‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 152 sur 177 · LIVRE NFUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NFUVIÈME

Délibération des grands après le départ du cardtnal de Granvelle. — Marguerite de Parme se fange ouvertement de leur côté. — Le prince d'Orange ainsi que les comtes d'Egmont et de Bornes rentrent au conseil d*État. — Lettres qu'ils adressent au Hoi le 27 mars 4664. — Leurs efforts traTersés par les eardincUistes, — Maintien rigoureux des mesures «lécrétées contrôles hérétiques. — Organisation deTinquisition. — « Les inquisiteurs eux-mômes ainsi que les personnages les pliss éminents de l'État surveillés par les espions de Philippe II. — Progrès nouveaux des réformés. — Les propagatei^rs les plus ardents des nouvelles doctrines sont des moines renégats. — Émeute dans la prison d'État de Rupelmonde instiguée par Jean Van der Dycke, frère utérin de la duchesse de Parme. — Sédition populaire à Anvers, lors de l'exécution de Christophe Fabrice. — Cordelier apostat brûlé à Lille. — Exécutions secrètes dans les prisons. — Opposition énergique de la commune de Bruges et des états de Flandre contre Içs abus d'autorité de Tinquisiteur Titelman. — Philippe II prend le parti de l'inquisiteur. — Ordres donnés à la régente pour qu'une surveillance plus attentive soit exercée sur les hérétiques d'Anvers. — La secte des parfaits, — Détails sur le séjour du cardinal de Granvelle à Besançon ; il est toujours consulté par Philippe II. •<<- Sa correspondance, sur les affaires des Pays-Bas, avec Morillon et Yiglius. — Administration des seigneurs principaux; ils s'efforcent de concentrer toute l'autorité dans le conseil d'État. — Tomàs Armenteros, favori de Marguerite de Parme. — Disgrâce des cardinalistes. — Le retour annoncé du cardinal de Granvelle irrite la haute noblesse ef indispose aussi la régente. — Elle s'adresse au roi pour lui signaler les conséquences désastreuses qui résulteraient de cette détermination. — Granvelle change de tactique. •— Philippe II rassure la gouvernante et donne également des éloges aux principaux seigneurs du conseil. — Plaintes plus graves de

Marguerite de Parme contre Granvelleet ses partisans.— Réponse évasive de Philippe II.— Nouvelles plaintes de la duchesse ; elle signale la vie peu exemplaire du cardinal de Granvelle. — Philippe II ordonne îtérativevement à Simon Renard de se rendre en Espagne ; intervention de Granvelle pour bâter la disgrâce de ce personnage. ^ SinK)n Renard est forcé d'obéir. — Travaux et décrets du concile de Trente. — Philippe II veut que ses décisions soient publiées dans les Pays-Bas, bien qu'il ait alors rompu toutes relations diplomatiques avec la cour de Rome. — Opposition des principaux seigneurs. — Délibérations du conseil privé et du conseil d'État. — Représentations adressées au Roi par la gouvernante. — Philippe II persiste dans son dessein. — Granvdie dénonce au roi la mauvaise administration et les sentimrats suspects des seigneurs en matière de foi. — Résolution prise par les seigneurs de s^adresser directement à Philippe II pour déjouer les manœuvres des cardinàlistes. — Le comte d'Ëgmont est désigné, de concert avec la duchesse de Parme, pour exposer au roi la situation du pays. «^ Le conseil d'État rejette les instructions préparées par Viglius ; discours mémorable du priace d*0range. — II insiste pour que Ton demanda formeUement au roi la modération des placards et la prééminence du conseil d'État. — Ces vues sont adoptées. — Agitation de la noblesse. — Départ du comte d'Egmont. — Incidents regrettables de son séjour à Cambrai; altercation violente de Bréderode avec l'archevêque Maximilien de Bergbes. — Philii^ Il , mécontent du voyage entrepris par le comte d'Egmont, lui fait cependant un bon accueil ; grâces personnelles qu'il lui accorde. — Assemblée de théologiens ; résolution immuable exprimée par Philippe II de ne rien concéder à l'hérésie. — Instructions qu'il remet au comte d'Egmont; il permet d'examiner s'il y a lieu de changer les châtiments employés contre les hérétiques. — Illusions du comte d'Egmont; il ramène à Bruxelles Alexandre Farnèse, prince de Parme. — Assemblée extraordinaire d'évéques, de conseillers de justice, etc., pour délibérer sur les propositions du roi. — Avis qu'ils expriment. — Abstention du conseil d'État. — Ordres expédiés de Valladolid, en contradiction avec les assurances verbales données au comte d'Egmont. — Irritation des seigneurs ; la gouvernante justifie leur mécontentement. — Publication du concile de Trente avec des réserves qui garantissent les prérogatives du pouvoir temporel dans les Pays-Bas. — Nouvelles lettres expédiées da Ségovie, le 20 octobre 1565; elles détruisent les dernières espérances des sei-

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gneurs et deviennent la cause déterminante des troubles postérieurs. -— Pour atténuer Tefifet de ces injonctions imprévues, Philippe II engage le cardinal de Granvelie à se retirer à Rome. — L'opposition se met en mesure de combattre l'oppression religieuse.

Dès qu'il ne fut plus possible de mettre en doute le départ du cardinal de Granvelie, les principaux antagonistes de ce ministre impopulaire, le marquis de Berghes, les comtes de Meghem et deHooghstraeten, le baron de Montigny et le seigneur de Bréderode revinrent immédiatement à Bruxelles. Leur premier soin fut de conférer avec le prince d^Ofange et le comte d*Egmont sur la réponse qUe ceux-ci avaient reçue du roi. Le comte de Bornes, retenu par la maladie de sa femme, avait envoyé son avis au baron de Montigny, son frère. A la suite de cette délibération , le prince d'Orange et le comte d'Egment, requis par la duchesse de Parme de reprendre leurs fonctions au conseil d'État, Vinrent lui dire que, puisque le cardinal était parti, ils étaient prêts à rentrer au conseil , mais aussi bien décidés à s'en absenter de nouveau et immédiatement, si son retour devait s'effectuer, ainsi qu'on le publiait , en indiquant même qu'il aurait lieu dans le terme de deux mois. Du reste, le comte d'Egmont avait déjà déclaré à la régente que si le cardinal revenait, il perdrait indubitablement la vie et déterminerait le soulèvement des Pays-Bas. Le baron de Berlaymont lui-même, quoique mû par d'autres sentiments, avait tenu un langage analogue dans le conseil d'État , avant le départ de Granvelie. Aussi Marguerite de Parme engagea-t-elle Philippe à employer ce prélat ailleurs. Il importait, disait-elle, de témoigner toujours de la confiance aux seigneurs et de proclamer, en toute occasion , leur zèle pour le

service de Dieu et leur dévouement au roi. Telle était, quant à elle , la règle de conduite qu'elle avait adoptée '.

Le prince d'Orange et le comte d'Egmont reparurent au conseil d'État le 18 mars ; puis, au retour du comte de Bornes, les trois seigneurs répondirent collectivement, le 27, à la lettre reçue du roi. En lui faisant connaître leur détermination de rentrer au conseil d'État, ils l'assurèrent , sur leur honneur, que, s'ils s'en étaient éloignés , c'avait été seulement pour le peu d'utilité dont y était leur présence ; ils le supplièrent de croire aussi que jamais nuls de ses vassaux ne le serviraient avec plus de zèle et de dévouement. Il devait en être persuadé et repousser toutes les impressions contraires qui lui auraient été suggérées par des informations calomnieuses. Le prince d'Orange et le comte d'Egmont remercièrent^ en outre, le roi pour les lettres particu* lières qu'il leur avait adressées. Ils lui faisaient ^voir que l'absence de Granvelle ne retarderait en rien l'expédition des affaires. Le prince insistait particulièrement pour que le roi se dépouillât des préventions sinistres que des rapports erronés ou calomnieux auraient pu lui inspirer à son égard , et qu'il se rappelât la fidélité constante des Nassau envers la maison d'Autriche ainsi que leurs services éclatants *.

Les adversaires du cardinal de Granvelle se montrèrent impatients de recueillir la succession qu'il laissait ouverte. Ils manifestaient un zèle extrême , se rendant assidûment au conseil et

' Lettres de la duchesse de Parme au Roi , du 29 mars , dans la Cortex pondance de Philippe II, t. 4«r, p. 294 ; de Yiglius à Granvelle, du 20 mars, dans les Papiers d'État, t. VU, p. 427, et du prince d'Orange au landgrave Guillaume de Hesse, du 25 mars 4564, dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau, 1. 1», p. 225.

« Voir ces lettres dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. il, pp. 71 et 73, ainsi que dans la Correspondance de Philippe //, t. \^, p. 293.

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