LIVRE VIII
quant à ses sentiments religieux. L'électeur de Saxe, san$ doute pour donner quelque satisfaction à ses corelîgionnaiœs, avaU fait proposer au prince, loreque l'épousé© fut- couchée publl-* queuienl près de lui, selon la coutume du, pays, qu'il trouvât bon qu'elle continuât l'exercice de la ùQf^ii(mmiigmtane^ Mais Guillaume i^épliqua d'une manière évasivé qu'il ogiraitide sorte à pouvoir iiépondre à Dieuet m moade '.. ., j
Le 48 octobre, ia duchesée dé Parme informa le roi q<*e Guii-^ laume de Nassau était revenu d'Allemagne avec la princesse,: sa compagne ; et que, suivant sa promesse^ il avait veillé à ce qu'elle lui fût délivrée sans la maison qu'on, lui avait formée dains son pays. Un grand hombre de seigneu^rs étaient allés visiter le prince dérange à Breda ; ils mandèrent à la. gouvernant que déjà la princesse entendait to«s les jours la messe, et.qucv sui^ vant toute apparence, elle vivrait dans la religion catboliquev dont le prince s'était toujours montré si grand, ateervateur^ Peut-être Guilkume de Nassau ne se sentait4l alors; qu'une indifférence profonde en matière de religion, bienquM ne f4t point partisan des rigueûl*s que Yoïï déployait contre les dissidents ; peut-être aussi^ suivant la remarque d'un de ses apologistes, tâchait4l d'être bien avec t«)Us les partis, viv&at en catholique romain, accueillant les proteistants, montrant, selon les circonstances^ du zèle pour TÉglise romaine et de la commisération pour les hérétiques ^
La prophétie de GranveHé. devait d'ailleurs sf'acoomplir : le maris^e de Guillaume de Nassau avec Anne de;&acxe.tie (ut pas heureux ; la conduite de la princesse, d'abord étrauge, flflit par
1 Lettre de Lazare de Scbwèndy. à te duôhessede Parme^ dtitée de Qresde, le 13 sepiemlsTe 4<561, daoe \r Correspondance de Gmllauniùle Tacéhime, t. II, p.a77.
* Correspondance de Marguerrte de Ptirme, p. 287» : ' Archives de la maison dVrMgc.i: I«r, proIégomè«es, p, 20i.
devenir coupable. L'accord lic régna pas longtemps entre les époux. 'Arme de Saxe se montrait mélancolique et bizarre, tandis que, de son côté, le prince^ malgré ses préoccupations politiques, rpenait cette vie bruyante et dissipée, qui était alors dans les moetirs de la haute noblesse *.
' Pendant que le prince d'Orange se trouvait en Allemagne, le comte d'Egmont s'était enfin résolu à envoyer à Madrid, par un courrier exprès, la lettre secrète du 23 juillet. Il l'adressa au conseiller d'État Francisco Erasso, ennemi irréconciliable de Granvelle, le priant de remettre lui-même cette réclamation au roi et de l'assurer, de sa part et de celle du prince d'Orange, qu'aucune passion particulière n'avait déterminé leur démarche, et qu'ils n'y avaient été portés que par leur zèle pour le service du souverain. Erasso s'acquitta ponctuellement de la commission dont on le chargeait, et remit lui-môme au roi la lettre des deux seigneurs. Pliilippe la lut en sa présence avec beaucoup d'atten- Hon, et y fit aussitôt^ c'est-à-dire le 29 septembre, une réponse bienveiMante, mais vague. Il ne doutait pas que ce ne fdt leur zèle pour son service, qui les avait déterminés à lui écrire, et il les en remerciait. Le comte de Hornes, devant partir prochainement pour ies Pays-Bas, leur transmettrait la résolution qu'il croirait devoir prendre sur l'objet de leurs plaintes. En attendant, il leur recommandait la bonne administration des provinces confiées à leurs soins, et il les chargeait surtout de veiller au maintien de la religion et* au châtiment de ceux x]uia^.s6aient contre elle. Il n'y avait rien, disait^il, on quoi ils pussent lui faire un plus grand plaisir.
' Anne de Saxe était quelquefois quinze jours sans vouloir sortir de sa chambre et voir compagnie ; pendant le jour, ses fenêtres restaient fermées et elle ne souffrait d'autre lumière que de la chaotlelle. Ces faits., (]ai se rapportent aux années 1564 et 1565, sont consignés dans les Arvhhes de la maison f Orange, t. I"^ pp. 257 et 386.
LivRB Vin (i5€l); S49
En donnant avis de cette réjîonse air <*oni(e d'Egraont, Erosso l'informa en outre, que le roi écrirait de sa main à laduehfBse dé Farine afin qu'elle t)ourvùt à i*biyjet dé lêui^ plaiiKied. Il croyait toutefois que GranveHe s'effi^reeTait'd'y mettre empédiendnt; car' son cairaetère/ disaÂt-^ily avâid Idcfjôufs été de pirélendre. qup tout lui fût soumis et ie vouloir éire le monarqtië du [monde. If 'l^ngageait néanmoins à entretehii* de bons t*a|i}}iiiFts lavecle cakxiinal, dans l'intérêt du service du roi. Par ode seconde lettre du 15 odobre, il annonça aux deux seigneurs que le oomtede Homes était porteur de la résolution du roi, écrite dé la main de Sa Majesté, sut l'objet de leurs représentationis ; elle était conçue de tdie manière, disâitril, que les affaires se traiteront à lavenk tout différemment que par le passé ^
Le comte de Hornes ne tarda, point, en effèt^ de revi^ir à Bruxelles; le roi lui avait conféré la dignité de conseiller d'État des Pays-Bas, et il siégea pour la première fois, en cette qualité, le 6 novembre. Granvelle n'avait pas vu d'un œil favorable le retour de ce personnage, de cet ami du prince d'Orange et du comte d'Egmont ; l'impatience avec laquelle l'attendait un grand nombre de seigneurs lui avait semblé suspecte ; il n'ignorait pas non plus que le comte de Hornes s'était exprimé dans un sens très-défavorable aux nouveaux évéchés. Les dénonciations que Granvelle lui avait adressées ilérativement contre Homes' déterminèrent Philippe II à donner de sérieux avertissements à ce seigneur et à lui exprimer son expresse volonté au sujet.de la religion et de la réorganisation ecclésiastique. Il lui a^vait aussi reproché, avec une extrême irritation, son inimitié injustifiable conti-e Granvelle et lui avait prescrit de mettre plus de téBerve
* Correspondance de Philippe //, t. 1»^, pp. 495-198. ' Lettres de Granvelle au roi\du 12 juiU«tel du 18 octobre 4564ti]ansles Papiera d'État, t. VI, pp. 334 et 380.
550 LES PAYS-d|A9 SOUS PS1LI|>P£ II.
dans sa condaite et dans 86$ paro|e$ K Le .comte , eooore sous rimpretoidn delà colère de Philippe II, se surveilla davaDtagc, D'après le téaMigiiage de Graille Ji^mâoie) il s'exprimait, en puMic^fle la maoièrela plufi cpAvenablesur Iqs affairées ; iJiavaii parfaitemeni rempli les JAteiitioos dvi:c9i, lantAQSUJet^d^ la religion «que des nouYeauK aîéges épiscopapic, soit en prépence.de te duchesse de Parme, Soit dans ses eptrelieaa aviecjes membres dû ^onmU d'État *. Mais cette 6>opération apparente 9ux desseiits de FhUtppe 11 cachait une profonde irritation ; au fond, ie domte de Hornes était revenu ulcéré contre 'Gnaiive|lei,qM 11 accusait d'avoir usé de Son influence h Madrid .pour Tabi^uver de dégoûts; il lui imputait aussi le tort qui l^i 4tai( fait par la
I Pbilii^ilécHTait à GranveUe,.lè 47 novembre 11164 . «.^«., il est vrai « qi» M. de Bornes a témioigpé du méocnteatement pondant qpelqwes x( jours, .mais ce nuage est dissipé, à ce que j'ai appris, Qt il s'en est • retourné satisfjait. J'espère même qu'il me rendra dans les Pays-Bas « toutes sortes de bons services, s'il n'oublie pas ce qu'il m'a promis, prîo- « cipalement en ce qui concerné la religion et les nouveaux évôchés : je « lui ai parïé à ce sujet d'une manière bien formelle, et 11 m'a para oom- « prendre parfaitement. l'affaire. » Papiers d'Èiat, t. YI, p. 449. •*- On trouve ailleurs des détails extrêmement intéressants sur la dernière audience accordée par Philippe II au comte .de Homes. Ces détails, restés
.d'abords seorets, furent révélés, en 1564, au cardinal de Granvelle et à ses amis , par le secrétaire Bave qui les tenait de son neveu Gandiano , au service du roi d'Espagne. Philippe II, en très-grande colère, aurait dît an comte ide lîornes : a Quoy, malheqreuxi vous. vous plaignez tous de cet
'"h'ôrirtne, et n'y a personne , quoi que je demande, qui m'en sache :dtre la cause! •> Et se monta tant S. Mm qti0> ledit seigp^ur de Horp^ sortit si. étonné et changé de couleur que, à p^qe sçavoit-il trouver le chemin pour sortir ; ce qu'il a bien caché par deçà. » Le secrétaire Bave et le prévôt Morillon à Granvelle, 44 et 49 octobre 4564, dans les Papiers d'État, t. VIIJ, pp. 423 et U3.
* Lettre de Granvelle au roi, du 45 décembre idûi, dans les Jkipiers c/'i^rt^ t. VI, p. 453. ^ :
uYAC vril (i96l). SSi
^upiyrassion du traritement annuel de trois mtUe écus d'or qo'il tenait dii roi*.
Apres le retour dp comte de Homeis, ia- duchesse de Parme; obéissante «À "ordneAd reri, èeeôrai )e pribced^Orang^ et ie cimile tl'Egmobi qti'e rien nre 6èrâiK'piu%-défiiôrfn6<B dottstr^it & lëll^con^ fifafss^fK^. Mdifi ite Relurent pas tongteflif^ëëâriSt^stpcftteevM^ lesehloses eoûtiiïutfi^t i^etnynefpdr ie^ksé: Nicolas de (%iirte^ "wiïï^, f-nri des secrétaires du roi, avait iiftrittë Madrid vers la tnéthb époque qnfe le coWte èe Hornes/avec une mission àeterète relative aox alTaires de Finance ; et il lui avait été expressériiertt recôrtïmandé par Philippe II *e ne communiquer les points principaux de cette mission qu'à la duchesse de Parra^, au cardinai'de'Grahveite et au président Yigliùs. A' eux setfls il devait raipë'èéni^a)^ les Këisons du roi avec les GtriSes et ilntentioâ où fl élait de chercher à èiarier la reine d'Ecosse, leur nièce, avec un pri«ce de fa maison d'Autriche afin de faire réussir les prélentîohs de Marie Stuart sur l'Angleterre; eux seuls aussi devaienl donner un avis sur les persoflnages qu'il faudraitiemployer èfn'ciâtede guerre dans l'intérêt des catholiques* français. On devwft"Se Contenter d'entretenir, eneore aVec uriteoerteine réserve, les seigneurs du conseil des besoins financiers de^lIEspagne et des autres États de Philippe II».
La duchesse de Parme n'eut gortie d'enfreindre ces recommandations; Du reste, elle pouvait alléguer que le roi n'avait pa« rév^oqué l'instniclîôn seferète qu'il était laissée, en quittant les Pays-Bas , et "par laquelle il fui avait prescrit de ne consulter,
» Voir la Déduction de l'innocence du comte de Homes, p. 73 à 76. — Le comte altribuait celte animosité au refus de donner sa sœur en mariage à ThCrtnasdetihantonair, frère du cardinal, malgné-rinterven lion de plusieurs personnages puissants et même celle de remperéur. "^
•^ Papiers d'État, t. VI, p. 43B à 443. - ' '
55â LES PAVIHIAS SOUS FJIIUPPE II.
sur la collation des charges» offices et bénéfices, que Granvelle, Berlaymont et Viglius *. A cette époque, la duchesse de Parme prenait avec énergie la défea^e de Granvelle et se moniraii pleine d'irritation contre .las âeigneura .dont les doléanc^ lui dTai^t été communiquée^^. «^11 n'est ni de mUe intérêt ni de notre honu near^ dispU-elte au x<^ que chacfin aacbe tout ce qui se passe, » et que tes néce$$ités, les dapgers et tes craiates où je me trouve u souvent, soient OQnnus de certaines persmnes, qui sûrement «( en .feraient usage potier Jeu f profit^ au détriment de FÉtat. » (^lle exaltait la loyauté de:G\ranveile et faisait planer lesplus graves soupçons sur se3 adversaires : «< Le cardinal de Granvelle, 1 disait-eUe, e$t attaché aq service de V. M. et sert lIÉtat avec V zèle et ea toute droiture : je ne puis rn'^mfiécher de lui tout M comfpupiqi^er, car il est trop éclairé pour ne pas donner de « bons conseils. Je n'en puis dire at;^tan(i du- prince d'Orange et » du comte d'Ëgmont, car c'e^t y'ambition qui les guide ; ils ne u consultent que leurs intérêts et ne cherchent qu'à satisfaire <( leurs passions et à faire éclater leur haine contre la personne «( de Granvelle. S'ils savaient les secrets de l'État, ils pourraient «( ^'en servir, pour traverser, i^os desseins et faire échouer les ic affaires les plus importantes '. »
Un fait récent avait démontré d'une manière flagrante la mésintelligence qui existait entre les principaiix seigneurs et le cardinal de Granvelle. Lorsque celui-ci alla prendre possession de Tarcbevéché de Malines, le 2S| décembre 4564, aucun des grands, aucun des chevaliers de l'ordre de la Toison d'or ne se trouvadans la ville métropolitaine pour l'accueillir. Ils alléguaient qu'ils n'avaient pas été convoqués, et le cardinal disait, de son
. .1 NpMce sur la chute du cardinal de-Grauyelle, par Gachard, daosles Bulletins de l'Académie royale ^e Behjique, t. XVI. ' Strada, llb. m, et Correspondance de Marguerite de Parme, lettre T