LIVRE IX
tage s'il n'avait fallu pourvoir aux nécessités pressantes de la guerre contre les Turcs '. Il se proposait aussi de porter remède aux désordres de la justice quand la duchesse lui en aurait indiqué les moyens, après avoir consulté le conseil d'État. Mais c'était surtout de l'état affligeant de la religion qu'il fallait , disait-il, se préoccuper ; c'était aux hérétiques, dont les progrès lui causaient une douleur profonde, qu'il fallait opposer une plus forte barrière. Il déclarait en conséquence qu'il ne souffrirait jamais, dans ses États, le moindre changement en matière de religion ; eût-il même cent mille vies, il les sacrifierait volontiers à cette grande cause. 11 permettait seulement que la gouvernante , sans rien ébruiter et en prétextant l'exécution du concile de Trente, réunît, avec le conseil d*État, deux ou trois évoques, quelques théologiens et des magistrats signalés par leur dévouement à la religion catholique. Dans ces conférences, on discuterait le meilleur mode à emploj^er pour instruire le peuple, propager les saines doctrines et rectifier l'enseignement dans les écoles. On examinerait, en outre, s'il convenait de changer les châtiments employés contre les hérétiques, non pas que le roi jugeât à propos de faire cesser les punitions, cette indulgence ne pouvant être agréable à Dieu ni servir le bien public , mais afin , disait Philippe II , de réprimer l'orgueil des sectaires et d'empêcher qu'ils ne se glorifient de leur supplice, qui cesserait ainsi d'être un stimulant pour leurs prosélytes ».
Egmont fut aussi chargé de ramener à sa mère le jeune prince Alexandre Farnèse, qui avait été retenu, depuis 1559, à la cour d'Espagne. M partit enfin de Valladolid, après avoir encore écrit
1 Strada rapporte que les fonds n'ayant pas été fournis en Espagne, les banquiers refusèrent d'avancer une grande partie de ces assignations.
' Correspondance de Philippe II, t. I«r. p. 347;— Jtf^»iona/de Hopperus, î« partie, chap. IV ; - Strada, lib. IV.
au roi pour le remercier de ses bontés et lui déclarer qu'il retournait en Flandœ Thomme le plus satisfait du monde ^
11 fut de retour à Bruxelles le 30 avril, accompagné du jeune prince de Parme. La régente se livra d'ahord au contentement de revoir et d'embrasser son fils, dont elle était séparée depuis plus de cinq ans. Elle se réjouissait, disait son secrétaire intime, de le trouver déjà homme, avec un air si vif et si riant, tempéré par cette gravité qui était comme le cachet de l'éducation qu'il avait reçue à la cour du roi catholique. Elle se réjouissait de le voir tant espagnol en tout, qu'il paraissait nou-seulement avoir été élevé, mais même être né en Espagne, tant pour la langue (l'espagnole étant la seule qu'il sût parler) que pour les manières et les habitudes. La satisfaction qu'elle ressentait fut encore augmentée par la nouvelle que Philippe avait résolu le mariage d'Alexandre Farnèse avec l'infante Marie, fille du prince Edouard de Portugal et d'Isabelle de Bragance ».
Cependant la gouvernante des Pays-Bas ne devait point tarder à se préoccuper vivement des instructions rapportées par le comte d'Ëgmont. Le 5 mai, elle assembla le conseil d'État. Egmont, après avoir fait un rapport verbal sur sa mission , conclut en déclarant qu'il demeurait en tous points plus que satisfait du roi. On. donna ensuite lecture de l'instruction qu'il avait apportée. Pour se conformer aux ordres du souverain , la duchesse convoqua à Bruxelles, pour le 25 mai, l'évéque d'Ypres, spécialement désigné par le roi , les évêques de Namur et de Saint-Omer, les présidents des conseils de Flandre et d'Ulrecht, deux conseillers du grand conseil de Malines et trois théologiens de Louvain, Josse de Tillet, prévôt de Walcourt, Corneille Jansen,
1 Correspondance de Philippe !1, 1. 1«: p. 349.
' Arméiileros à Gônçalo Ferez, 16 mai 4505, dans la Correspondance de Philippe II, t Jw, p. 354, et Strada, De beUb belgico, lib. IV.