LIVRE vï (4559— ibOO). S2Î
Ces deux derniers embrassèrent la carrière des armes ; mais la tendance différente de leur esprit ne leur réservait point à tous deux une destinée également brillante. Frédéric de Champagney se montra irrésolu dans les troubles civils dont les Pays-Bas allaient devenir le théâtre. Thomas de Ghantonay se montra, au contraire, inébranlable dans ses convictions catholiques et sa prédilection pour la cause espagnole. Gouverneur d'Anvers en 4560, il devint ensuite ambassadeur en France et en Allemagne, majordome du roi et chevalier d'Alcantara ■ .
Mais Antoine de Granveile, né k Besançon le 20 août 4517, éclipsa tous les autres membres de sa famille, tant par son génie supérieur que par les éminentes fonctions qu'il exerça successivement Son père semblait l'avoir préféré à cause de la vivacité naturelle de son esprit. Il fit des études brillantes qu'il commença à l'université de DôIe et qu'il poursuivit à Padoue, à Paris et à Louvain , oii il prit ses degrés en philosophie et en théologie. Destiné à l'Église, il fut pourvu del)énéficesdès sa première jeunesse et, entre autres, de l'abbaye de St-Vincent à Besançon ; il n'avait même que quatorze ans lorsque le pape Clément VU le nomma protonotaire apostolique; à vingt-trois ans, il était évéque d'Arras. L'empereur avait remarqué sa bonne mine, mais surtout son esprit solide et pénétrant, son éloquence douce et persuasive. Reportant sur le jeune évéque d'Arras une partie de la confiance qu'il ne cessait de témoigner à son principal ministre, il députa Antoine de Granveile au concile de Trente, puis se l'attacha plus étroitement en lui conférant la dignité de conseiller d'État, tant il avait été satisfait d'une harangue prononcée au concile et qui passait pour un chef-d'œuvre d'éloquence. L'évéque d'Arras participa dès lors aux affaires les plus importantes , principale-
■ En 4549, Thomas de Ghantonay avait épousé à Anvers UélèuedeBréderode, et son mariage avait été honoré de la présence de Cbarles-Quint.
ment à celles de l'Empire dont Charles-Quint lui confia même les sceaux à la mort du seigneur de Granvelle. Le nouveau ministre était moins remarquable encore par son ardeur au travail, son exactitude et sa perspicacité que par l'étonnante vivacité de son esprit et une facilité qui tenait presque du prodige. Bien souvent on le vit lasser cinq secrétaires en leur dictant en même temps des dépêches en différentes langues, car, pour mieux servir Charles-Quint, il avait appris, indépendamment des langues mortes et du français, l'allemand, le flamand, Tespagnol et l'italien. Ayant une haute opinion de sa valeur, Il désirait plus que n'avait possédé son père , c'est-à-dire, comme Gattinara, les sceaux de tous les royaumes sur lesquels régnait Charles-Quint. Mais l'empereur ne céda point è cette ambition ; il déclara de nouveau son intention fdrmelle de ne plus créer un ministre aussi puissant que l'avait été son premier chancelier. La faveur accordée à l'évêque d'Ârras, dans des circonstances difficiles, exigeait de sa part la plus extrême vigilance , car il f^e voyait en butte à la haine des princes protestants de l'Allemagne qui, dans leurs manifestes , l'atttaquèrent personneliement et avec la plus grande vivacité, ne voulant point, disaient-ils, recevoir la loi d'un évêque étranger à l'Empire. Antoine de Granvelle, qui aimait à passer pour brave, accompagna Gharles-Quint dans la guerre d'Allemagne et, lors de la triste retraite dinspruck, il se tenait à cheval et armé de toutes pièces à côté de l'empereur malade, vaincu et poursuivi '.
Lorsque Charles-Quint eut annoncé l'intention d'abdiquer, Antoine de Granvelle exprima également le désir de ne pas prolonger plus longtemps sa propre existence politique. Il adressa à l'empereur une demande qu'il lui avait déjà faite, disait*il,
> Mémaireede dom L^esovi, p. 945, et Hiêtoire d** canHnal de GraH-