‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 165 sur 177 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

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cette action de paroles grossières, et raurait maltraité si on ne l'eût retenu aussitôt, car il fil le geste de lever le poing, et même de porter la main à son poignard ; mais le comte d'Egmont et les autres les séparèrent. Le lendemain, Ëgmont alla dîner seul avec ^archevêque et cJiercha à le calmer; le soir, Bréderode et le reste de la compagnie vinrent souper avec le prélat. Avant de se mettre à table, l'archevêque, Egmont, Heogbstraeten et GuJembourg passèrent avec Bréderode dans un appartement séparé, où ils s'entretinrent seuls environ une heure, occupés sans doute de la réconciliation ; ils en sortirent ensuite pour souper, et, après être restés à table une demi-heure à peine, chacun s'eo^ retourna chez soi ^

fdrmi tous les propos tenus par Bréderode dans sa déplorable^ altercation avec rarchevéque de Cambrai, un point surtout était digne de remarque. Il avait laissé entrevoir que lui et ses amis étaient agités de craintes sérieuses pour la sûreté du comte d'Egmont. Telle était leur conviction sincère; car elle avait donné lieu, de leur part, à un acte d'une certaine gravité. Sept d'entre eux , Bréderode , Mansfeld , Gulembourg , Philippe de- Sainte-Aldegonde, Hoogfastraeten , Salm et Warluzel, avaient rédigé à Cambrai même, le â6 janvier, et signé de leur sang, une déclaration portant que, pleins de gratitude envers le comte d'Egmont, dont le voyage avait pour but le salut des Pays-Bas, ils lui promettaient, en foi de gentilshommes et chevaliers d'hon« neur, s'il lui survenait quelque notable préjudice, d'en tirer vengeance sur le cardinal de Gmnvelle ou sur ceux qui auraient été les complices ou les instigateurs du dommage. Cet engagement

1 Les détails de cette scène furent donnés par le comte de Gulembourg lui-môme à Pero Lopez, employé du gouvernement général des Pays-Bas. Ce dernier les résuma dans une lettre à Granvelle portant la date du 7 février 4 ttSS; die a été insérée dans les Papiers d'État, U Vlil, p. 684 et suiv. Nous en avons extrait les incidçnts principaux.

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solennel fut scellé du cachet du comte de Hooghstraeten et remis entre les mains de la comtesse d'Ëgmont K

Cependant les craintes manifestées par les amis du comte d'Ëgmont ne devaient pas se réaliser. Philippe li, ajournaat ses desseins, allait faire un accueil gracieux au rainqueur de Gravélines, bien que son voyage et surtout la nature de sa mission ne lui fussent nullement agréables. Dès qu'il avait été informé du projet qui so débattait au conseil d'Étal des Pays-Bas , il avait fait écrire par Gonçalo Perez à Tom&s Armenteros que la duchesse de Parme devait empêcher ce voyage , en usant à cet effet des meilleurs moyens qu'elle trouverait, n'étant pas convenable, disait-il, qu'Egmont vienne en Espagne, dans un moment où Renard s'y trouve, et pour d'autres motifs encore. Cette lettre, datée du 23 décembre 4564, arriva trop tard. La duchesse de Parme répondit, le 15 février 1565, qu'elle n'avait pu se conformer aux intentions de Sa Majesté, vu que le comte d'Ëgmont était déjà parti, et qu'elle n'avait pas jugé à propos de Je rappeler en route , pour ne pas le mécontenter de même que tous les seigneurs, ses amis, en suspendant un voyage dans le résultat duquel ils avaient grande confiance. C'est parce que le roi avait tardé à se décider sur les représentations qui lui avaient été faites, concernant les besoins du pays, que les seigneurs, ajoutait-elle, avaient insisté sur l'envoi d'un personnage marquant en Espagne. Elle n'avait pu s'y opposer, quoiqu'elle eût tâché, autant qu'il était en elle, de contrarier cette mission. Elle avait , entre autres , fait représenter par Armenteros au comte d'Ëgmont la convenance d'attendre au moins le retour de Simon Renard, pour ne pas faire croire qu'il se rendait à Madrid dans le but de défendre celui-ci ; mais le comte avait eu l'air de

• Le texte tde la pièce, analysée ci-dessus, se trouve daos les Archivée de la maison d' Orange-Nassau, t. !«', p. 346.

Pire de eette observatioa , disaot qu'il n'étaît pas homme à faire un pas en faveur de Renard , et qu'il demanderait plutôt au roi ëe le châtier rigoureusement s'il était trouvé coupable. Sur ces entrefaites, arriva une dépêche du 3 février dans laquelle Phitippe II parlait lui-même de la venue du comte d'Egmont. H aurait voulu, disait-il, que la duchesse écartât l'idée de ce voyagei ne voyant pas le fruit qu'il produira ; mais, puisque c'est ©hose déddée, il traitera le oomte selon que sa sœur le lui conseill&et le remerciera de la maaière dont il Ta servi. Il informait ensuite la régente que, sarmontant sa répugnance, il avait écrit des let* très de remercimenl au prince d'Orange et au marquis de Ber-* ghes^ pour le zèle et la honne volonté qu'ils avaient montrés dans l'affaire de ïaide, « Au comte d'Egmont je montrerai, répé^tait41 , que je suis satisfait non-seulement de lui, mais aussi du marquis et du prince et de tous ces seigneurs, puisqu'il vous parait que cela est convenable ' . »

Le comte d'Egmont arriva enfin à Madrid dans les premiers jours du mois de mars. Philippe II le reçut avec la plus haute considération, et l'exemple du souverain fut naturellement suivi

» Correspondance de Philippe U, 1. 1«, pp. 333, 340 et 342. Il convieat (Je citer aussi une lettre du 24 février, dans laquelle Tomâs Armenteros, répondant à GoDçalo Ferez, traçait le portrait du comte d'Egmont : « Je vous dirai les qualités du personnage et les dispositions dans lesquelles je le croîs à présent : pour le passé, on en sait là-bas plus que moi. 11 est homme bien intenticmné, et assez présomptueux, quoique flamand ; il se laisse aisém^t aller à tout ce que veulent les personnes qui ont du crédit auprès de lui ; avec les autres, il est très-réservé. 11 fait profession d'être trèsdroit et très-ferme , comme en effet il Test en beaucoup de choses , et le seigneur prince d'Eboli, chez lequel il a dit quMl se proposait d'aller léger, et en qui il paraît avoir beaucoup de confiance, pourra facilement ramener à ce qui paraîtra convenir au service du roi. Le mieux sera» pour beauciQup de raisons, de le renvoyer promptemeat. » Ibid., t. l's, p. 343.

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par les seigneurs de la cour. Le roi se mooira assez empressé de venir an secours des finances des Pays-Bas, n'hésita pas non plus à répondre catégoriquement que les préparatifs des Tures Tempédieraient de se rendre cette année même dans ces prïH vinces , mais se montra plus réservé sur les points qui coneernaient la religion ^. Il désira prendre l'avis préalable des principaux théologiens de ses États ; il les réunit à cet effet, el les consulta sur la libeité de conscienee réclamée d'une manière si pressante dans les Pays-Bas. Ceux de ces docteurs qui s'âaient rendu compte de l'état de ces provinces assurèrent le monarque quil pouvait faire des concessions; elles étaient néeessaires, croyaient-ils, pour éviter les maux plus graves qui résulteraient d'une révolte des peuples contre l'autorité royale el l'Église catho* lique. Mais Philippe II se récria : il ne les avait pas convoqués, repartit-il, pour savoir s'il lui était permis d'octroyer la liberté de conscience, mais bien pour s'assurer s'ils lui prescrivaient nécessairement de la décréter. Lorsque les thâdogiens loi eurent déclaré que ce commandement n'entrait pas dans leurs intentions , Philippe se prosterna devant un crudlix en s'écriant r « Je te prie, grand Dieu , souvoain de tous les hommes, que « tu me fasses persévérer toujours dans la résolutioD que j'ai « prise de ne consentir jamais à être appelé le maître de ceux « qui te refusent pour leur seigneur *. » Sa détermination lut, dès ce moment, irrévocable ^ mais, avant de la faire connaître au comte d Egmont, il chercha à gagner par des grâces personndles le capitaine illustre dont il avait sondé dqiQÎs longleBips le

1 Le prîDce dX>raiige, qui tenait ses infonnatioiis dn comte «TBgAOQt IttiHméiiie. transmie ces détails à son frère Louis de Kassan, le 3 snrû , il lui nuiiidait q«e le roi Tenait dTenToyer dans les Pays-Bas 200,000 écais. ^rvAmt ife la aMMHNi dTOrwÊge^^mMtmm^ 1. 1»^ p. 3SS.

' Strada dit tenir ces lenscigiienents d*aii dos doctevs cpi i au conseil. De beilo beigîœ, lib. IV.

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