‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 144 sur 177 · LIVRE viii · texte numérisé non relu

LIVRE viii

nuUcrneht par animoellé contre ie prélat, quoiqu'ils eussent bien des motifs d'en vouloir à celui qui les traitait d'iiérétiques et de sujets infidèles à ieor roi. La duchesse de Parme répondit que la convocation dos états généraux était une mesure d'une trop batHe importance pour qu^elle pût prendre sur elle d'eadécider. Elle s^fforça ensuite de justifier ie cardinal et de les désabuser de l'idée, oh ils étaient, qu'il leur eût rendu de mauvais offices : die ne le croyait pas, leur dit^ellé, capable de calomnier des personnages de leur qualité. Enfin , elle les engagea à revenir siir la résolution qu'ils avaient prise de s'absenter du conseil ; mais elle les trouva inébranlables : ils alléguèrent , entre autres raisons, que la réponse qu'ils avaient reçue prouvait, de la part du roi) Tintentiop de ne rien faire en leur faveur et de n'avoir aucun égatti à leurs vœux. Uoe d^Aière conférence eut lieu le lendemain. La gouvernante renouvela ses instances pour déterminer les seigneurs à ne pas quitter le conseil : elle les pria de lui faire, à elle personnellement, un plaisir dont elle leur aurait une obligation infinie, en consentant à y venir, au moins jusqu'à ce qu'elle eût eu le temps, d'expédier uu courrier au roi et de recevoir sa réponse. Émus, par tant d'insistanoe, ils demandèrent de pouvoir se consulter entre eux avant dé répondre. Ils déclarèrent ensuite, par Torgane du comte d*Egmont, qu'ils persistaient dans ce que le prince d'Orange avait dit la veille. Ils promirent seulement de chercher à éviter un éclat dans le public et de seconder là régente lorsqu'elle aurait besoin d'eux en dehors du conseil ; même» lorsqu'on aurait à y traiter des affaires concernant leurs gouvernements respectifs , ils consentaient à y venir, pourvu que lé cardinal ne s'y trouvât pas '. Bien que Granvelle et Philippe II lui-même eussent en quelque

' Notice sur la chute du cardinal de Granvelle, dans les WltHint-dG V Académie royale de Belgique, t. XVI.

sorte compté sur la défection du comte d'EgRKmt , ce se^neur refusa de se séparer de ses coUègueset apposa soo nom sur la troisième requête que le prince d'Orai^e et )e comte de Hornes adressèrent au roi le 29 juillet ^ Us Jui exposaient qu'ils avaient communiqué sa réponse aux autres seigneurs et chevaliers de la Toison d'or par Favis desquels ils avaient écrit leur première lettre; «( Tous avaient «spéré une résolution plus lai^e et plus <c décisive pour l'état des affairas. A la vérité, ce Jour avait été

1 Un mois auparavant, Granvelle écrivait^ Gonç^Io Ferez : « ... Gooune le comte d*Egmont aime la fumée {y es amigo de humo) on pourrait , en lui accordant quelque faveur extraordinaire et pour lui seul, non-seulement se rattacher d'une manière durable , mais inspirer de la jalousie aux autres seigneurs... Une personne de ma connaissance ayant eu occasion de lui parler il y a seuleinent trois jour», et insistant auprès de lui pour .savoir quel çujet de plaioie il avait oontre moi, ce .seigneur a répondu qu'il n'en avait aucun pour son propre compte, qu'il m'était naturellement affectionné, désirerait me voir, pape, ou; vice- roi de Naples, ou toute autre chose qui plairait à Sa Majesté, pourvu que je ne fusse point dans ce pays, parce qu'il ne pouvait se dispenser de faire cause commune avec tous les autres. Son interlocuteur lui ayant répliqué qu'il manquait en cela de prudence, qu'une telle conduite pourrait nuire à l'avancement de sa famille «t lui faire tort dans l'esprit du maître, dont il connaissait l'affection pour. lot, M. d'Egmont, bien qu'il eût déclaré plusieurs fois dans le cours de l!entretien qu'il suffisait que Dieu lui eût fait la grâce d'arriver au même point que ses ancêtres , répondit à deux reprises qu'il était trop tard pour lui parler dans ce sens, et qu'on aurait dû l'avertir plus tôt. Ceci fait supposer clairement qu'il est engagé fortement , et en quelque sorte à son grand regret. D'où il résulte que si c^aelqu'un de ceux auxquds il a confiance lui représenkiit qu'en, s'attachant à suivre les intentions du roi il disposerait Sa Majesté à lui confier dans l'occasion le comi^andement eu, chef de l'armée (car il serait inutile de lui proposer quelque emploi en Italie , après l'intention formelle qu'il a manifestée de n'accepter jamais ni la viceroyauté de Naples, ni quoi que ce fût qui l'éloignât des Pays-Bas), peut-être finirait-il par se rendre à ce qu'on désire de lui... » Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VII, pp. 4 15-4 H.

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» une grande consolation q^ue nôn^secflement il eût plu au roi de Il reconnaître* que cette. temonlrance procédait du zèle qu'ils »t avaient pour son serviçev maïs aussi que le roi eût donné l'es- « pérance qu'il visiterait dans un bref délai les Pays-Bas •. Ils «. se seraient rendus avec empressement à l'Invitation du. roi, si M l'él&t du pays n& mettait pas obstacle à leur absence ; et, du «t reste, ce.qufi concernait! le cardinal de Granvelle ne leui^ paît raissdit pas une cause saffîsante pour qu'ils abandonnassent H désintérêts qui touebaient dé plus près au service du roi. Us « n^ntendafent point.dWlteurs.se porter comme parties contre «5 te prélat, ni entamer un procès, mais ils espérdient que le u simple et bref avertissement qu'ils avaient donné suffirait pour «que ie: *oi avisât ià'qndquè moyen honnête et gracieux de MSatisfalireà la juste doléanœ de ses très-^hilmbles sujets, en «iémploy^nt ie dardin^l' dans un autre endroit, dii il pourrait w rendre plus de services/ selon sa profession et\a vocation. A ft la vérité, le roi leur écrit très-justement que ce'n'est point sa <( coutume de disgracier aucun de ses ministres sans cause,

' 1 Dans une lettre datée d'ArâDJuez, 13 juin 4563, Philippe Hconfîait à Granvelle que son voyage à Monzon (pour la tenue des cortès du royaume d'Aragon) était entravé par des embarras de finances : il n'avait ,paç, disait-il, un seul réal pour payer sa maison, et.il se verrait peut-être dans la nécessité de se mettre seul en route, malgré le dommage. qu'en recevrait sa réputation. II ne mettait point en doute rutilité, la nécessité même de son voyage eu Flandre , mais de& embarras financiers s'opposaient à son départ, attendu qu'il serait fort malséant pour lui d'effectuer ce voyage comme il serait peut-^être obligé de faire celui de Monzon. Rien ne serait plus inutile, plus dangereux même, de montrer un vimgesévère^ s*il n'était point soutenu par un appareil imposant , et il faudrait pour çQla gu'il fût accompagné de troupes nombreuses et composées d'Espagnols en grande partie. D'ailleurs, disait-il encore, il ignorait la langue du pays, et, dans celle qui lui était propre, il ne pourrait se flatter de parvenir à convaincre sans le secours d'un interprète. Papiers d'État, t. VU, pp. «1-85. ' '

M mais ils le suppliaient humblement de considérer qu'il n^était « pas question de disgracier le cardinal, mais bien plutAt de le u décharger d'un emploi qui lui est peu convenable et qui ne « peut plus être entre ses mains sans grand danger d'incon- «< vénieots et troubles. Que si, dans leur première requête, ils « n'avaient point spécifié des causes particulières, ce n'avait point « été par impuissance, mais parce qu'ils avaient toujours espéré H qu'il aurait sufiS au roi de la confiance qu'il devait avoir dans <i leur fidélité ei dans leur loyauté. S'il plaisait au roi de procéder «i à une enquête plus ample, il n'entendrait que trop les justes « causes du mécontentement de ses sujetâ. Us aimaient mieux, u d'ailleurs, que le roi entendit des personnes non suspectes de M partialité. En résumé, quand il n'y aurait, disaient-ils, que la <v confusion et le mécontentement qui régnent aujourd'hui dans M les Pays-'Bas , ce serait un témoignage suffisant de combien « peu servent dans le pays la présence, le crédit et l'autorité u du cardinal. Toutes ces choses considérées , et voyant le peu « d'utilité dont ils étaient au conseil d'État, tandis qu'ils faisaient «( un grand tort à leur réputation, ils priaient le roi de trouver «< bon qu'ils s'asbtinssent désormais de participer à ses travaux, « jusqu'à ce qu'il lui plut de donner l'ordre qui lui paraîtrait con- « venable pour son service et le bien du pays. Us ne voulaient u être ultérieurement responsables de maux causés par la faute •i d'autrui. Ils voyaient bien aussi que leur diflférend avec le car- <( dinal portait préjudice à l'expédition des affaires et qu'il valait <( mieux , au lieu de siéger ensemble , qu'ils lui cédassent la it place n)omentanémcnt et jusqu'à la décision du roi , qu'ils «( alteridraienl dans un bref délai * . « Déjà le comte d'Egmonl s'était excusé par une lettre partîcu-

* Voir le texte de cette requête dans 'la Corresponxfa^we ds Guillaume le Taciturne, t. H, pp. 42-47.

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iièife de ne pouvoir ptx^fiterde la bonté du roi <|tjiTavail appelé à Madrid. Gètie lettre dénotait les iiiiceriitufded de eeseigiieur et même une isortedecrstinte vagué. Il né doutait point, disait-if, que, t%eM'cM moi)trer à ses coltëgueis la lettjre qyè le roi lui avaîl écrite pour l'ettgagen â Vttnît en 'Espagne:, Ife tffeusèerrt été d'ane ojfâfflon difilérëtl^ Il ne l'avait pas 09é feire de mainte de déplâtre au i^^ 'èi;eepeMdant, ii défait le pttis'Cbbtèdt du bonde de pouvoir bËiserte$À)di«d de$. M: I^ldjoutsii^enpost^ripium qull n*aviâit pasdépendu'de lui de faire ti^ouver bourle voyage dertin'de6sëigneursvers1eroi. Mais ses ami» lui avaient opposé le discrééiè qui rejaillirait isur œlui qui rentreprendrait, car on eût'aussibftt répandu le bruit que o'était le cardinal qui leur imposait cette corvée. Il était disposé néanmoins à se rendre immédidCememcM Espagne' sll plaisait au roi quil prétextât une alfeire ^artiîeullère. Dans une' lettre paiement personnelle, le comte de Hbfttes sufpplièiit le ^ roi d'avoir égard à la seconde requête des seigneurs; de ne donner aucuh crédit aux informations qui pourraient Itii être adressées d'autre part, et de demeurer convaincu çae loi et ses amis étaient prêts à faii^ respecter la rteligfcAi et "déterminés à se comporter toujours ^oommeses trèsloyauit vaseux et ôervitefurs •.

Le càrdînàl ne restait point inactjf en présence de cette fbrte opposition qui l'accablait de isoucis. << Vous ne me reconnaîtriez plus, tant mes cheveux ont blanchi, » écrivaU^-U >un peU' plus tanââGon0lo Peré2. Pour neutraliser Teifet; des accusations dont' il' était rob^t delà part des principaux sôigtietirs>- il lit connaître à Madrid leurs dispositions réelles ec leurà vues ultét rieures: A rentebdre, Oerlaymont, Vigliùs ^t Hdpperus étaient détestés autant et plus que lui j on commençait par lui pour finir

' Ces lettres se trouvent par extraits dans le Supplément à Stvàéa, 1. 1«, p. 284.

5d8 LES PAYS-BAS. sous PHILIPPE il.

pareu]^. l^marqiiis de Benghes étaU Cfliii deç aei^o^rs qAt faisait, le plus de mai et s'affichait, av^ le, plus d'e&onteriei MontigDy était aussi fort Uâmable :. il aYait,dit,<à ua diner ehe? le prâii^e d'Orange, que s'il, n'y avait. pas M\ bi)gu6^|${«iii Bourgogne.Je^ BourguîgnoDS ne deiYaient. pa$.{itre .deç. geosid'^^it. Lui et le aianiui^. de Bergihes teaaieoi (tes pannes ^èsrJh^dies s|u sujet du roi ImrBkêxmJPoï^Qi des lig^é^-était 4e< parvenir à rassemblée des états géoécaun , h la Uted^escfu^iS^ m^ttraieot ceuiiç de Qrabapt, etdeeette manîàreJe.priâ£ed'Qr<ai)geetle marquis de Bei^bes auraient la haute main surlasafiEaâi^.I^ur but était, — OB a déjà entendu ^tte grave acousakioo -*- de réduire :ie pays en une forme de république,, où le roi n'aurait d'autre pouvoir que celui qu'ils lui {^ccordeitaient V.

Cette lutte ouvertement déclarée entre le eardûsal de GranvelJe et l'élite des seigneurs des Pays-Bas rendait la position de la duchesse de Parme extrêmement péqibte dans un moment où la plus grande union était nécessaire poqr, faire face aux besoins du Trésor et aux progrès croissants des doctrines de la réforme. Après avoir été d'abord sinc^*ement attachée à Graftve]le,, dont, elle reconnaissait le mérite supérieur et à qi^i elle savait gré fie défendre avec énergie les intérêts de la piaison ^e Fjstrnèse, Mar* guérite de Parme avait laissé peu h ppu refroidir ce premier attachement, soit qu'elle fût réellement effrayée de l'impopularité du cardinal, soit plutôt qu'elle eût été. .blessée dans son amour-propre pac Tinfluenoe même dont Granvelle jwisaait <^ la cour de Philippe II et. qui élevait presque pe mimstreçiu rapg.de protecteur de la gouvernante des^, l^ayç-B^s.: Di^çespéré d^ ne pouvoir recouvrer la citadelle de Plai^jope, Optf^ve Farnèse^ qui

' Lettres de Granvelle au roi et à Gonçalo Ferez, pendant les mois de juillet^ d*aoûi et de septembre 1563. Correspondance de Philippe li, t. W, p. 261 et suiv.

' * uymt VIII (1563); 51>9

était revenu à BraxeNes, Snit par persuader à s& femtne que te cardinal leur nuisait prèsidu roi; deiSô» odié;- lagobvemante s'était aperçue avec déjnt qu©«Granvelle:ine.lul cominunfciuait pas toute»: tes affaires dont il rendait' compte ètMadrid ; énfifivJes seigiieursiui' avaient fait dire que, éL^ie voulait ^étranger de leur côté; i\eh ré^uTtefàitu!nf'gk1afld'k][ien;ét qu^Ié méi^ei^ trou-* venait quelque éafisfactkrB, carriilsise fei»aîi?iitifortsd'obtèn(îr.des états V pour' elle en partiiculierv dé' fortes sonimes '^rCetâe/der^ nière promesse ne devait paslètre sans kijflueiiœ sur ia:dëteiii»inaiiokv^de Marguerite de Parme, très^intéressée par elle«-ihéme, et qui, d'autre part , avait grande confiance datls son secrétaire Tomà&Ârmeriteros, dont Jaiiépùtation de probité était très-équivoque. Ce fut lui qu'elle envoya en Espagne, le 43août,.avec la mission secrète d'appeler Tattention du roi : sur les progrès de l'héi-ésie; la pénurie du Trésor;:l& nécessité de réparer les places frontières, U principalement; sur la kîlte entrq Grànvôlle et la noblesse. Armenteros devait dire au roi comment Tiiéréaiè se propageait dans la Basse-Flandre , à cause des rapports de iceUe province avec TAngleterre et la Norniaridie y ainsi que datas la Zélande et dans la partie du Luxembourg qui toutohait à la France. Il devait lui exposer que les charges annuelles estcé* daient les revenus de plus de 600,000 florins et que tous les moyens de finances étaient épuisés. 11 devait justifier la conduite tenue par la duchesse dans l'affaire de la sortie des troupes espagnoles et dans celle des secours envoyés au, roi dfO^ France; il devait en même temps sollidter une règle dç; conduite, po^rje cas où les seigneurs insisteraient sur la nécessité de réunir ies états généraux. Eîle ajoutait enfin quTil était tCTnps de trancher le grave différend survenu eritré le cardinàlde Granvelle et la noblesse. Elle connaissait, disait-ellcj tout fe mérite du cardinal ,

ï Voir les Papiers d'État du cardinal de GrqnveU^, t. VU, pp. 7*7 et i07.

400 LES PATS-BAS SOUS PHILn»PB II.

sa haute capacité, s^ expérience oonfloromée des affaires d'Blat, le zèle et le dévouement qu'il mon trait, pour le service de Dieu et du roi ; maiS; d'un autre o6té, elle devait aussi reconnaître que vouloir le maintenir aux Pays-Bas, cootre le^ des seigneurs, pourrait entraîner de grands inconvénients, et inéme le soulèvement du pays K Pour branler tout à lait Phflippe 11^ Armenteros devait lui communiquer aussi une grave confidence faite à la gouvernante par Je oomte d'Egmont : il en résultait que c'était seulement grftoe à lui que ^ranveile avait vécu jusqu'alors, mais que dorénavant il se déchargerait de ce aoin sur la duchesse elle-môme '• Du reste, l'envoyé de la duchesse de Parme fut chargé par le comte -d'E^ont de dire et de certifier au roi que ce seigneur, pour le service de Dieu et le sien, et pour la défense de I ancienne et catholique religion, exposerait toujours sa vie et sa fortune ; que si son propre fils ou filtre faisait quelque chose contre elle, il le jetterait dans le feu de ses propres mains '.

Armentems arriva le 45 septembre à Monzon, ou Philippe II s^était rendu pour tenir les Gortès d'Aragon. Gomme il trouva le roi dans une grande impatience de connaître l'état des affiadres des Pays-Bas, il l'entretint quatre heures entières dans sa première audîenœi où il lui lut les instructions écrite^ de la gou*

I Correspondance de Philippe 11, t. I", p 266.

' Ce détail est Tourni par St&ada, lib. IH. II résulte, au surplus, d*un document contemporaiD que GraDvellc préteudait réellement que ses ennemis YOuTaient le faire tuer. Même , un jour, il déclara au comte d*Egmoni qiie1*0n avait traité dan» ce but avec on i^ntilhomme bovrgaignoD sommé tavillefte. Geluini, averti y'Tint à Bnuidles et déelara aa cardinal et aux se^oeura n'avoir jainais tenu les propos dont on l'accusait; il voulait, d'ailleurs, s'en rapporter aux résultats de Tenquête que Ton pourrait ouvrir afin de connaître la vérité. Défense personnelle du comte de Homes, dans le Supplément à Strada, t. W, p. 445.

* Tomàs Armenteros à Antonio Perez , 46 octobre 4566, dans la Correspofïdance de Philippe II, 1. 1**, p. 476.

LITRE Vil! (i565). 40t

vernante. Il fui encore appelé les jours suivants. Quoique Philippe H eût pris antérieurement la résolution de ne pas se laisser arracher la destitution du cardinal de Granvette, le secrétaire de la duchesse de Parme sut néanmoins jeter quelque incertitude dan6 son esprit K Que Philippe fût rassuré ou non sur la situation des Pays-Bas, il venait de décliner les offres que lui faisait le jeune roi Charles IX d'ém^rfoyer tôiit ce qu'il avait de forces et de nrayenS pour idaibtedir la conservation de rol)éissdnce dans ces provinces '. À la vérité, dans la situation t>ù se trouvait la cour de France dominée par le parti def €ôligny et de Gondé depuis l'assassinat do duc de Guise, ces offres pouvaient paraître au roi icatbalique'peu sincères. Quoi qu'il c*n fût, ce n'était pals ITiabitilHte'de Philîï»pte II de prendre une réi^dliition irntnédiate. Là ténue des Cortès d'Aragon fut le prétexte dont il se servit pour différer de jour en jour de renvoyer A rmenteros, ouli*e l'habitude de temporiser qui > caractérisait, seloA Stj-ada, ce prince soupçonneux. ' t »

La> situation financière des Pays-^-Bas exigeait pourtant une prompte résolu tton. Ai^roeAteros avait été chargé' de detûatïder au roi la Cohvtiycatiorï des états généraux, s'il ne voulait prendre à S9 charge l'entretien deef garnisons. L'aide triennale* accordée pour cet effet en 1560 était sur le point d'expirer et l'on disait que son renouvellement rencontrerait de fa difficulté dans certaines provinces. La, demande s'élit faite, à la yérité, en 4560, aux étatsi p^rtipulii^s.de^ pr9>vincea ; :mais alors oa avait prétexté l'urgence; il était douteux, que, cette fo»,les états fussent disposés è accueillir une proposition qui ne serait point faite en assemblée générale. En conséquence , le roi permit que des députés des provinces se rendissent à Bruxelles pour ouïr les

> Strada, Hb. in.

* Archives delà maison d'Orange-Nassau, t. !•»•, p. 471.

40^ LES PAYS-BAS SOUS PHaiPPE 11.

proiiositions de la gouveroante des Pays-Bas ; niai^ celle-ci devait faire en sorte quïls oe se conslituasseot point on états g^éraux dans la forme usitée en 4558 et dont le souvenir était si désagréable pour Philippe II et pqur Granvelle ^ En môtne temps, le roi avait écrit aux prioGipaui; seigneur^ les exhortant à user de leur influence auprès des députés pour, qu'ils se conformassent, au voeu. qui «ei^ait Qxpri|Qa4iP?r |a gouvqriiçiote. Le prince d'Orangç et ses acms, après. avQÎf. r^ç^i les lettres du roi,, n'hésitèrept poiotnà déelarer pMbU^i&Qiiaent à la ducbesse de Parme qu'ils se voiraient obligés de déclifaer toute partie cipation aux travaux des états si le. cardinal de Granvelle se trouvait présent. Pour ne pas faire édiouer une négociation à laquelle Philippe II devait attacher upe grande importance , le cardinal eut le bon esprit de s'éloigoer moma^tanémçnt de Bruxelles en prétextant la oéceasîté d'une tournée dans son diocèse \ En demandant poiu* trois ano^ la continuatioa de l'aide destinée aux garnisons, la régente fit observer aux étatique la somme votée avait été insuffisante, et elle exprima la confiance qu'ils pourvoiraient au d^cit anaud que le roi avait dâ combler. Elle avait espéré, ajoutai^Ue, que le roi serait venu aux Pay^Bas avant l'exiûration des trois.annéea pour régler cet objet

1 Là réunion des députés des proviDces , le 3 déœmbre 1563 , ne pouvait être considérée comme de vrais états généraux, puisque la convocation de rassemblée générale ne cessa d'être réclamée par les adversaires du cardinal de Granvelle. Dans le cas présent, il ne 8*agis8aif que d*ane proposition à faire par le gouvernement, tandis que les seigaeurs auraient voulu une délibération en comjnun. Au surplus, la lett^ adressée par la ducbesse de Parme au roi, le 3 janvier 4564, nous parait avoir mis ce point hors de contestation ; elle lui mande qu'elle a encore quelque espoir d obtenir Vaide sans devoir en venir à une assemblée générale. Voir la Correspondance de Philippe 11, t. I«, p. 280.

' Archives de la maison dVrange-Nassau, t. !•», et Correspondance de Philippe //, t. 1"^ p. 274.

LITRE Vltl (IStô). 403

€t dldutres qui re<]uéràient ^andement sa présence ; èllo M en avail adressera prière dans plusieurs de ses leiti^ : mais comme il avait été si tongtemps absent de ses royaumes d'Espagne^ il se frouyaîiceiAraiDjl,dY.pn»Ionger. s<)fî séjoiui'. .Du-réste,:^ à

dtveiises repri£»e6, pf^Biîâ<de rey^mlr visiter le6 Fay^Bas/et Ton devait compter sur l'aecOfqpUssemdnt prochain de cette pro^ messe •; '. . .;,; ^ . '.n-

C'était aussi ie. désir ardent de Gjra»velle, car, à celte ^po-^ que même, iJ maddaii à Philippe II que tolis remèdes^ en soii absence», serai^t inutiles, tandis que^ s'il venait, il suflBrait d'un s^pe 4e croiiX} pour faire cesser le mal >«.

Les adversaires' du cardinal n'^^pargaèrent rien pbur se«on^ c&lier les, députés des élats^.feignantdesuivfeen celaJes instrueiipns, du roi ^. mam ils voulaieni aussi leur proQ\'!er« qu'il régnait entra eux la liaison la piu6 <ti!«ile. Ils ieUr^omèreilt degrandes fétesreties invitèrent à de âomptiieuK festins 'OÙ led taUes étaient de;.soixaf)te-dixâ.qudtre-ytiiglâ •côutiferts et «servies avec luxe.' Le prince d'Oramge trdta/ies députes des proviciceside Flandre' et d'Ar(»iSt gouvernées par Je comté d'Egmont;,. et œlui^ct rendit oette;pQ)]tease à<euiL de HoUande, d'Utreohtet'de Zélande, dont Je gouvernement ap()artenait à son aà»i '. Yefs ta méme^^poquè, ie comte d'ËgpMut, ie maïquis de Sergàes, ie faaimde Moniigny et plusieurs: autres seigneursi assistèrent à un banquet donné par Gaspard Schets, seigneur de Grobbendonck et trésorier de l'épargne. De proppsen propos, on en vint à. parler des livrées et des dépenses qu'elles occfi^onnaient. Les convives comm^ticèrent par louer la coutURie des Allemands qui iaisaiont des dépenses

* Gachaud, Des ancienne^ assemhiéeaneâUmaki de la Belgique, 2« partie. ' Correspondance de Philippe 11, t. !«", p. Î74. ' Lettre du cardinal de Graavelle au roi, dans'les Papiers d'État, t. VII, p. 262.

plus judicieuses et plus utiles en nourrissant des chevaux de guerre; quant à leurs valets, on les voyait, durant toute Tannée, avec les métnes chausses ée cuir et les mêmes casaques, au lieu de nnanteaux à:maDches» et ils n'avaient d'autre ornement que quelques bandes de soiede diverses «outeufs, appelées aHé^ ou aUerora, sur le haut des manches; Cet exemple fut approuvé de tous les convives ; et ils manifestèrent l'intention de Timiter. Ils prirent aussi la résolution d'adopter pour leurs Valets une livrée coirânune '. Le sort devait, désigner celui qui indiquerait cette livrée; îltomfaa'siîr le oomté d'Egmont. Il fit faire un habit de drap noir et mettre au haut des manches du miaixtieau les ailes desoie donton a.parléf'etsuf lesquelles furent-ajoutées, comme emblèn^e, des têtes d'hommes tai^ss à raiguiile-et des coqueluôhons de diverses couleurs, ainsi qu-on* avait eotitume d'en attacher: aux habillements des bouffons'. Bieotôé de àémblables costumes se muitiplièrent dans les > boutiques éeâ >brOâeurs et dès taiJieursi La malignité du publics'en prédGcapa.€eux-Hei appliquaient les coqueUicbpnsau cardînal deGranvrite et diâaiëùt que Ies;-lét6s représentaient anssi le- cardinal: et deux de sa fai^lion, comme le duc d'Ârschotyrd baron: dé Bëriaymontet-teprédid^rït Viglius. Geuxt^à se persuadaient qu6>les nobles voulaii^t montrer par ces ins^nes qu'ils n'étaient pQS' des tètes folles, comttie le cardinal les appelait quelquefois », mais que Granvelle lui-même

^ Le 9 décembre 4563, Guillaume de Nassau écrivait de B^ruxëlles à son frère Jean : « Nous avMs été ici^aveé les états, leur faisant faire la raeilieurç chère quUl nous a; été possible; il y a beaucoup dé «hoseé qui se sont passées, trop longues à écrire et qu'il vaut mieux dire de bouche que non pas écrire. •» Parmi ces choses se trouvait sans doute la résolution des seigneurs de se distinguer par .»ifeK?péè commune. Archweâ de ia maison t/'OmwgfeiVaMaw. 1. 1", p. 487. • '..'..•

» Granvelle ne cessait dépiquer et de riiordre les seigneurs, appelant les uns fols, les autres luthériens, etc. Le Petit, liv. IX.

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