‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 103 sur 177 · LIVRE VI (1S · texte numérisé non relu

LIVRE VI (1S

le peuple, à qui Ton dépeignait les nouveaux évéques comme les précurseurs de Tinquisidon espagnole, se montrait si ému que Ton jugea prudent d'ajourner rinstallation pour qu'elle ne devint pas le signal des excès les plus graves ^

Le magistrat de la ville d'Anvers se trouvait surtout dans la plus grande perplexité. D'un c6té, la commune le sommait de la maintenir dans ses privilèges et libertés ; de l'autre, là c6ur le requérait de recevoir l'évéque, c'est-à-dire de faciliter, sdon les préjugés populaires, l'établissement de l'inquisition •. Le magistrat finit par envoyer à la cour un mémoire détaillé dans lequel il signalait les craintes de cette ville si commerçante , si peuplée et fréquentée par tant de nations. La régente répondit (23 janvier 1562) qu'il n'était pas question d'introduire l'inquisition à Anvers ni de lui porter préjudice en rien, mais plutôt de favoriser cette importante cité ; que, néanmoins, elle soumettrait la requête au roi. Philippe régla sa réponse sur celle qui venait d'être faite par le gouvernement de Bruxelles. Une seconde requête eut le même résultat. Alors l'administration urbaine, voyant 1 agitation croissante du peuple, résolut d'envoyer directement des députés en Espagne. Ceux-ci ne dissimulèrent point à Philippe 11 l'inquiétude répandue parmi les marchands étrangers et lui demandèrent l'autorisation de résider à sa cour, jusqu'à ce qu'on eût trouvé le moyen de concilier la volonté royale avec la sécurité de la ville. Cette autorisation leur ayant été accordée, ils en informèrent le magistrat et le conseil d'Anvers, qui leur adressèrent de nouvelles instructions plus pressantes. Comme remède extrême, ils devaient proposer

* Aux évéques cités, il faut ajouter celui de Bois-le-Duc qui fut installé le dernier et longtemps après les autres.

^ Le prélat désigné pour le siège d'Anvers était Philippe Nigri. Il mourut le 4 janvier 4569, avaut d'avoir été sacré.

â74 LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.

au r<» d'établir pour tout le Biabant un évéque à Louvain, lequel n'aurait pas eu plus de juridiction sur Anvers que n*en exerçait l'évéque de Cambrai, ancien diocésain. Informés que cette proposition serait, comme les précédentes, renvoyée aux Pays-Bas et soumise à Tavis de la gouvernante, les députés supplièrent le roi que, dans ce cas, il lui plût de demander aussi l'avis des chevaliens de la Toison d'or et celui des conseils et états des provinces. Hais, en cinq mois, malgré toutes leurs instances, ils ne purent obtenir une décision. Un des députés, obligé par son état maladif de solliciter son congé, reçut cependant du roi l'assurance verbale que l'inquisition ne serait pas introduite à Anvers. Plus tard, il en fut dit autant aux autres députés, et enfin ils furent congédiés le 2 août 4563 avec la déclaration écrite « que Sa Majesté tiendroit quelque temps cette affaire d'Anvers en surséance. » En effet, Philippe manda à la duchesse de Parme {\0 août 4563) qu'il avait jugé bon de répondre aux députés d'Anvers que provisoirement l'affaire dé l'évéché de cette ville resterait en suspens, et qu'il verrait plus tard ce qu'il conviendrait le mieux de faire '. Les lenteurs de la cour de Rome avaient favorisé la résistance des états. L'ambassadeur du roi ne pouvait obtenir l'expédition des bulles louchant la dotation des nouveaux évêques. Les Espa-

1 Jacques de Wasenbeke, conseiller pensionnaire de la ville d'Anvers, et Tun des trois députés envoyés à Madrid, a raconté les incidents de cette négociation dans la Description de l estât, succès et occurrences advenues au Pais-Bas au fait de la religion, 4 vol. in-12 (imprimé en août 4569). VotV aussi Mémorial de Hopperïis, I«*« partie, chap. V.; EmAivrEL de Mbte- RiîN, liv. H, et Correspondance de Philippe U, t. !««•, p. SôS.-^^IeBe fut quà l'époque où le duc d'Albe eut pris le gouvernement des Pays-Bas que la suspension consentie par Philippe II fut révoquée et l'évoque d'Anvers installé;' en 41^69, Philippe II nomma au siège de cette ville François Sonnius, d'abord évéque de Bois-le-Dac et sacré, en celte qualité, 'dans le couTS'de Tannée 4566. *- Les évôchés de Ruremonde, de Devepter, de Groningue et de I.eeuwarde demeurèrent aussi vacants.

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