LIVRE VI
« Quant au profit, je puis prouver que, pour te revenu, j'ai «( essuyé perte notable. Longtemps aussi je refusai d'aceeptef « l'archevêché de Matines, et je ne l'acceptai enfin qu'à mon « très-grand regret. S'il était bien ou non de créer ces évéchés, « je le laisserai débattre ; il me suffit que je n'y eus part , ni «« que S. H. ne m'en parla jamais que lors de son départ des « Pays-Bas, après que les bulles eurent ét^ dépêchées ' . >»
Lorsque l'opposition était dans toute sa force, Granvdle écrivit à François Vargas , ambassadeur d'Espagne à Rome : « Plût à « Dieu que jamais on n'eût songé à ériger ces Églises * !» 11 est vrai que Granvelle exprimait des sentiments tout différents dans une lettre adressée à Gonçalo Perez , le 30 mars 4560. Il disait alors qu'il considérait l'érection des nouveaux évéchés comme si avantageuse pour les Pays-Bas, et si nécessaire pour le soutien de la religion, que non-seulement il ne voudrait en aucune manière l'entraver, mais qu'il serait prêt au contraire à y contribuer de sa fortune, de son sang et de sa propre vie ^. Du reste, il n'avait point tardé à répondre à Philippe II qu'il acceptait l'archevêché de Malines 4.
» Arehwetde ia maison d'Orange-Nasaau, 1. 1", p. 76.
* Oper, ciL, p. H7, Lettre du U septembre 45C<. ' Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 489.
* Cette réponse mérite aussi d'être citée; elle est du 20 mai 4560.
« Quant à rarchevéché de Malines, disait Granvelle, bien que je ne
me dissimule ni les embarras que son acceptation entraînera inévitablement pour mol, ni les difficultés qui s*offriront dans ia conduite de ce diocèse ; bien que je prévoie qu'on s*adressera de tous côtés au métropolitain, qu*on recourra môme contre lui, et qu*il deviendra, de nécessité, pour un grand nombre^de personnes, un objet de baine et de malveillance ;
bien que je connaisse mon peu de force comme V. M. m*a signifié sa
volonté d'une manière si expresse, il n'est rien de si impossible que je ne doive du moins l'entreprendre. Je souscris donc au choix qu'elle a bien voulu faire de ma personne, et n'épargnerai rien pour le justifier autant
On peut inférer de ces témoignages que Granvelle ne reçut pas d'abord les confidences du roi , mais qu'il se garda bien cependant de s'opposer à Tinnovation décidée par Pbilippe II; lorsqult en eut connaissance. Toutefois , il peut avoir regretté ensuite, comme une faute politique , une mesure qui lui était non-seulement favorable, mais qui, encore, avait incontestablement pour but d affermir la religion.
L'opposition devint plus vive qu'on ne pouvait s'y attendre.
Les anciens évéques soutenaient que, par la création de nouveaux sièges , on avait diminué leur importance. De leur côté, les moines se plaignaient de la diminution de leurs revenus et prétendaient que , contre Tusage observé de tout temps, on leur Atait le droit d'élire leurs abbés et de les choisir dans leurs ordres ; ils représentaient aussi que les abbés, toujours nationaux, n'avaient à cœur que l'avantage du pays, tandis que des évéques, placés par le pape et sur la désignation du roi, n'oublieraient jamais leur dépendance à l'égard des cours de Madrid et de Rome. Pour ce qui la concernait, la noblesse voyait avec dépit la substitution des nouveaux évéques aux abbés dans les assemblées des états ; ils ne se dissimulaient point que le rang élevé des chefs de diocèse leur assurerait une autorité qui contrebalancerait bientôt l'influence de l'aristocratie. Tel avait été d'ailleurs le but de Philippe II en réclamant l'union des abbayes aux évéchés : il voulait contrecarrer l'influence de la noblesse dans les états et surtout celle du prince d'Orange dans les assemblées du Brabant '. Enfin, les grands se plaignaient
quMl est en mon pouvoir, dans la confiance que Dieu, qui connaît ma bonne volonté , m'aidera à suppléer à ce qui me manque de force. C'est dans cet esprit que j'ai répondu à Madame (la duchesse de Parme) lorsqu'elle m'a parlé de cette affaire au nom de V. M » Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VI, pp. 97 et 98. * Granvelle en fit plus tard l'aveu formel. Voir Archives de la maison