LIVRE VI
envoyés à Rome pour que Dumoulin en fit usage. La duchesse de Parme, qui n*îgnorait point les manœuvres des étals, en avertit François Vargas. ambassadeur de Philippe lî à Rome, et lui prescrivit de prévenir le pape, d'observer Dumoulin, et de rompre des efforts qui devaient être contraires au bien de la religion et aux pieuses intentions du roi. Dumoulin, cependant, ne fut point sans influence à Rome, mais il vint trop tard pour changer les résolutions déjà prises * . Son intervention ne servit qu'à indisposer vivement Philippe II contre les membres des étals qui avaient autorisé cette démarche ; il voulut même savoir leurs noms et désira que la duchesse de Parme se souvînt d'eux, pour les châtier lorsque Toccasion s'en offrirait. A la vérité, Granvelle avait dépeint le docteur DumouKn au roi comme » plus grand hérétique que Luther, lui qui, sous Henri II, lors de la guerre avec le pape Jules III, avait osé le premier écrire et faire imprimer des livres contre l'autorité du siège apostolique *. >»
« ments et des raisonnemeots établis sur de grands principes, sur le droit « dlvin^, les droits humains, les lois fondamentales des provinces et les « privilège? de chacune. Il était démontré, par la prohibition notoire, » sans exemple du contraire, que c'était inouï de tolérer en ce pays ni » démembrement de diocèses, ni commende d'abbaye, ni translations de « fonds sacrés contre rintention des fondateurs. « Yander Vynckt, Histoire des troubles des Pays-Bas, t. Iw,p. 133.
1 Strada, lib. m.
' Granvelle au roi, U juin 4562, et réponse du roi du 4 7 juillet, dans la Correspondance de Philippe li, 1. 1*', p. 209. ~ A ces invectives, il convient d'opposer un portrait plus fidèle : « Dumoulin , comme beaucoup d*hommes savants de cette époque, avait été séduit par Paîtrait d*une réforme religieuse. Son esprit, à la fois ardent et méthodique, s'était élevé contre les usurpations de la chancellerie romaine, la sacrilège vénalité des indulgences, et beaucoup d'autres abus nés dans les temps barbares et qu'avait ignorés l'Église primitive. En les combattant d'abord en jurisconsulte, il finit par se passionner en théologien, et il adopta sur
Les états de Brabant avaient également envoyé deux députés près du roi à l'effet de lui représenter que l'union des abbayes aux nouveaux sièges épiscopaux était une infraction à leurs anciennes coutumes, à leurs droits et privilèges, dont Tobservation avait été jurée par lui. Pour donner plus de poids à leurs représentations, ils avaient même refusé les subsides. De son côté, Granvelle prévint le roi (16 janvier 1562) que le privilège, dont ceux de Brabant se proposaient de se servir à Madrid, avait été extorqué autrefois à Marie de Bourgogne et avait été révoqué de* puis, avec une clause de peine de mort contre ceux qui Tallégueraient ou s'en serviraient *. Philippe répondit, en conséquence, aux états de Brabant (27 février 1562) qu'il ne voudrait violer en quoi que ce fût les promesses qu'il leur avait faites dans sa Joyeuse entrée, mais que l'article de ce pacte fondamental; sur lequel ils s'appuyaient, interdisait, à la vérité, de donner les abbayes en commende, mais non de les unir, ou d'en appliquer les revenus aux évéchés. Les états, ne se tenant pas pour satisfaits, continuèrent leur opposition.
Au mois de décembre 1 561 , Granvelle avait pris, par procureur, possession de l'archevêché de Malines. Les évéquesnommés de Middelbourg, de Bruges, d'Ypres, de Harlem, de Namur et de Saint-Omer purent aussi prendre successivement possession de leur nouvelle dignité. Mais dans les autres villes épiscopales,
la prédestination et la grâce les dures opinions de Calvin. Puis il réprouya quelques préjugés de TÉglise de Genève, et chercha plus de modération et d'indépendance dans le luthéranisme. Enfin, trouvant partout violence et guerre civile, il se refroidit pour les dogmes de Luther, et parut s*arrôter aux maximes de TÉglise gaUicane, dont il se montra le défenseur le plus savant et le plus hardi. » Yillemain, dans la Vie de l'Hôpital,— Dumoulin, après une vie très-agitée, mourut le 27 décembre 4566, dans le sein de la religion catholique à laquelle il avait fait retour. 1 Correspondance de Philippe II, t. I*', p 499.