LIVRE VIII (15G
traient plus le même visage, qu'il était moins accompagné que de coutume, qu'on ne venait plus en sa maison en si grande foule, et que plusieurs de ses amis même le délaissaient lâchement. Cependant il couvrait sa tristesse par une joie dissimulé^, discourant avec ses intimes des plaisirs du reposa II continua d'assister aux séances du conseil d'État jusqu'au 11 mars. Le 13, il sortit enfin de Bruxelles, avec ses deux frères, le comte de Chantonay, nommé ambassadeur de Philippe II à Vienne, et Charles Perrenot, abbé de Faverney. Du reste, son départ ne ressembla point à une fuite ; une nombreuse compagnie de gentilshommes,, appartenant à sa maison ou à la cour de la duchesse de Parme, voulut lui servir d'escorte jusqu'à une certaine distance delà ville,. Le bruit d'un nouveau complot s'était d'ailleurs répandu, et on prétendait que le cardinal et les siens avaient revêtu des armures à l'épreuve de l'arquebuse. Mais les adversaires de Granvelle ne songeaient qu'à une chose : s'assurer si son départ n'était pas une nouvelle feinte. Le comte de Hooghstraeten et le seigneur de Bréderode sortirent à cheval de la porte de Caudenberg, quelque temps après lui, et le suivirent le long du bois pendant plus d'une demi-lieue. Leefdael, gentilhomme appartenant au comte d'Egmont, fut ensuite détaché sur la route de Namur, ne perdant pas les voyageurs de vue, et descendant dans les mêmes gîtes ».
veuille qu*il puisse aller si loin qu'il ne retourne jamais. » Archives de Ut maison d'Orange-Nassau , t. I«, p. 2U. —Le doyen de Louvain dit en plein chapitre que le cardinal de Granvelle ex jussu régis abierat. Papiers d'État, t. VII, p. 435. — Enfin le cardinal de Lorraine, écrivant à Granvelle le 20 avril, n'hésitait pas à lui dire que, d'après le bruit public, son départ était une concession faite par le roi aux seigneurs du conseil d'État. Ibid,, t. VII, p. 510.
1 Strada, lib. IV.
^ Lettre de Granvelle à la gouvernante datée de Namur, le 45 mars et de
GranveMe s*était soumis à la volonté du roi ; maïs il ne pardonna point sa disgrâce à ceux qui Tavaient provoquée : il fut loin surtout d'encourager alors son maître à persister dans la voie des concessions. A peine fut-il arrivé à Besançon qu'il conseilla au roi de casser et d'annuler, en temps opportun, tout ce qu'on aurait obtenu de lui par violence, profitant du moment, comme les autres faisaient pour leur propre compte et comme ses prédécesseurs avaient été dans l'obligation de le faire. C'était bien l'intention de Philippe II; car le sacrifice dun ministre comme Granvelle avait dû coûter beaucoup à sa fierté et ne pouvait être de sa part une concession bien sincère et sans arrière-pensée. Son ressentiment, que d'autres causes allaient augmenter, devait se manifester un jour et porter l'épouvante et le deuil dans les Pays-Bas.
Pierre Bordey au cardinal , datée (te Bruxelles, le 48, dans les Papiers d'État, t. VU, pp. 409 et 4^5.