LIVRE VIII (i5C
de SCS amis à la cour ; il s'élait notamment adressé au duc d'Albe et à Gonçalo Ferez. Le duc d'Albe se consulta longtemps s'il devait procurer auprès du roi une place à un homme qui pourrait le devancer dans la faveur du prince ; ou s'il devait rendre son parti plus fort par l'arrivée de son ami *. Les inconvénients qu'il attachait à la venue du cardinal parurent enfin l'emporter dans son esprit. « J'avais songé un instant, écrivit-il à Philippe II, qu'il serait peut-être utile à V. M. d'appeler le cardinal auprès de sa personne ; mais j'ai réfléchi que sa présence à là cour le rendrait mille fois plus odieux encore à ses ennemis , et qu'il ne ^e briserait pas une tuile sur leur maison qu'ils ne s'imaginassent que c'est le cardinal qui la brise par la main de V. M. *. n Quant à Gonçalo Ferez, il répondit, par une lettre remise à Armenteros et portant la date du \ 9 février, qu'il souhaiterait beaucoup que le cardinal fût appelé à Madrid ; qu'il avait fait ce qu'il avait pu pour cela ; mais qu'il ignorait à quoi se résoudrait le roi. 11 y voyait seulement deux difificultés : la première, à laquelle il ne pourrait parer, c'est que les ministres espagnols ne désiraient quelqu'un qui en sût plus qu'eux ; l'autre que, quand on s'occuperait des affaires des Fays-Bas pour y remédier, la présence du cardinal les empirerait peut-être, en ce que, dans ces provinces, on dirait encore que c'était lui qui suggérait toutes les mesures'.
Le cardinal se résigna. Dès qu'il eut reçu la dépêche secrète du roi, il se détermina immédiatement à mettre à eiécutiwi l'expédient que son maître lui indiquait, mais avec cette réserve formelle que l'ordre de son départ ne serait point ébruité. Du reste, il ne communiqua qu'à la duchesse de Farme la lettre si mystérieuse
» Stmda, Hb.IV. . ;
» Papiers d'État, t. Vil, p. 291.
^ Correspondance de Philippe II, t. !«»-, p. 356.
que le roi lui avait adressée '. Suivant Marguerite, ce prince agit très-prudemment en retenant le courrier des seigneurs, car, si la réponse qu'il avait faite à leur lettre était arrivée avant Armenteros , on eût été en très-grand danger de quelque mal irrémédiable, à cause du caractère des gens des Pays-Bas, chez lesquels l'impression reçue s'efface difficilement. Des pasquina* des circulaient alors contre le cardinal dans toute la ville de Bruxelles. On commençait aussi à porter la livrée que les seigneurs avaient adoptée et qui causait un grand scandale. Le prjnce d'Orange, de retour à Bruxelles, venait de s'exprimer avec beaucoup de véhémence contre le cardinal aux états de Brabant assemblés en l'hôtel de ville : il l'avait dépeint comme un homme violent et contraire à leurs privilèges, ajoutant ironiquement que bientôt les affaires pourraient se terminer au moyen de ses expédients, puisqu'il aurait dit qu'en lui coupant la tête tout serait fini •. Sur ces entrefaites le courrier des seigneurs était arrivé. Le roi, après avoir clos la session des certes d'Aragon, avait quitté Monzon le 24 janvier et s'était rendu à Barcelone. Ce fut de cette ville que, le 20 février, il renvoya, avec sa réponse, le courrier des seigneurs ; celui-ci arriva à Bruxelles le \" mars. Le prince d'Orange et le comte d'Egmont, les seuls qui se trouvassent alors dans cette ville, montrèrent tant de tristes.se et de mécontentement de la courte et sèche réponse du roi qu'il était à waindre qu'après qu'elle aurait été communiquée aux autres seigneurs, il ne fdt pris quelque grave résolution. Toutefois Granvelle supposait encore que le comte d'Egmont se détacherait de la ligue, lï aurait vou4u qu^ la régente lui remît la lettre du roi
1 Correspondance de Philippe 11, t. I«, p. 289.
' Granvelle démentît énergiquement cette calomnie, qu'il attribuait à Henard, dans des lettres adressées au roi et à Gonçalo Ferez. Correspondance de Philippe II, t. !«', p. 294 , et Archives de la maison (f Orange^ Jfmsau, t. Iw, p. 203.