LIVRE IX (1S
Un incident regrettable se passa pendant le court séjour que le comte d'Egmont fit dans cette ville avec les amis qui lui servaient de cortège. Dans un banquet donné à la citadelfe et oii Maximilien de Berghes, archevêque de Cambrai, avait été invité, ce jMré* lat fut en butte aux insultes les plus grossières ^ Excités par la chaleur du vin, quelques-uns des convives, le comte de Hooghstraéten et Bréderode surtout, avaient déjà tenu des propos hardis et désobligeants p«ur Tarchevéque lorsque, vers la fin dii repas, trois ou quatre d'entre eux se mirent à parier du. prochain départ du comte d'Egmont. Bréderode fit alors observer qu'il n'était pas convenable de laisser partir un personnage d'aussi haute importance pour te pays, parce que, dans le cas où il lui arriverait quelque malheur dans son voyage, la Flandre ferait une perte immense, et qu'on ne trouverait point à le remplacer. — « Rassurez-vous , répondit ironiquement l'archevêque de Cambrai, il se présentera bien quelque Egmont nouveau. » — Ces mots mirent Bréderode hors de lui-même. -^ « Comment, s'écria-t-il en blasphémant, £aut-il que nous supportions pareilles choses de ce
que pourrait lui susciter T inquisition, à cause de ses opinions religieuses. Il y avait un mois à peine qu'il avait rétabli la messe dans son château de Gulembourg, après Ty avoir proscrite ; mais tout portait à croire que c'était la crainte qui avait dicté cette conduite plutôt qu'un retour sincère à de meilleurs sentiments. Il fut remplacé par le baron d'Aubigny (Jean de Rassenghien). Un autre noble, Warluzel, homme sûr et recommandé par Bréderode, accompagna Egmont jusqu'à Orléans. Papiers d*État, t. Vill, pp. 660-652 ,
1 L'arcbevéqu« de Cambrai, qui avait séjourné quelque temps à Bruxelles, eu mois d'août 4564, passait pour un partisan de Granvelle: mais ce n'était point l'avia de Morillon. « 11 n'est pas si mal avec la noblesse, écrivait Morillon au cardinal, qu'il en fait courir le bruit, et il se trouve journellement aux festins. Il a un maître d'hôtel qui est fort noté d'être huguenot , et ce n'est pas le seul en sa maison. » Papiers d'État, t. Vllf, p. ^10.
prétre?> — Colembooi^ ^joata, en s*adressani à rarcherèqiie : — « C'est platôt à Dons à vous appliquer œ que tous venez de dire t car si vous veniez à mourir, on trouverait bien /acilemeiit cinq cents sujets de votre mérite pour vous remirfaoer sur le siège de Cambrai. * L'archevèqne prit no verre de vin et, pour couper court à toutes ces discusemis, porta la santé de Bréderode qui ne voulut pas l'accepter. Piqué de ce refus, le prélat lui dit qu'il voulait en connaître le motif, d'autant plus quil n'avait jamais cessé de lui être utile et agréable, autant que cela lui avait été possible, en toute droonstanœ. Bréderode se borna à lui répondre en colère « qu'il ne voulait pas aoc^)ter -cette santé ni lioire davantage. » L'archevêque, âcbé de la tour* Dure que prenait la dispute , répéta pluseurs fois qu'il voulait connaître le mcftif de ve nouveau r^us. Quoique le comte d'Eg« mont le priftt de ne pas presser davantage Bréderode sur ce pmnty parce que le vin lui avait porté à la tète, le prélat revint ^ la charge et déclara qull voulait absolument connaître les motifs d'un rcSus aussi désobligent. Alors, échauffé au dernier point, Bréderode saisît le bassin dans lequel on devait se laver les mains et le lança vers rarchevéque. Ce vase l'ayant touché à la poitrine et l'eau s'étant répandue sur ses vêtements il se leva, et, s'adressant à tous : « Comment, dît-il, c'est ainsi qu'on me traite, et c'est pour m'insulter ainsi que Ton m'a invité! Eh 3>ien ! sachez que j'ai des parents et des amis qui répondent pour moi. > En ce moment , le jeune comte de Mansfèld se leva de ^ble, dt, s'approchant du prélat, le pria de vouloir bien ne point prendre cette affiiireen mauvaise part et de ne point s^en offen* 'ser, parce que son onde (Bréderode) n'avait eu aucune mauvaise Intention. En disant cela, U se trouvait très-près de l'archevêque; celui-d le repoussa avec le bras en disant : « Otez-vous de là ! Quel est ce jeune homme qui vient ici me prêcher? n Irrité de ce geste, le jeune seigneur leva la main sur lui, accompagnant