de la manière suivante :
La Flandre et rArtois, au comte d'Ëgmont ;
La Hollande, la Zélande et la provinoQ d'Htrecbt, à Guillaume deî^assau, qui reçut encore plus tard le gouvernement du comté de Bourgogne ;
. La FrisQ orientale, TOver-Yssei, Groningue et Linghen, à Jean de.Ligne, comte d'Arenbei^ ;
Le comté de Namur, au baron de fierlaymont ;
Le Luxembourg, au comte Pierre Ernest de Mansfeld;
Tournai et le Tournaisiâ, à Floris <jle Montmorency, baron de Ifontigny ;
Lille, Douai et Orchies, c'est-à-dire la Flandre gallicane, à Jean de Montmorency, baron de Gourrières ;
Le Hainaut, avec Vaienciennes et la citadelle de Cambrai, à Jean de Lannoy, baron de Molembais, qui, mort Tannée suivante (1560), eut pour successeur son gendre, Jean de Glymes, marquis de BerghesH>p-Zoom.
Tous étaient chevaliers de l'ordre de la Toison d'or
I Stbada, lib. I. Voir aussi, en ce qui concerne la consulte^ un mémoire de Granvelle, dans les Bulletins de la Commiswnh d'hi$tair0, t. IV (4 >« série), p. 445.
' Les gouyernemenU des provinces étaient censés conférés à vie. Cet