‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 150 sur 177 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

qui rinvitait à se rendre en Espagne; mais Marguerite préféra l'avis de Viglius qui lui conseillait de remettre au comte la lettre qui l'engageait à continuer son service dans les Pays-Bas. La principale raison qui avait porté la gouvernante à agir de la sorte, c'est que dans les éventualités qui pourraient survenir, elle trouverait dans Egmont plus d'assistance que dans les autres; d'un autre côté, elle s'était aperçue que les seigneurs des Pays- Bas qui allaient en Espagne, en revenaient plus mal disposés qu'ils ne l'étaient auparavant. Granvelle attendait toutefois beaucoup de fruit des démarches que le roi avait ordonné de faire auprès du comte d'Egmont : lui-même travaillait sous main à ce que ces démarches aboutissent. Mais Egmont se montra aussi inflexible que le prince d'Orange. Ils opposèrent un refus formel aux représentations de la régente qui les exhortait à obéir à la lettre que le roi venait de leur adresser, c'est-à-dire à retourner au conseil d'État jusqu'à ce que le monarque eût pris une autre résolution. La gouvernante rendit compte de ces démarches inutiles le 3 mars dans une séance du conseil d'État à laquelle assistaient Berlaymont, Viglius et Granvelle. Ceux-ci conseillèrent de laisser le prince d'Orange et le comte d'Egmont encore quelque peu ronger leur frein, et, quand les autres seigneurs seraient arrivés, de faii;^ des démarches auprès d'eux, pour les amener à obéir aux ordres du roi. Mais c'eût été pousser à bout l'aristocratie. Marguerite le comprit et engagea Granvelle à publier son départ. Il le fit incontinent, mais en lui donnant pour prétexte l'arrivée à Bruxelles de son frère le comte de Cliantonay, que Phihppe II avait rappelé, sur ses vives instances, de la cour de Catherine de Médicis et nommé son ambassadeur près de lempereur Ferdinand I" ». Le cardinal exprima l'intention de l'accompagner pour quelques semaines en Bourgogne oh il n'avait

1 II eut pour succeeseur en France don Francès cTAIava.

plus été depuis dix-neuf ans. Il demanda en conséquence à la duchesse un congé de trois mois. Il cacha à tout le monde Tordre du roi, même à Viglius, même dans sa correspondance avec l'empereur Ferdinand, même à Gonçalo Perez, qu'il ne soupçonnait pas d'être lé rédacteur de l'ordre du 231 janvier. A tout le monde, il allégua le désir de revoir sa mère, qui était malade et dont il était séparé depuis quatorze ans ; du reste, il faisait courir le bruit qu'il ne tarderait pas à revenir, et, à peine parti, il écrivait à la duchesse de Parme elle-même qu'il avait l'espoir que son absence ne serait pas longue. 11 avait également laissé à ses ennemis la crainte de le revoir bientôt, et, pour mieux les persuader, il fit faire à Bruxelles des provisions de toute espèce, en même temps qu'il ordonnait des embellissements dans son palais et dans sa maison de campagne ■ .

Mais les adversaires et les amis même de Granvelle ne se méprirent point sur le caractère de ce voyage. Ils soupçonnèrent l'intervention du roi. Lors de son retour, Armenteros avait rencontré à Valenciennes le marquis de Berghes , les comtes de Homes et d'Hooghstraeten et le seigneur de Montigny. Il est très-probable que le secrétaire de Marguerite de Parme avait donné des espérances à ces seigneurs ; il est possible aussi que la gouvernante «Ile-même eût laissé e^^trevoir une partie de la vérité pour calmer les esprits ». Peu après le retour d'Armen- *eros, Granvelle avait remarqué que les courtisans ne lui mon-

i Correêpondance de Philippe //, t. W, p. 292 et saiv. ; lettre de la duchesse au roi du 29 mars 4563 (4564 d. s.) dans le t. II des DoeumenU historiques (aux archives du royaume] ; lettre de Granvelle à Tempereur du 44 mars et à la duchesse de Parme du 45, dans les Papiers d'État, t. VII, pp. 399 et 409. Voir aussi ffistoire du cardinal de Granvelle, p. 447.

* Le 5 mars Guillaume de Nassau écrivait de Bruxelles à son frère Louis : « Il est certain et chose assurée que notre homme (Granvelle) part ; Dieu

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