LIVRE iX (4564). 4!^l
Philippe fl^ëmut des plaintes si vives formulées par la régente des Pays-Bas ccmtre le cardinal de Gfanvelle et le président Vigtius II lui manda, le 6 octobre, qu'il lui savait gré de ces informations, et, comj»e c'étefênt choses d'importance, il exprimait le désir de recevoir des renseignements plus pré(^. Du resté , il assurait saso&ur qu'il donnerait toujours plus de crédit à ce qui viendrait d'elle qu'aux lettres ou aux révélations de toute autre personne, quelle qu'elle fàt. il lui déclarait auesi qu'il était faux que, avant de lui répondre sur les affaires publiques , il demandait l'avis du cardinal. Il ajoutait que, rien n'étant décidé quant au retour de ce personnage , les seigneurs ne devaient pas allé^ guerce prétexte pour se dispenser de remplir tous leuredev^dirs. Il refusait, cependant , de- s'engager pour J'aveniiiî ; 6u contraire, il recommandait à lia duchesse , chaque .lois qu'elle en tmuverait l'OCcasioh ^ de cbercfaer à. calmer Tinritation des seigneurs contre Granvelle. v En vertli des décrets du: coacije de f rente, le cardinal, disait^il, est tenu de résider densr son archevêché de Maljnes, et nous ïié voyjpns pas comment il s'en ])ourrait excuser, niices seigneurs trouver mauvais qu'il y résidât. » Jl voulait toiUefois différer d'écrtreau cardinal « à ce sujet, jusqu'à ce qu'il eât reçu là réponse dé la diichesae.
Marguerite de Parme répondit, Je S9 novembre, en laissant planer des soupçons plus graves encore sur les actes et les mœurs de ©ranvelle. Tout en disant qu'elle ne pourrait que s'en référer, au sujet du cardinal et de Viglius, à ses informations prëcéden* tes, elle se déclarait prête à exécuter les commUlidemeats àa roi, s*il désirait qu'elle fit sur les actes de Granvelle une enquête ultérieure^ soit secrètement, comme elle l'avait fait pour Viglius, soit par voie de justice. Et, en effet, un commissaire spécial ayant été envoyé dans la Franche-Comté afin de prendre connaissance de l'administration des finances, en saisit cette occasion pour recueillir aussi des informations sur les actions de Gran^
45â LES PAYS-BAS SOtS PHILIPPE II.
velle. La duchesse répéta au roi que le retour du cardinal provoquerait un soulèvement que personne n'aurait la puissance de comprimer, et lui-même serait, en ce cas, exposé à un péril imminent. Rappeler le cardinal, pour le faire résider en son archevêché de Malines, selon les décrets du concile, aurait leà mêmes inconvénients que s!il revenait à Bruxelles ; en outre, ce serait donner matière à ce qu'on s'occupât, plus encore qu'on ne Je faisirit ordinairement, de la réforme des prêtres « afin qu'ils vivent comme il convient à leur caractère et non comme ils le font. » On dirait encore, ajoutait la duchesse, que les évêques, institués pour le rétablissement de la religion, sont ceux qui lui portent dommage, car l'évêqoe d'Ypresesl le seul dont on ait une entière satisfactâon. « Or, poursuivait-elie, le roi sait quelle est la. via du cardinal, et quels exemples il donnerait è Malines ou ailleurs.. Le mieux serait de l'envoyer k Roibe. Lorsqu'il reçut le chapeau, n'avait41 pas: dit lui-même qu il l'acceptait, afin de pouvdr, à l'occasion, se retirer dignement à Rome, car il prévoyait déjà les. dangers qui le menaçaient? Alors, non plus qu'aujourd'hui, ii ne crqyait pas que la résidence prescrite par le concile de Trente pût mettre un obstacle à ce dessein. » La régente protestait enfin contre les insinuations calomnieuses que don Prancès de Alava , ambassadeur d'Espagne à Paris , avait transmises au roi contre les principaux seigneurs des Pays-Bas, et surtout contre le prince d'Orange j elle attribuait encore cette communication méchante aux suggestions de Granvelle *.
Mais Philippe II, tout en ayant déjà arrêté peut-être que Granvelle ne retournerait plus dans les Pays-rBas, lui donna, à cette époque même, un grand sujet de satisfaction en enlevant aux seigneurs ligués celui qui passait pour leur plus dangereux insli-
« Cotmpondance de Philippe 11, t ier, pp. 316,'à29, 331 et 333. Voir aussi
LrvuE IX {1S«4). 455
galeor. Simon Renard /le ccimnaerisal ordinaire da cohite dTgmoilt et du prince d'Orange ; ttoièrrigsait toujours Fespoir de s'aider de ieur protection pour surmonter les obstacles qui s'opposaientà'sarentrée'au conseil d'État, lorsque la goûvernaAte lui eonjoiandà, de la part do rot, dé se rendre en Espagne Les amis du cardinal étaient persu^ésquélerusénégociateuï' chercherait de nouvelles ex<;uses pour demeurer è Brtixelles? « il est trop renard, disait Yiglkis, pour se laisser attirer en Espagne. )>^ Mais un second refus pouv&it avoir des conséquences gravés; aussi, quds que fussent -ses pressentiments, Fancien serviteur de Charles-Quint résolut-il de se soumettre. Du reste, il déguisa ^sa surprise et son chagrin en faisant considérer comme une marque défaveur l'ordre menaçant du roi; il était, disait-îl; appelé en Espagne pour remplacer le garde des sceaux Tisnacq, qui iiliméme viendrait remplacer Viglius comme président du conseil privé. Plusieurs le crurent et vinrent lui faire la cour; quant aux seigneurs principaux , ils cherchèrent à le confirmer dans son espoir, pourvu qu'il fût innocent de la trahison : que ses adversaires lui imputaient. Mais Granvelle, plein de rancune contre le compatriote qu'il accusait d'ingratitude, n'épargna aucun effort pour précipiter sa disgrâce. Il ne se contenta point d'aniipaer V%lius et de lui îrtsitttier que les antécédents de Renard autorisaient' »n pk-ooès formel et jusqu'à 'rintért^ntion même du bourreau pour lui infliger Id torture* Il chercha ehcore , par des insinuations perfides , à rendre Gotiçalo Perez et Philippe II les instruments de sa vengeance. «< Que s'il veut paraître devant ses « juges, écrivit-il au secrétaire de Philippe II, je me charge, « ainsi que je l'écris à S. M., de fournir d'ici aux fiscaux assez M d'étofTe pour procéder contre lui. Je profiterai de cette occasion V pour rappeler à yotr|B seigneurie qi^'LI est. quelquefois biçjn.de « fouçtter,. comme on dit, le chien devant leUmp ; car la maqière « dont on se conduira envers cet homme tire peut-ét^e béaii-
K coup plus à conséqueoce pour le service de S. M. qu'on oe N saurait se rimagiiier eu Eispagne, surtout sous le rapport de « l'exemple , non^seulemeot eu Flandre, insJs eneore dans les M autres parties des États de Sa Majesté. » Il ne se montrait pas moins hostile dans sa lettre k Philippe II : « Benard doit être « maintenant à la oour de V/ M. ; je suis certain qu'il tâchera M d'y nuire : il est dans sa na( ure de ne pouvoir faire autrement ; « mais enfin il ne pourra y nuire autant iqu'en Flandre. » Il avertissait ensuite le défiant Philippe II que, dans les lettres que Renard écrirait aux se^neurs des Pays-Bas, il ne manquerait pas, suivant son habitude, dédire beaucoup de mal de la cour et de la personne même du roi, et de TEspagoe, et de toute la natkm. Quant aux accusations qu'il pourrait avancer contre lui, Granvelle, ie roi voudrait bien suspendre son jugement jusqu'à ce qu'il eût pu lui fournir ses moyens de défense; du reste, il avait en main toutes les preuves nécessaires pour convaincre cet homme des intrigues qu'il avait ourdies et que lui reprochait la voix publique ' .
Philippe II donna raison à Granvelle, et Simon Renard ne revint jamais dans les Pays-Bas '.
Le concile fameux, qui avait ét^ réuni dix-^it ans auparavant à la demande de Charles-Quint et daus le but de pacifier l'Église, venait enfin de terminer ses grands travaux de réforme et de régénération. Après avoir été deux fois interrompus, ils
1 Papier* d'État du cardinal de GranveUe, t. VIII, pp. 435, 351, ?8o. 296, 4H et 644.
' « Philippe reçut Renard très-froidement, se contenta de lui donner une audience fort courte, et ne voulut plus le voir, en sorte qu'après avoir langui à Madrid plusieurs années , le pauvre Renard y mourut à la fin de chagrin ou autreft^ent (8 août 4573). » Mémoire (inédit) de l'abbé de St-Vincent.
ij
avaieotété repris le 18 janvier 4 g€â, souaie pontificat de Pie IV, et poursuivis âè».lor3 avec ardeur et prudence. La clôture défi-' niimducaudlefttt.prûiMMicéeàTreiite/Ie 4 décembre 156S.
De tous les isouveraips eaihdiquea, Philippe JI fat le premier qui viHilut- faire exécuter les déccets de cette mémorable assemblée. 11 m orûùmxà l'acceptaUoQ sans réserve et la publication en ses royaumes d'Eapagœ { des instruetions analogues furent expédiées pour ses États dltaiie, pour ses provinces des Pays-Bas, et pour tous les autres tieux de sa domination jusqu'aux Indes '.
Il s'était décidé, disait-il, à accepter le concile et à l'exécuter suivant sa teneur, parce que, en ce qui concernait Je dogme, il n'y avait pas matière à la moindre difiBoulté. Mais à Tégdrd de la réformatibn des abus et des excès sigoaiés dans l'ordre ecclésiastique , comme, il s'y trouvait certains articles contraires aux « prééminences» de sa personne et de la monarchie, il se proposait d'avertir, par Mttres spéciales, les prélats de œ qu'ils auraient, à faire après que la chose aurait été examinée dan$ son conseil ; et il agiraitdemémeeû Flandre etdans lesautres parties deses Ktat8\
Le mandement du roi arriva à Bruxelles le 4 8 août et y excita une émotion assez vive. Les uns y voyaient l'humiliation de l'autonté laïque^ panoç que ^ eo plusieurs joints, les décrets du concile, comme l'avdit observé >Philippe 11 lui-même, étaient grandement préjudiciables à. son autorité et à sa juridiotiofi; d'uulres , c est-^à-diré. lesi dissidents et ceux dont la foi vacillait , devaient détester des. meures qu'ils considéraient comme de nouvelles barrières opposées à la liberté de conscience ^.
ï Van der Vynckt, t. b', p. 477. — L'ordonnance concernant les Pays- Bas et le comté de Bourgogne fut donnée à Madrid le 30 juillet 1564. Elle est iosérée dans les Papietê d'État du cardinal dé QramelU, t. Vlli, p. 477. ^ L&ktâ à Granvelle, 6 août 4564. ^pkn d'État, i. Viil/p. n9* 3 Un historien protestant «outient qbe quelques àct&cles et définitions du concile de Trente furent trouvés tant odieux « qu'ils donnèrent ocoacion à
4!>6 LES PAYS^BA» SOCS miuppc ir.
La résolutioD du roi avait excité une suqsrise d'autant plus grande qu'il venait de rompre tous rapports oflBdds avec la cour de Rome. Dans un conflit pour laprëséanee qui avait surgi entre les ambassadeurs d'Espagne et de France, Pie iV donna raison à eelui-'Ci en lui réservant , aux céréœonito de tet Penteoàte , la première place après le représentant de l'empereur. Don Luis ^le Bequesens, grand commandeur de GastiUe, humdlié par la décision du pape, protesta, au nom du roi PUiippe, contre luijure qu'on lui faisait et se retira en6n de Rome par le commao* demenl de son matire.. Plusieurs s'imaginaient déjà que cette querelle serait un obstacle à l'introduction des déerets du concile de Trente dans les Pays-Bas i les hérétiques raillaient même le pape qui avait eu la maladresse d'ofiénser le roi catholique , lorsque les ordres de Philippe JI parvinrent à Bruxelles. En les transmettant à la gouvernante des Pays-Bas , il ilnforma de la signiGcation qu'il prétendait assigner au rappel de son ambassadeur. Les relations diplomatiques étaient suspendues entre les deux cours, à la suite de l'offense qui avait été iaite au représentant de l'Espagne près du souverain pontife ^ mais rien, ajoutait Philippe, ne serait jamais capable de le détourner de l'obéissance qu'il devait au saint-siége en ce qui regardait la religion, il exhortait ensuite la gouvernante à redonbler de zèle, sous ce rapport, à montrer un courage ferme dans la défense de la foi, à faire publier le concile de Trente danâ les Pays-Bas et à l'yfEdre exactement observer, sans qu'aucun prétexte pût la distraire de ce soin '.
Le conSeil privé, que la duchesse de Parme consulta d'abord,
<• plusieurs de se distraire de la religion romaine et de s'adjoindre à fa pro- • tfêtantt réformée , aussitôt que ledit concile fut . seulemeot publié. » GmndB ehroniqw de Botlande €t de Zélande, Uv. IX. » graADA, lib. lY.
LiriiE ix <IS64). 4«7
fut d'avis, à kl pluralité des v^h, qu'o» devait obéir à Tordonnaoce du t^i; mais les àeignenrs du conseil d'État manifestaient leur mécontentement de de qu-on eftt pris en Espagne une réso* lutiDn si importante, éansia leui^ communiquer au préalable* Ils insinuaient que Pextrémë condescendance du rei serait trèsmal Tue des princes d'Allemagne , exi^itei'ait leurs soupçons et les engagerait à se concerter avec les dissidents des Pays^Bas^ dont l'irritation était également à craindre. Cette appréciation ayant été connue du. conseil^ privé, quelques-.uns des menibres ée' ce collège, pour gagner les bonnes grâces: des seigneurs > feignirent de changer d'opinion. Ce fut un prétexte pour amener la gouvernante à réunir, ea cette circonstance, le conseil d'État et le conseil privé. Ils délibérèrent, sous sa présidence, après qu'elle eut exhorté chacun à exprimer librement son avis. Les opposants s'empressèrent naturellement de profiter de cetteautorisation. Ils prononcèrent des discours très*vifs contre les ecclésiastiques, qui prétendaient à dominer les princes séculiers, et se plaignirent aussi, avec amertume, du peu d'égards que le réi témoignais aux cooseiis et aux états des Pâys-^Bas , en statuant sur des affaires d'une telle importance sans les consulter d'abord. Mais quant aux articles de dogme ou de doctrine, les seigneurs opposants ne cessèrent de protester qu'ils respectaient les résolutions du concile. Â la suite de ces discussions , le président Vigliuset Joachim Hopperus, membre du conseil privé, demeurèrent seuls de l'avis qu'il fallait se conf^mer à l'ordonnance si expresse du roi. La majorité de l'assemblée émit l'opinion de suspendre la publication du concile jusqu'à ce que lé souverain, mieux informé, eût fait rédiger une nouvelle ordonnante conforme aux lois fondamentales du pays •.
1 VigUus a Gracàvelle, 8.septemJ»re 4564, Pupiend^itat, t. V^ll, p. 312 ; et Granvelle au roi, 8 octobre, Correspondance de Philippe 11, t. !««•, p. 325.
La •duchesse de Pûnne» «idopUot ia réaoluUon di^ 1^ majoritié. écrivit au roi que son maodein^ai ^'9mi% pas âtô trwvé 3uscep* tiblod'exéovitiûB, par 1& motif qu'il neréscirvait ^8 aaaez formel^ lement lea dfx)it8 et hauteurs du priaoe, de se9 vaaeaux et sujeta dans les Pay&>Bas. Elle appuyait sa dédaratiou d'un recueil soinmaire des avis donnés, à la demande du conseil d'État, par les évéques> les conseils de justice et les universités de cesfm^viBces. Elle lui exposait en outre que> par raoceptation pure et simple du couoile , tous les placards de l'empereur et du roi, en matière de religion, seraient annulés ; — ce dont les ecclésiastiques se montraient très*joyeux, disait-elle; puisqu'ils allaient être investis par là de toute l'autorité qui appartenait au souverain ' .
La réponse de Philippe se faisant attendrie, la régente insista pour qu'il tint compte des inconvénients qui résultersûent de l'exécution pure et simple des décrets du concile. Le prindpal, diflait-*elle, est que ceux de Brabant prétendront que te roi enfremt le serment qu'il leur a fait de ne rien innover dans les choses de ce pays» sans leur consentement , de manière qu'eux aussi se considéreront comme déliés du serment de fidétité. En outre, Je magistrat d'Anvers était bien décidé à ne pas admettre le concile sans dès réserves expresses 'v
— Le prince d*Orange, selon Bentivoglio, s'opposait autant qu il pouvait à la réception du concile de trente. Quant au comte d'Egmont, il exigeait seulement qu'on cherchât les moyens de concilier rèxécutîon des ordres du rot aTee les ioté^êC^ des provinces. ^ Du reete^ on trouve^ dans le Mémorial da Hqpp^iw^ (SS» pw[Ue, cliap* VI), um analyse .très-coin(piote des déJUîérations du ponseil d'Étai et du conseil privé sur racoeptatlon du concUe de Trente.
' Papiers d'État, t. Vllï, p. 286 et suiv., et Correspotiâance de Philippe II,
t, 1er, p. 3^1.
* La duchesse au m, ao septembre IW4. CèrrespondaHeede PMippeli, t. !•', p. 315, .' '
LivRB uc (1 564--^! 565). 45<J
Philippe H répoDdii enfin à la gouvernante, le 25 novembre, qu'il avait examiné ses notes avec le sommaire des avis des évéques et des universités^ ooncemant le eoneile de Trente. Quoiqu'en Espagne pu y eùl^treuvéy Asaâ^-il, certains points trègpréjudiditUes à ses drmtsy le ccmcile y avait été^accepté sans limitation. S'il allait, y oppds^ des réserves dans les PaysrBas^ oeia produirait un fâcheux efRat, donnerait un mauvais exemple à la France ^ à d'autres pays, fournirait enfin matière à ce qu'on le calomniât à Borne, surtout à xiause de ses rapports actuels avec le saintrsiége. Il désirait doue , avant de se résoudro , que la duchesse examinât encore s'il n'y aurait pas moyen d'accepté le concile généralement (ce qu'il souhaiterait beaucoup), et d'écrire aux conseils de justice des lettres qui en Umitastent l'application '.
H^ la régente maintint ses objections. Après en avoir référé de nouveau au conseil d'État et au conseil privé, elle signala, avec plus de vivacité, les embarras qui résulteraient de la détermination royale. Il en naîtrait; , répétaitf<etle à Philippe il, des disputes avec les états^ vassaux, villes et sujets, auxquels il semblerait que, par cette acc^ation sans aucune réserve, le roi délaissât des droits qu'il avait promis et juré de maintenir. Elle lui disait aussi qu'il faillait avoir égard à la diversité des lois et coutumes qui régissaient les différents États de la monarchie, et enfin qu'il était nécessaire de [H^océder avec plus de prudence dans les Pays-Bas, parce que ces provinces étaient menacées de toutes parts par l'hérésie. Du reste, il suffirait de dire que le concile était accepté « sauf les droits de Sa Majesté et de ses vassaux et sujets ^ »
ï Cùvrespôndance de à^hUippé II, t. I*r, p. 338. ' * La duchesse au roi , 47 janvier 4665 , dans les Papiers H-EUit, t. Viil , pp. 640-613. — Des difflcnltés plus grandes encore se présenlèrent en
460 LES PAYS-BAS sous PHIUPPE JI.
L'obstiQation de Philippe II fournît un nouveau grief aux adversaires de la. suprématie catholique.
Tandis que tant de difficultés accablaient, la- duchesse de Parme, le cardinal dô GraQyeUe,doifties regards ne se détournaient point deâ Pays-Bas , s'attachait, dans ^a correqioodanoe confidentielle avec le roi, à rembrunir encore la situation de ces provinces. Il lui signalait l'ambition et Ta^ace de l'oligarchte dont la gouvernante était devenue Tinstruiûent, lui montrait la religion trahie, les finances livrées au pillage, les emplois et les offices devenus un objet de trafic , enfin, il lui laissait entrevoir que Tautorité même du souverain pourrait se perdre dans cette profonde anarchie. — Dans le conseil d'État, disait-il, on s'exprime parfois d'une manière très-libre, et sans que personne s'y oppose, sur la religion et les nouveaux sièges. On prétend qu'il n'est pas bien de châtier les gens pour affaires de ia conscience et opinions de la foi ; qu'il y a de la cruauté, et que c'est chose intolérable, de faire mourir un homme quand il ne s'est pas rendu coupable de rébellion ou de tumulte. Quelques-uns des membres du conseil laissent même entrevoir assez clairement que la confession d'Âugsbourg ne leur déplairait pas. Tout est mis en œuvre pour cacher ia vérité au roi et rendre le remède impossible. Lesdépêvhes tie se font plus par la voie ordinaire de la chancellerie et avec le sceau, mais sous la seule signature de ia gouvernante et sans l'entremise des secrétaires du roi, afin qu'il n'y ait point de contrôleur ; et les lettres adressées en, Espagne sont rédigées dans Je sens qui convient à Ja majorité.du conseil, afin. qu -il n'y parvienne rien qui puisse donner au maître une opinion défavorable des Pays-Bas. Enfin, on ne traite plus en conseil la provision des
France. Le cardinal de Lorraine, qui avait joué un si grand rôle dans les (lerRières^ sQ38ions> du', cencile^.ne put, m^lgrër sqn ci^ît et, celui de sa maison à la cour, le faire recevoir dans le royaume.
WVRE IX (1M4-i565). 46J
offices,, mais on en dispose secrètement à prix d-argeni ; la justice est en pleine décadence, et la religion encoxe plus. H.n*y a que la prompte venue dU; roi qui puisse remédiera cette déplorable copfusion'. —Tels élaieat les renseignements que Granvelle tenait du président VigUus et qu'il exagérait encore dans ses commiMiieations secrètes aveq le roi, :
Maïs si.^d'uoe part, le mimstre congédié attribuait l'anarchie croissaate.des Paj^Bas à l'espèce d'omnipotence queses adversaires s'étaient attribuée, ceuxK^i, de ]e\ir côté, continuaient à en rejeter les causes et sur l'inertie du roi et principalement sur sa confiance aveugle dans les conseils des cardi^ialistes. Us résolurent enfin djB se mettre directement en rapport avec Philippe II pour en obtenir des.concfôsisionsDouveiles, de nature h neutraliser l'iûfluence pernicieuse duicardinàlde Granv^elle et à oonso- H^er le triomphe de leur parti.
Dâtns leurs communicationëfréqixeotes avec les n^iiobres des états aÊDsi qu'avec leurs adhérents du conseil privé et.du conseil des finances, les seigneurs qui avaient, depuis le départ du cardinal de Granvelle, la direction effective du gouvernement, ne cessaient de ramener rattention de leurs adhérents sur deux points des plus importants, car ils résumaient en quelque sorte toute la polilique du parli national. Le prince d'Orange et ses amis exposaient que te nombre toujours croissant des hérétiques ne permettait plus de les extirper par le glaive ou par le feu ; que les rigueurs déployées jusqu'alors ayant été sans aucun profit, il fallait songer sinon à retirer les placards, du moins à les modérer^ ils allaient même parfois jusqu'à dire qu'en octroyant à chacun la liberté de conscience en sa maison, sans donner lieu pourtant à un scandale public, et en y ajoutant la communion
» GranveUe au roi, 8 octobre 1564 et 20 janvier 4 ô6{>. Correspondance de Philippe II, t. l^r, p. 323, et Papiers d'État, t. VIII, p. 620 et suiv.
sub utràqm specie, on pourrait espérer un remède efficace'. D'autre paft, ils signalaient le déplorable état où se trouvait radroinisiration dee finances et de la justice, et, cherchant égèr lement un remède à ce désordre, i!s n'en voyaient d'autre que dans l'admission au conseil d'État de dix ou douze chevaliers de la Toison d'or ou seigneurs principaux, révérés par le peuple'; ainsi renforcé, Je conseil devait avoir une prééminence incontestée sur les autres corps ou collèges de justice et de finances. Des discours analogues, un peu mitigés néanmoins, se tenaient au sein fnéniedu conseil d'État, alors qu'il délibérait sous la présidence de la duchesse de Parme.
Celle-ci, fatiguée de ces représentations continuelles ou pénétrée des difficultés croissantes de sa situation, demanda enfin sHt ne convenait pas de faire connaître sans fard au roi lui-même l'état affligeant du pays, soit par lettres, soit par un envoyé qui pourrait donner des inferenations plus précises et plus complètes. Les anciens partisans deGranvèlJe se récrièrent vivement contre
ï Cet avis semble avoir été suggéré aux seigneurs par Molinéus, doyen de Louvain , qui journellement tenait conseil avec eux. « H tient desjà • pour réscflu qu'on ne doibve plus empescher le mariage des prêtres, ni « lu communtOQ ëuh utrâque specie et tiengnent aucuns des seigneurs « tels propoâ, d*aboiir rioquisition, et de non plus se informer des coott sciences des gens, ains qu'on les doibt laisser libres... » Vigiius à Granvelle«JO décembre 1564, dans les Archives de la maison d*Orange^ Nassau, t. !«', p. 335. — Au surplus , dans les dernières sessions du concile de trente, un des ambassadeurs de ^empereur Ferdinand I*» avait aussi réclamé la communion sous les deux espèces ainsi que le mariage des prêtres; de son côté, Tempereur avait insisté, à divecses reprises^ sw la solution de ces grandes questions. Voir Histoire de la papauté, par Banke, liv. III.
' La duchesse de Parme proposait le marquis de Berghes, le comte de Meghem et le seigneur de Montigny. Correspondance de Philippe //, 1. 1*»-. p. 331.
ime i3t {iMi-^iM^). 465
cette proposition, déclarant que le roi était sofiOsàmmént éolairé ; que, d'ailleurs, le refâchemeïit dans radministratîon de la justice ne prévenait point d'un défaut de vigilance de la part des magistrats, mais bien du ihaovais eiiemple don né par queues nobles qui aflBchaîent ouvertement le plus profond mépris pour les oflQciens de la justice; quïl ne fallait pas non plus attribuer à la' négligence des ministres prisés à la diremion des iinanoes les dettes énormes duroi et du pays, mais bieù aux longues guerres quîavait terminées le traité de Câtèau-Cambrésis ; que, quant aux hérésies, il ne fallait pas encore désespérer de les extirper, si chacun tenait fidèlement la main à l'exécution des édits ; enfin, qu*it: tùy avait qu'un seul et vrai remède à cet état des choses, la présence du«quveràin. Maisie prince d'Orange et ses partisans soutinrent la nécessité absolue d'envbyer Ton d'eux près du roi, et le comte d'figmont fut indiqué comme celui qui pourrait le mieux remplir cette mission '.Il dfésirait, au surplus, d^ être ohar^, et la plupart des seigneurS' lui étaient favorables parce qu'ils connaissaîent sa franchise, et qu'ils se persuadaient qu'il trouverait on bon accueil à la cour de Philippe H. De son cèté, le c6mte nourrissait l'espoir de profiter de cette mission publique pour avancer aussi ses affaires particulières. Il fondait alors de grandes prétentions sur ses services passés et présents. H se plaignait de n'avoir eu d'autre récompense qu'une ajrtAiz de çosta de 50)000 ducats, qui ne lui avaient pas été entièrement payés» tandis qu'il avait huit filles et deux garçons et des milliers àj^ florins de dettes.
La régente, tenant compte de la résolution du conseil d'État
' Mémorial de Hopperus, 2« partie, cliap. III. — Daus uue lettre du 29 novembre 1564 , la duchesse de Parme assurait au roi que la dépense, dans les Pays-B^s, excédait annuellement le revenu de GOOsOOO florins. Correspondance de Philippr U, t. I*^, p. 33^4. .
et déférant au désir exprimé par le comte d'Ëgmoni » le chaiigea expressément de se rendre à Madrid, pour y porter les vœux des prioctpatix personnages des Pays-Bas. Toutefois, elle ne se dissimulait point que cette démarche pourrait sembler hardie aux yeux de Philippe H : aussi aurait-elle voulu connaître préalablenfient sa vobnté. Mais les seigneurs lui firent de â vives instances qu*^Ie crut avoir beaucoup gagné (mandait-elle au roi) en difiFérant le départ '. Ce voyage étant enfin décidé et devant s'accomplir dans le cours du mds de janvier 4565, il était nécessaire d'arrêter les instructions dont le comte d'£giiiont serait porteur.
Viglius, chai^ de rédiger ces instructions, crut pouvoir s'exprimer en termes généraux sur les nécessités qui avaient fait l'objet des longues délibérations du con^il d'Éiat. Ce n'était pas ainsi que les adversaires du cardinal de Granvelle comprenaient la mission du comte d'Egmont. Le projet du président, ayantéCé communiqué au conseil, y rencontra une vive opposition. Quand vint pour le prince d'Orange le moment d'exprimer son avis, il saisit cette occasion de signaler la gravité de la crise qiii mafiaeerait les Pays-Bas , si l'on persévérait dans une politique fatale. Selon lui, il fallait dévoiler au roi la vérité tout entière et ne pas affaiblir la peinture des maux qui accablaient l'État. Il fallait s'expliquer avec franchise et clarté sur l'impossibilité d'exécuter les placards et le concile de Trente. 11 fallait dire ouvertement que lès hérétiques, fiers de leur nombre, violaient hardiment les édits et méprisaient l'autorité des magistrats, chargés de les faire exécuter. Tout en déclarant qu'il restait attaché à la reli^on catholique, le prince s'éleva avec force contre la persécution érigée en système : il dénia à l'autorité humaine le droit de com-
I La duchesse de Panne au roi, 46 décembre 4S6i et 17 janvier 1505, dans la Correêpondanct de Plni^pe 11, t. I«r, pp. 333 et 335.