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privé. Par cet édit, défense générale était faite, sans aucune exception, d'imprimer ou de copier, faire imprimer ou copier, vendre bu acheter, distribuer, lire, cacher, recevoir même les ouvrages de Martin Luther, Jean Wiclef, JeanHuss, Marciliusde Padoue, OEcolampadius, Ulrich Zwingle, Philippe Melanchthon et autres auteurs de cette secte réprouvée et de leurs adhérents ou complices, non plus que les livres condamnés par la faculté de théologie de l'université de Louvain,ni aucun de ceux qui, depuis dix ans, avaient été imprimés ou écrits, sans déclaration des auteurs ou des imprimeurs. Il était enjoint aux détenteurs des ouvrages de cette nature de les remettre aux magistrats de leur résidence, chargés de les jeter au feu.— Défense était faite également de peindre ou dessiner , faire peindre ou dessiner , posséder et garder des images, portraits ou figures malséantes [opprobrieuBes) de Dieu, de la Vierge Marie et des Saints, ainsi que de mutiler ou effacer les représentations des objets sacrés. •— ^Nul, de quelque état qu'il fût, ne pourrait non plus disputer de la sainte Écriture, même en matière douteuse, s'il n'était théologien bien renommé et approuvé par une université fameuse. — Les peines comminées contre les transgresseurs de ces défenses étaient la peine de mort par le feu pour les récidivistes -, par Tépée pour les autres coupables. Les femmes devaient être enterrées vives. Il était en outre décrété que les biens des suppliciés seraient confisqués, et leurs têtes mises pour Fexemple sur une estache.—Voxxr prouver qu'il ne voulait ni la mort ni la ruine de ses sujets, mais uniquement le maintien de la foi orthodoxe, l'empereur déclarait amnistiés d'avance tous ceux qui, avant le 25 novembre, avoueraient leurs erreurs aux principaux officiers des villes et bourgs, sous condition qu'ils s'en confesseraient ensuite à leurs curés dans un délai de quinze jours et qu'ils feraient la pénitence qui leur serait imposée. Étaient exceptés les relaps qui avaient abjuré, et ceux qui déjà étaient
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prisonniers ou en cause ; ces derniers devaient être châtiés selon la gravité du cas.— Défense était faite aux hôteliers de loger des hérétiques, et, s'ils les connaissaient pour tels, il leur était enjoint de les dénoncer sous peine de mort et de confiscation de leurs biens.— La môme peine était décrétée contre ceux qui, atteints d'hérésie, converseraient avec d'autres de matières défendues par l'Église.— Tous les suspects Id'hérésie devaient être exclus des charges ainsi que des conseils du gouvernement, et il était défendu aux officiers du prince de les faire entrer dans les échevinages. - Pour mieux découvrir les hérétiiques, on promettait la moitié de leurs biens aux dénonciateurs, pourvu qu'ils fussent confisqués et qu'ils n'excédassent pas la valeur de cent livres de gros, monnaie de Flandre ; une récompense proportionnelle était déterminée pour Tautre hypothèse, c'est-à-^lire, si les biens confisqués excédaient la somme de cent livres. - Enfin, il était recommandé de destituer de leurs charges et offices les officiers négligents ; et, pour que leur vigilance fût bien constatée, on les obligeait h envoyer des rapports trimestriels à la gouvernante au sujet des poursuites qu'ils auraient ordonnées contre les fauteurs de l'hérésie *.
L'édit du 24 octobre 1 529 ne resta point une lettre morte. Dans le même mois, un homme nommé Guillaume et natif de Zwoll, avait été brûlé à Malines pour avoir professé le luthéranisme. En 4530, un jeune homme de Naerden, âgé de vingt-quatre ans, subit le même supplice à la Haye, après qu'il eut persisté à prêcher les doctrines luthériennes, nonobstant les avertissements réitérés qui lui avaient été donnés. A la même époque Joos de Backere , chevalier, ayant été signalé à Gand comme hérétique, fut condamné à avoir la langue percée , à faire un pèlerinage à Saint-Pierre et à porter, pendant une année entière , une croix
• ' Voir le texte de cet édit, dans les Placards de Flandre.
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rouge sur la manche droite de sa robe. Du reste, les Inquisiteurs nommés en 1524 n'avaient pas attendu la promulgation dû nouveau placard pour déployer leur zèle contre les hérétiques. A cet égard, l'inquisiteur Coppin se signala particulièrement; car, en la seule année 1527, plus de soixante personnes furent» pour cause de i^eligion, traduites en justice à Bruxelles, et condamnées les unes à la mort, les autres à faire pénitence ^
Les doctrines anarchiques préchées par les anabaptistes et les excès auxquels se portèrent ces fanatiques , allaient provoquer un redoublement de sévérité de la part de Charles-Quint. Le défenseur de la foi catholique devait naturellement avoir à cœur d'extirper, par tous les moyens, des doctrines que les luthériens eux-mêmes qualifiaient d'horribles- il devait se montrer impitoyable à l'égard de ceux qui se révoltaient tout à la fois et contre ia société et contre l'Église. Mais avant de rappeler les mesures spéciales qui furent dirigées contre les anabaptistes, il convient d'indiquer succinctement l'appui qu'ils trouvèrent et les désordres qu'ils commirent dans les Pays-Bas.
Si ces provinces n'avaient pas produit Nicolas Storck et Thomas Muntzer, les premiers chefs des niveleurs du xvi* siècle- si Conrad Grebel et Félix Mans, qui dès 4522 introduisirent les doctrines- radicales dans la Suisse , n'appartenaient pas non plus aux rives de l'Escaut et du Zuyderzée , une large part cependant revenait à ces contrées dans la formation et les progrès des anabaptistes. David George, de Deift; Jean Mathieu ou Mathysson, de Harlem ; enfin Jean Buchold , de Leyde, celui qui fonda le royaume de Munster, exercèrent incontestablement une influence puissante sur les masses en prenant la direction d'une propagande qui embrassait la Suisse, l'Allemagne et les Pays-Bas. D'un
* HoppERus , Mémorial , chap. IX, § 81. — Memorieboek der stad Ghenl (publié par la société des bibliophiles flamands), p. 76.
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tout autre caractère que le luthéranisme , adopté avec réflexion par une partie des classes supérieures et lettrées, la nouvelle secte tendait principalement à enflammer les passions les plus dangereuses de la classe infime. C'était à la cupidité, à l'ignorance et à la sensualité de la lie du peuple que s'adressaient les prédications incendiaires de David George, le verrier; de Jean Mathieu, le boulanger-, de Jean de Leyde, le tailleur.
Les anabaptistes ayant été proscrits en Suisse, plusieurs se répandirent en 1 525 dans la Basse-Allemagne , surtout en Westphalie, en Frise , en Hollande et en divers autres endroits des Pays-Bas. La répression ne se fit pas attendre. En 1527, Jean Waden et deux autres sectaires , condamnés à la Haye, y furent brôlés à petit feu. L'année suivante, David George fut fustigé à Delft, eut la langue percée , et on le bannit en outre pour six ans. Mais ces exécutions n'arrêtèrent point les progrès de la secte : elle infecta peu à peu une grande partie des provinces et des villes des Pays-Bas septentrionaux. Partout apparaissaient des prophètes pour annoncer un nouvel ordre social , fondé sur la communauté des biens et la polygamie. Telles étaient les séductions qu'ils offraient aux convoitises de la populace pour l'attirer dans leur secte. Lorsqu'ils se crurent assez nombreux , ils créèrent des oflBciers, distribuèrent des charges et des emplois , nommèrent des évéques , établirent des tribunaux dans des maisons particulières , et entreprirent de condamner à mort et d'exécuter ceux de leurs adhérents quils jugeaient coupables. Déjà même ils commençaient à piller les églises, dans les lieux où ils étaient les plus forts. En 1533, ils tentèrent de s'emparer d'Amsterdam, et, au commencement de Tannée 1535* ils formèrent le dessein de mettre le feu, pendant la nuit, à la ville de Leyde. Ils entrèrent de force dans un monastère nommé Oud-Clooster, près de Bolswaart , en Frise, chassèrent les moines^ brisèrent les images, foulèrent aux pieds