LIVRE VI
des afllaiires. Nicolas Perrenot, qui avait déjà acheté la seigneurie de Granvelle dont il prit ie nom ^ fut nommé premier conseiller de l'empereur et garde des sceaux pour les royaumes de Naples et de Sicile. Dès ce moment, il s'associa plus activement encore aux événements les plus mémorables de la seconde moitié du règne de Charles-Quint ; guerres, négociations, affaires religieuses, sa prévoyance dut tout embrasser. En 4535, il accompagne l'empereur devant Tunis; en 4539, il préside le colloque de Worms ; en 4545, il est présent à l'ouverture du concile de Trente. Préoccupé de la scission toujours plus profonde que les questions religieuses amenaient dans l'Empire, il voulait essayer de rapprocher les partis lorsqu'il mourut à la diète d'Âugsbourg de 4550. Prudent, modéré, laborieux, doué du tact le plus rare, Nicolas de Granvelle semblait indispensable à Charles-Quint , qui s'était fait comme une habitude de ses avis et de ses conseils. Chaque soir il envoyait à l'empereur, sur une feuille de papier, ses remarques et ses propositions sur les affaires que le monarque avait à traiter le lendemoin, de même que sur les dépêches et les informations des ambassadeurs. Du reste, il fallait que le mérite du seigneur de Granvelle fût grand , incontestable même, puisqu'il avait su conserver pendant vingt ans toute la faveur du prince assurément le plus capable de ce siècle. Aussi Charles-Quint écrivit-il , non sans émotion, à l'infant Philippe : «Mon fils, nous avons perdu, vous et moi, un bon lit de repos \ »
I II acquit la terre de Granvelle le S juillet 4527, et acheva en 4536, à Besançon, PhAtel ou palais auquel il laissa son nom. Il avait aussi fait anoblir son père.
' Mëfnoires de dom Prospbr LAvoqxje , t. W, passim. — Histoire du cardinal de GranveUe, par Goitrchbt et d'Ësnars ( Paris, 4764 ), liv. l«r. -» Notice préliminaire aux Papiers d'Étai, par Gii. Wkiss. - RektHonde Marine Cavalli.
Tout en travaillant sans relâche à consolider la puissance de Charles-Quint, Nicolas de Granvelle n'oublia point ses propres intérêts. L'empereur avait lui-même signalé la passion de son ministre pour tout ce qui tendait à augmenter l'inSuence et lopulence de la maison de Granvelle ' ; mais il reconnaissait aussi que ce défaut était compensé par de grandes qualités , par de rares talents , et pallié par la nécessité de pourvoir à l'établissement d'une nombreuse postérité.
Du mariage de Nicolas Perrenot , seigneur de Granvelle , avec Nicole Bonvalot, femme du plus grand mérite, étaient issus quatorze enfants. Onze survécurent à leur père : six filles, qui furent toutes mariées avantageusement dans la Franche-Comté, et cinq garçons , dont trois se rendirent célèbres à divers titres. Ce furent : Antoine de Granvelle ; Thomas de Chantonay, comte do Cantecroix % et Frédéric de Champagney.
> Navagero évaluait en 45i6 le revenu de Granvelle à 50,000 ducaU, iodépeDdamment de beaucoup de deniers comptaDts, d'une belle et précieuse vaisselle d'argent et de beaucoup d'autres objets de prix. CAVALLr, qui présenta sa relation en ^551, était d*accord avec son prédécesseur. , • Ce seigneur, disait-il de Nicolas Perrenot, a une provision de 42,000 éros par an. n a de plus une commanderie de Galatrava, qui lui vaut 4,000 écus, et il reçoit souvent des dons extraordinaires qui lui rapportent encore 4,000 écus et plus par an. 11 n'est pas revêtu du titre de grand chancelier, mais de celui de garde du grand sceau, Tempereur, après la mort du cardinal Gattinaire , n'ayant plus voulu donner le premier titre à personne. M. d'Arras, son fils, a de ses bénéfices 4,000 écus, et d'autres revenus environ 42,000 écus par an, outre les gratifications extraordinaires que lui accorde l'empereur : de manière que , indépendamment d'autres choses, ces deux personnages ont ensemble au delà de 50,000 écus par an : aussi ils ont, en peu d'années, tellement enrichi leur maison, qui était simple et pauvre, que ce qu'elle possède s'élève à présent à des millions. •
' Cantecroix ou Ganticrode, château situé près d'Anvers et qui commandait à huit villages voisins. Ce domaine appartint d'abord à l'évéque d'Arra.^; il fut 6rigéen comte vers 4570.