‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 166 sur 177 · LITRE IX · texte numérisé non relu

LITRE IX

caractère plein de droiture, mais dépourvu de cette énergie persistante qui sîgnaJait Guillaume de Nassau. Le comte avait demandé le don absolu de Ninove qu'il tenait en êngagère, et lautérisation d'échanger cette terre contre Enghien, qui appartenait au duc de Vendôme (Antoine de Bourbon) ; il avait sollicité aussi la permission d'accepter un présent que lui voulaient faire les états de Flandre. Le roi lui fit répondre, par Ruy Go« mez, qu4t ne pouvait prendre une résolution sur le fait deNinovê, sans avoir consulté là duchesse de Parme; quant à la terre d'Enghien, il se réjouirait qu'il l'obtint par échange ; enfin, qu'à l'égard du pré^nt que les états de Flandre se proposaient de lui faire, il pourrait jouir du même avantage qu'avaient eu ses prédécesseurs, et même de quelque chose de plus. Philippe, ayant ensuite reçu le comte d'Egmont, ajouta de sa bouche qu'il lui accordait, sur la terre de Ninove, 12,000 ducats, par-dessus les 20,000 pour lesquels elle lui était engagée, de sorte qu'on ne pourrait la reprendre de ses mains, qu'en lui payant 32,000 ducats. Il lui promit aussi de contribuer à l'établissement de ses filles et l'assura que toute sa maison pourrait toujours compter sur sa protection la plus déclarée. Hais, au moment où le comte prit congé, Philippe n'hésita plus à lui témoigner son déplaisir de ce qui s'était passé au sujet de la ligue des seigneurs et des livrées. Egmont lui expliqua l'origine de celles-ci, et, le roi lui ayant demandé qu'il s'employât à les faire cesser, il répondit que c'était impossible pour le moment, puisque le marquis de Berghes devant les donner à Pâques, il arriverait trop tard pour l'en empêcher. Il ajouta que cette manifestation avait été provoquée par l'imprudence du cardinal de Granvelle, qui n'avait cessé de harceler la noblesse; que celle-ci, impatientée, lui avait fait subir le même traitement, mais sans porter atteinte au respect et à l'obéissance qu'elle devait au souverain des Pays-Bas. Le comte alla même jusqu'à dire que, s'il eût découvert en quelr

qu'un une pensée conlraire au service du roi, il e6t été le premier à le poignarder, quand niéme c'eût été son frère ',

Philippe II remit au comie d'EgnfMHit une instruction écrite pour servir de réponse à la commission dont celui-ci avait été chargé de la part de la gouvernante des Pays-Bas. Elle tr^itak des différents points sur lesquels \a sollicitude royale avait été appelée. Philippe alléguait les hostilités des Ottomans, qui menaçaient alors l'Ile de Halte, pour s'excuser de ne pouvoir cette année même se rendre dans les Pays-Bas ; mais , la guerre terminée , il examinerait s'ik lui serait possible d'éntrepreûdre ce voyage, dans le cours de l'année suivante. Pour remédier aui embarras financiers qui lui avaient été signalés, il envoyait, partie en argent comptant et partie en lettres de change, 60,000 écus pour les troupes ordinaires , 800,000 pour les garnisons el 450^000 pour les besoins des provinces; il eût envoyé davan-

1 Correspondance de Philippe II, t. J«, p. 34&; — BENTrvoGLio,liv. I;- Stbâda, lib. IV. ~ Il était très-vrai, comme on Ta vu, que le cardinal de Granvelle n'avait pas toujours mis dans ses procédés à l'égard d'une Ddblesse fière et susceptible toute la réserve et toute la dignité convenables. Oo ne lui pardonnait pas, surtout, la statue insultante qu'il avait fait ériger dans son château de Cantecroix. a C'était, dit Van Loon, une femme qui tenait d'une main uue coupe, et de l'autre une aiguière. Cet emblème était expliqué par sa devise ordinaire : DurcUe, Persévérez. Il voulait signifier par-là (croyait-on) que son économie le mettait en état de se soutenir plus longtemps que les nobles, dont le luxe et les prodigalités causeraient dans peu la ruine. On ne prêtait pas une signification moins odieuse à quelques médailles frappées par ordre du môme cardinal , quoiqu'elles oe représentassent que remblème ordinaire de ce prélat, savoir une mer irritée. On prétendait que par là il voulait faire entendre que sous la protection du Neptune espagnol (c'est-à-dire du roi), il se croyait en sûreté au milieu des orages politiques qui , quoique excités pour sa perte et poor l'avancement de la réformation, n'abîmeraient que leurs auteurs qui, précipités hors du vaisseau de l'État, seraient livrés à la fureur de la mer et de ses monstres » Histoire métaUique des diœ^s(*pt provinces, t. l»,p.57.

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