LIVRE IV (ISÎIS
ressentiment et même à faire une promesâe dé nature, à satis* faire les états. Il leur fit répondre, ie 9 août, qu!ils av^itot étié méchamment induits en erreur. N-avait*ii p^s nommé comm^ gouvernante «a propre sœur, née et nourrie dans te pays? De même, ils n'auraietrt qu'à se loner des mimstres qu'il avait chargés de l'ass^ter. Trois mille hommes dlofanterie espagnole 4*estaient, à la vérité, dans les Pays-Bas ; mais le h» ne les y oonserviât que pour assurer les provinces^ coatre tous les évéàemeats qui pourraient survenir et aussi poar. soulager tes états, puisqu'ils n'auraient pointa fournir ta solde de ces' troupes. Des mesures étaient prises pour qu'elles fussent exactement pa^es et, en outre, le roi leur avait donné pour chefs de» seigneurs nationaux, le prince d'Orange et te comte d'Egmont. Néanmoins, en présence du désir manifesté par les états généraux, il ferait en 'sortp de rappeler ces Espagnfols dans un délai de trois ou Quatre mois, pourvu que les états foiUrnissent au gouvernement les moyens d'entretenir les troupes indigènes chargées de les remplacer. Il daignait même ajouter que, si'il. avait connu plus t6t le désir des représentants du pays, il aurait pris ^s mesures pour ramener avec lui l'infanterie eepagnole. Mais dans l'état où étaieifit les choses; il fallait prendre patience, car son retour ne pouvait plus être différé *.
Le 8 août, Philippe II avait signé les patentes de Marguerite de Parme comme régente et gouvernante générale des Pays-Bas et de la Franche^Ûomté de Bourgogne, ainsi que les nominations des gouverneurs provinciaux. Il remit à sa sœur deux insiruc* tiens secrètes ; Tune qui limitait son autorité, et l'autre qui concernait particulièrement l'extirpation de l'hérésie. Il résultait de la première que la gouvernante devait se conduire eh tout d'après
i Colieetion de documênti inédits cùncernani Vhistoitv de la Belgiqu»^ t.î,p. a26-.3î0.
iCO LES PAYS-BAS SODS MtiLiPPE H.
Tairis du conseil d'état et da conseil pdvé^ dans les. matières financières, elle devait également suivre ravis du conseil des finances. Par ses patentes, elle, avait le. pouvoir de disposer de tous bénéfices et offices : le roi subordonnait ce pouvoir, quant aux bénéfices , à un râle qu'il lui laissait ; quant aux dignités abbatiales , elle pourrait conférer celles des monastères de femmes» à Texception des abbayes de chanoinesses séculières, et des monastères d'bommes valant moins de trois mille livres par an. Le roi se réservait les autres ainsi que la disposilion des gouvernements de provinces et de Tamirauté ; il se réservait encore la nomination des gouverneurs et capitaines des villes d'Arras, de Béthune , de Saint-Omer, de Hesdin, de Bapaunie , de Cambrai, de Landredes, du Quesnoy, d'Avesnes, de Boucbain, de Gharlemoot, de Philippeville, ainsi que d^s châteaux de TÉcluçe et de Lille ; la nomination des chefs de tous les colléj^ de justice et des bailliages de Hainaut, de Gand , de Bruges; celle des capitaines, d'hommes d'armes ^ enfin les grâces concernant le crime de lèse-majesté, les concessions de privilèges perpétuels sollicités pour les villes, les communautés ou les particuliers. L'autre instruction enjoignait expressément à la gouycrnante de faire exécuter les édits en vigueur contre les hérétiques u sans infraction , altération ou modération ; * elle devait aussi veiller à ce que les inquisiteurs s'acquittassent bien de leurs fonctions et qu'ils fussent régulièrement payés afin qu'il n'y eût pas de délai ni d'interruption dans les procès qu'ils étaient chargés d'instruire'.
1 La coimnission de Mai^uerite de Parme ala$iq\iQ les deux instructiODS analysées ci-dessus ont été publiées dans la Correspondance de Philippe II, appendice du tome II, p. 467-477. Foir aussi un manuscrit de Tancienne bibliothèque de Bourgogne, n» 46376. — Le traitement de la duchesse de Parme fut fixé à 70,OOiO florins par an : 36,000 florins de traitement ordinaire et 34,000 florins comme traitement extraordinaire. Le
LivuE tv (i»B9). ii61
Le conseil d'État restait composé de la mamère suivante : Grânvelle, évéque d'Arras; Charles; baron de BerlayoDdnt, chef du conseil des finances ; Viglius, chef-président du conseil privé; Guillaume de ' Nassau , prince d'Orange ; Lamoral d'Egmodt, prince <ie Gavre; Philippe de Stavele^ seigneur de Glayon, grand maitre de rartilleriey et Sirqon Renard, ancien ambiassar deur en Angleterre. Il était statué d'atlietirs que tous les;cfaeva^ Hors de la Toison d'or auraient entrée au conseil d'Étali lorsqutt, se trouvant à Bruxelles , ils y seraient appelés par la gouvernante ; les membres du conseil privé et ceux du grand conseil de Malines auraient le même privilège pour les affaires judiciaires '.
Cependant la gouvernante avait aussi reçu des.instcûctions secrètes qui lui traçaient la conduite qu'ielie sixirâit;à tenir daiks ses rapports avec le conseil d'État. Pour prévenir des diviefions intestines, donner plus de liberté -aux opinions i et rendre) en mémo temps tous les membres solidaires, elle devait les obliger, alors même qu'ils tf (auraient pas été de l'épinion- qu'on avait suivie, de la défendre hors le conseil, commè:la meilleure qu'on avait pu adopter. Si , d'autre part, la gouvernante voyait se former, au sein du conseil , des coalitions pour faire passer Tune ou l'autre mesure; elle était autorisée à se contenter de l'avis d'un comité intime ou consulte, que Philippe coniposa lui-même de levêque d'Arras , du baron de Berlaymont et ^e Viglîus. Les propositions relatives à la collation des offices et bénéfices devaient être réservées exclusivement pour la consulte seule. Ainsi le voulait expressément le roi , afin de soustraire à. l'influence
doc de Savoie recevait 36,000 florins, comme traitement régulier, et une indemnité extraordinaire de 20,000 florins. — Archives de Taudience, carton Ti« 84.
1 Recueil et méfnoricU des troublée des Payè^Bas du roy, par : Joacbuh Hopp£RV8 (dans les Analecta Belgica, de Hotnck Van Papeno«echt, la Haye, 4743, in-i^), t. IV, p. 4d.
I4â LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE H.
des seigneurs ia partie la plus délicate du gouvm*oeiQent. De même, dans les circonstances intentes et qui ne permettaient point d'attendre une réanion générale, il était encore permis à la gouvernante de s'en rapporter à son conseil secret '. Telle Alt la combinaison qui, en éveillant à juste titre la jalousie et les défiances des seigneurs principaux , devint le prétexte d'un mécontentement qui devait se traduire ensuite en opposition flagrante.
Les gouvernements des provinces furent , d'après les indica* tiens de Granvelle, répartis de la oaanière suivante :
La Flandre et l'Artois, au comte d'Egmont -,
La Hollande r la Zélande et la province d'Utrecht, à Guillaume de Nassau, qui reçut encore plus tard le gouvernement du comté de Bourgogne ;
La Frise orientale, l'Over-Yssel, Groningue et Linghen, à Jean de Ligne, comte d'Ârenberg ;
Le comté de Namur, au baron de fierlaymont ;
Le Luxembourg, au comte Pierre Ernest de Mansfeld;
Tournai et le Tournaisis, à Floris de Montmorency, baron de Montigny;
Lille, Douai et Orohies, c'est-à^ire la Flandre gallicane, à Jean de Montmorency, baron de Gourriëres;
Le Hainau^ avec Vaienciiennes et là citadelle de Cambrai, à Jean de Lannoy, baron de Molembais , qui , mort l'année suivante (1560), eut pour successeur son gendre, Jean de Glymes, marquis de Berghes-o[>*Zoom,
Tous étaient chevaliers de l'ordre de la Toison d'or '.
1 Strada, lib. L Voir aussi, en ce qui concerne la coMulte, un mémoice de Granvelle, dans les Buiietins de la Commission d*hisi&ire, t. IV (4"> serie), p. 445.
' Les gouvernements des provinces étaient ceasés -conjSi^ré^ à vie. Cet
Lorsque le roi fut parvenu à la souverëinélé des Pays^^Bas» i| avait désignée comte defiorûes potir le gouvernement du duché de Gueldre et du comté de Zutphen. A la veille de son départ, il le nomma atùirai de Flandre, mais en lui retirant sa cjharge de gouverneur, ce qui blessa ie cointe aB vif. Le duché de Oueldre et ie comté de Zutphen furent confiés à Charles de ^rimeu, comte de Meghem et S^ d'Hum)}eroourt, descendant de Finfortuné ministre de Marie de Bourgogne.
Le roi répartit aussi entre les principaux seigneurs les <|uatorze compagnies qui formaient les bandes d'ordonnance des Pays-Bas. Elles r^urent pour chefs c le duc d'Ârschot, le prince d'Orange , le 0omt^ d'Egmont , le marquis de Berghes, le comté de Homes, le comte die Boussu, le baron de Berlaymont, te comte de Hooghstraeten, le comte do Rœulx, le comte d'Arenberg , le 0»mte de Mànsfeld, le comte de Meghetn , lé ^roti'd^ Mbntigny
usage ne pouvjait >e p^ncilier avec la défiance ejt les idées monarchiques de Philippe II. 11 s'en était préoccupé depuis assez longtemps et avait même consulté Granvelle sur le point de savoir si, conformémisnt à une proposition qu'il avait entendu faire par la reine de Hongrie, il n*y aurait pas lieu 4e rendre les gouvetnements temporaires. Granvdle avait répondu le il décembre 4558 : « Quapt k ce qua Y. M. rapporj;|» du désir manifesté « pi-devant par la reine Marie dp voir les gouvernements des provinces
• r^endus temporaires, le (ait est vrai, et je me souviens qu'elle en fit 1^
• proposition ; mais, aprè^ mûr ^xam^n , pous avons reconnu les inconr « vénienis jie cette mesur^. Les seigneurs, en effet, s'en trouveraienfi « ofijensés comme d'une marque de défiance et n'accepteraient probable-? « mept aucun epap^oi <}aps un tel ordrp de oho;ses, attpodu surtout qu'i) « n'est et n'a jai^iais jâté pratiqué dans aucun autre pays. » Malgré ces i^ajec^iops, le roi déclara qu'il indinait toujours pour Topinion de la reine M^rijB au sujet fles gouvernement temporaires des provinces, ce parti hii S(embl.9iit Le plus favorable à la bonne administration. Cependant il ne dofDt^^ pas suite à ce dessein; Voir les Papfvrfi (VÈlai du ctirdinai dp Granpett^, t.V, p, 395et40l.
et le comte Henri de Bréderode. Ges: seigneurs avaient sous eux des lieutenants et autres officiers, choisis également dans la noblesse *.
Granvelle plaça auprès du roi , oomone conseiller d'État des Pays-Bas et garde des sceaux , Charles de Tisnaoq , une de ses créatures ^ Le comte de Hornes qui, en sa qualité d'amiral^ allait également aceompâgder Je monarque en Espagne , y fut retenu pendant deux ans sous prétexte d'y exercer la charge assez vaine, tout au moins purement honorifique, de superintendant des affaires des Pays-Bas '.
Cependant l'organisation ecclésiastique du pays avait été, de la part de Philippe II, l'objet d'une sollicitude plus grande encore.
Les Pays-Bas ne possédaient jusqu'alors que trois éréchés : Tournai, ArrasetUtrecht. Dans la plus grande partie du pays, kjQridictionf ecclésiastique était exercée par dés évéques étrangers. Les évéques de Liège et de Cambrai se partageaient l'autorité spirituelle dans le duché de Brabant ; la^ juridiction du premier s'étendait, en outre, sur le comté de Namur et la presque totalité du duché de Gueidre; celle du second sur la seigneurie de Malines, le comté de Hainaut et quelques lieux de la Flandre. Une partie de cette dernière province dépendait de l'évêché de
* Les bandes d'ordonnance, disséminées en divers lieux des Pays-Bas, formaient un effectif de trois mille cavaliers, les uns armés de toutes pièces comme hommes d*armes, et les autres, les archers, équipés plus légèrement. Ces trois mille cavaliers formaient six cents lances, car on comptait cinq hommes à cheval pour chaque lance, La compagnie la plus nombreuse était de cinquante lances, et la moindre de trente.. yotrL>.GL*ic-
CIARDIIf, fol. 48.
• ' Granvelle parait avoir choisi Tisnacq « parce que c'estoit un> homme assez doux et qu'U lui sembloit pouvoir s'assurer qu'il feroit bien sa beso^e etraideroit à maintenir son crédi,^ en. toutes occurrences et Ta v^r Misant de toutes choses. » Grande chronique de Hollande, t. II, p. ,38. ' Mémorial de FIopperus, chap. I.
Livnc IV (1599). 168
Thérouanne, auquel ressortissaitaussiW moitié de FA rtois. L'archevéquede Cologne avait juridiotion à Nimègue et dans quelques autres endroits de la haute Grueldre. De même, les évéques de Munster, de Minden, d'Osnabruck et de Paderborn, étendaient leur autorité sur certains cantons de la Prise, de i'Overyssel et des pays de Groningue et de Drenthe. Il y avait une province, celle de Luxembourg, qui se trouvait soumise à six différents prélats; dont aucun ne résidait dans le pays : les archevêques de Cologne et de Reims, les évéques de Trêves, de Liège, de Metz et de Verdun. On a dit, avec raison, que les inconvénients de cet ordre de choses étaient très-graves ; les évéques étrangers et leurs officiers se permettaient souvent des abus de pouvoir, au préjudice des droits des citoyens et des libertés nationales, même au détriment des prérogatives et de la dignité du souverain. D'autre part les intéressés, dans les causes ecclésiastiques, devaient se pourvoir en appel devant des tribunaux éloignés et situés hors du pays, recours difficile, et même périlleux, en temps deguerre. Mais cet état de choses était plus préjudiciable eneore aux intérêts dé la religion. L'étendue des diocèses (dans c^ui d'Utrecht on comptait près de 4,400 églises et plus de SOO Villes fermées) empêchait les évéques de diriger et de surveiller convenablement leur clergé. Il en résultait que les ecclésiastiques s'acquittaient de leurs devoirs avec négligence, que le relâchement s'était introduit parmi eux, et que ce désordre favorisait les partisans des innovations religieuses '.
Déjà Philippe le Bon avait songé è augmenter le nombre des diocèses dans les Pays-Bas *. Gharles-Quint aussi s'était convaincu, dès les pi-eniières années de son règne , de la nécessité
» Gaciiard, Correspondunce de Philippe II, t. I (introduct.), p. xciu et suiv. ' Strada, lib. I.
J6t» Le& PAYS-Bis SOUS i>a<LiPPE a.
d'opérer une réibrme danjs l'org^oisatioD ecciésiastiijoé de ôets provinces ; ^1 chaque foiisqa'U s'-étaittrouVé éo bonne intelligence avec le saint siège, il avait fiaitt ouvrir des négocialictis à Rotnë pour cet objet. Lorsque Adrien Florent, ëon ancien précepteur, ^t été élevé au pontiâoat, l'empereor chargea le vice-roi dd Naptes, Charles de Lant¥)y> et te due de Sessa, son ambassadeur à Rome, d0 solliciter du nouveau pape une buUe qui instituât en filandre les évéchés reconnus nécelssaires. La brièveté du pônti-» ficat d'Adrien YÎ ne lui permit pas de s'oc(5uper de cetie affaire^ £Ue rencontra ensuite un autre obstacle dans les graves diSërends qui s'élevèrent entre Gbarles-Quint et Clément Vit. Mais après la réconciliation des deuie souteraincf eu 4 519, les négG^iaticftis fuirent reprises, li s'agissait alors d'ériger sii ùiouVeaut siégés„ qui auraient été établie à Le^, à Middidboùrg, à Bruxelles, à Gand, à Ypres et à Brugesi^. Le duché de Gueldre et le comté dé Zutpben ne faisaient p»è, encore partie des États de Charles^ Ouint '. Bieù que ^e£ope^eùr dësiràt avec passion d'esécuter cette entreprise, il fut arrôté dans son dessein par tes guéfrres qui troublèreht soû règne. Peut^tre aussii ôraignait-il de diminuer, par rétablissement de nouveaux sièges, la puissance et l'autorité de son oncle Georges d'Autriche, évêque de Liège. Quoi qu'il en soit, entre les derniers avis qti'il donha è Philippe, sdn fils, Celui-ci était le premier. Le nouveau souverain ne le négligea point et agrandit encore le plan dé son prédécesseur. Il fut d'autant plus puissamment persuadé d'augmenter le nombre des pasteurs qiie dé jour en jour, disait^il plus tard, la population s'abgmentait dans ta Flandre; que l'hérésie, qui sortait des États circonvoisins , commençait à s'y établir, et qu'il avait imprimé dans son âme le commandement de son père, aux yeux duquel c'était là le seul moyen d'assurer la religion dans les Pays-
' G AGH AR D, oper. cit., p. xcv.
LitRfi IV (iftS9). 167
Bas *. Dès que la guerre avec la Prance lui en laissa le loisir, il envoya à Rome le docteur François Sopùios, un des plua doctes et des plus célèbres théotogiens de l'univa-sité de Louvaia. Il devait se feire assister de Fraoçois de Vargas, ambassadeur d'Espagne à Rome ^ Sonnius représenta au pape Paul IV que tes anciens diocèses avaient une juridiction si vaste qu'il était impossible que les évéques eussent un soin convenable de leurs ouailles. Il supplia le pape de retrancher ce qu'il y avait de trop dans les anciens diocèses et de le répartir entre de nouveaux sié^ ges, de manière que chacun correspondrait à la langue naturelle du pays. Pour subvenir à l'entretien des nouveaux évéques, on leur affûterait de riches et sufBsantes abbayes, des prévôtés, des prieurés et autres bénéfices. Paul IV, après avoir fait examiner l'affaire par une congrégation de sept cardinaux, accueillit, le 19 mai 4559, la demande du roi catholique autant pour élever de nouvelles barrières contre l'hérésie que pour sceller sa récon^ ciliation avec le fils de Gharles-Quint ^. La nouvelle de la décision favorable du souverain pontife trouva encore Philippe II dans les Pays-Bas ; il prit aussitôt les meures nécessaires pour l'exécution de ces bulles importantes.
11^ avait, du reste, multiplié ses ordres pour le châtiment des hérétiques. Non content des instructions si pressantes données è Marguerite de Parme, il recommanda de même à tous les gou-
* Sthada, lib. I>
' François Sonnius ( Van de Ydde) assista plus tard au concile de Trente. — François de Vargas était conseiller de GastiUe et jurisconsulte distingué. Il mourut en 4680, dans le monastère de Gistoso, près de Tolède, où il s*était rétiré.
^ Voir, dans Ribier, 1. 11^ p. 805, une dépèche adressée par Henri II à Tôvèque d*Angouléme, son ambassadeur à Rome, pour protester contre les arrangements arrêtés dans ce consistoire, parce qu'ils étaient préjudiciables à rintérétde rarchevêque de Reims.
i68 LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE If.
verheurs la plus grande énergie et la plus inflexible sévérité. Il leur fuir enjoint de faire exécuter rigoureusement les édits contre lés hérétiques, et de ne pas plus épargner les luthériens et les sacraroentaires que les anabaptistes '.Philippe s'adressa dans le même but à tous )çs conseils provinciaux de justice et principalenâeht au grand conseil de Malines, à qui il avait déjà recommandé cet objet de sa propre bouche. II le chargea expressément d'observer les édits et d'en surveiller l'exécutioo par les autorités qui lui étaient subordonnées. Elle devait se faire avec toute rigueur et sans excepter personf)e } il fallait procéder non-seulement contre les transgresseurs, mais au^si contre les juges qui voudraient user de dissiaiulation et de connivence. On ne pouvait admettre l'excuse de ceux qui, sous prétexte de la sévérité de la loi, se montreraient timides et craindraient de prononcer les peines statuées par les ordonnances de l'empereur. Si le conseil découvrait quelqu'un qui énonçât une opinion équivoque sur les choses de Dieu ou de la religion ^ et qui laissât deyiner que cette opinion avait pour but de favoriser les hérétiques ou, de les soustraittî aux peines prononcées par les édits, on devait procéder contre ce suspect comme fauteur d'hérésie, quand même ilierait partie du conseil. Le roi. prescrivait de nouveau d'observer les placards à l'encontre de tous les secidiiT^s^ anabaptistes, sacra* mentaires o\i' luthériens^ sans exception aucune, m^me contre ceux qui pourraient seulement être entachés des erreurs introduites et soutenues par Luther. Le roi recommandait ensuite au magistrat, qui avait la surveillance des écoles, de les visiter sou-
» Dans son Apologie, le prince d'Orange déclare formellement que lorsque Philippe II s'embarqua pour TEspagne, il lui commanda de faire mourir plusieurs i/6ns de bien, suspects d'hérésie; mais il refusa de le faire et les avertit, r-7 Voir .aussi les instructions données au marquis de Berghes, lorsque Philippe II lui conféra, le gouveruement du Hainaut, dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire, nouvelle série, t. V, p. 342.
LiVflE IV (1939)/ 4-69
vent et de n*admettre comme instituteurs que de bons cailholiqtlës; ib mkgistirat devait également tenir la main à, ce que la jen-nèsse fût bien instruite dans le catéchisme que le gouvernenâetit lavait fait publier. Enfin; H fallait exclure des postes admir nistrâtiifs ou judidaires les candidats qui n'auraient pas toujours eu la réputatibn de bons chrétiens ^ de catholiques • .
Le 10 août, à minuit, Philippe 11, accompagné des principaux seigneurs du pays, se rendit au Sas, où il s'embarqua pour rejoindre en Zélande la flotte qui devait le transporter en Espagne et qui se composait de deux cents vaisseaux. L(î mauvais temps l'obligea de séjourner dans les îles de la Zélande plus loi)gtemps qu'il n'en avait l'intention ; et ce retard l'affligea vivement, car le moindre délai lui semblait une calamité. Le jeudi 23 > la duchesse de Parme et les principaux seigneurs des Pays-Bas prirent éonjgé de lui. Vers les onze heures du soir, ilentra dansson navire et resta à l'ancre jusque dans l'après-midi du lendemain. Un bon vent s'étant levé, il s'éloigna des côtes des Pays-Bas, qu'il ne devait plus jamais revoir, et parvint heureusement jusqu'au canal près de l'ile de Wight ; mais lorsqu'il entra dans la mer d'Espagne, sa navigation fut retardée par un calme extraordinaire. Enfin, le 8 septembre, la nef royale et quelques autres navires de la flotte touchèrent à Laredo, au moment où venait d'éclater une horrible tempête qui engloutit plusieurs vaisseaux de l'escorte, avec les meubles et les eflets précieux dont ils étaient chargés ' .
A peine Philippe II fut-il de retour en Espagne, que les flam-
1 Manuscrit de rancienDe bibliothèque de Bourgogne, n» 16075.
* Journal de Vandenesse, qui accompagnait Philippe II en Espagne, comme contrôleur. ~ Lettre adressée à M. de TAubespine par Christophe Challaire, maître d'hôtel de ce dernier, et datée de Mildelbourg, le 44 août {Négociations, etc., de Sébastien de TAubespine, p. 89). — Lettre do Philippe II à l'évéque d'Arras, datée de Sudbourg (Zélande), le 24 août, dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. V, p. 644.
t70 LES PÀYS-AAS SOtlS t>lIIUl»PE If.
mes des bûchers éclairèrent d*ane lueur sinistre la volonté im-^ muable du roi de tout sacrifier au maintien de la foi catholique* Le ^ octobre , il voulut lui-même présider un auUwla-fé célébré h Valladolid et oii furent brûlés treize personnes ainsi que le eadavre d'une femme qui, pour s'épargner les tortures du bûcher» s'était coupé la gorge avec des ciseaux. Presque tous ces ooq-^ damnés appartenaient à des familles nobles et recommandables ; il s'y trouvait plusieurs prêtres, entre autres Pierre de Cazalla, curé de Pedrosa, ainsi que des religieuses dont la jeunesse aurait dû désarmer les bourreaux. Après l'autOKla^fé, Philippe, accueil<» lant la demande qui lui était faite par l'inquisiteur général, jura solennellement et publiquement de soutenir et de défendre le saint office, et de lui révéler tout ce qui aurait été dit contre la foi, par quelque personne que ce fût. Ce serment, redoutable dans ses conséquences, devint comme l'excuse d'une politique entachée trop souvent de duplicité, de fanatisme et de cruauté.
UYRE CINQUIÈME*
Prépondérance dé TEspagne. — Possessions de Philippe II. — Coup d*œii sur les forces, lindustrle, le commerce, etc., de TEspagne. — Prospérité des Pays-Bas.— Productions du sol.— Coiiimerce d*échange.— Industries des différentes provinces.— Mœurs des habitants.— État de l'instruction.
— Les duimbres de rhétorique.— Les dix-sept provinces.— DescriptiOEi de la région septentrionale.*— Ancien aspect de cette contrée ; inondations; digues. — Le duché de Gueidre. — La Frise. — Le comté de Hollande.
— Mœurs des Hollandais. — Fabrication du beurre et du fromage ; pèche du hareng ; commerce. — La Haye , Dordrecht, Amsterdam, etc.
— La Zélande.— Description de la région méridionale.-— La principauté de Liège. — Le duché de Luxembourg. — Le comté de Namur. — Lé comté de âainaut.— Prospérité de Mons et de Valenciennes.— Domaineé de la noblesse. — L'Artois. — Le comté de Flandre. — Lille, Tournai^ Alost, Gandf Br.uges, Ypres, etc. — Contestations commerciales avec l'Angleterre; détails sur l'industrie de la Flandre. — Le duché dé Brabant.— Louvain et son Université.— Bruxelles.— État de Maestricht.
— Duché de Limbourg. — Seigneurie de Malines. — Anvers. — Progrès de cette villo depuis la décadence de Bruges. — Elle éclipse Venise. — ■ Les Hanséates. — Population. — Monuments. — Gouvernement de la bommune. — Maisons étrangères. — Les nations. •— La bourse. — Les factoreries. — Le port. — Principaux articles d'importation et d'expert»" tion. — Industrie des Anversois. — Aisance de la bourgeoisie. — Aspect riant de cette grande métropole commerciale.
Quoique Philippe II eût été déçu de l'espérance ambitieuse d'hériter aussi de la couronne impériale , il primait néanmoins tous les autres souverains de son temps par le nombre et la puis-
I7â LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
sance de ses États. Charles-Quint lai avait laissé en Europe les royaumes de Castille, d'Aragon et de Navarre ; la principauté de Catalogne et le Boussilloa; les royaume^ delNaples et de Sicile ; la Sardaigne et le Milanais ; les Pays-Bas et la Franche-Comté de Bourgogne. En Afrique, Fautorité du roi d'Espagne était reconnue dans Tarchipel du Cap-Yert et dans les provinces de Tunis et d'Oran ; il possédait . sur les côtes occidentales , Tarchipel des Canaries et, en outre, les Iles de Fernando-Po, d'Annobon et de Sainte-Hélène. L'immense et riche hémisphère , découvert par Christophe Colomb, s'était encore agrandi pendant les dernières années du règne de Charles-Quint : au Mexique et an Pérou, à la Terre-Ferme, à la Nouvelle-Grenade et au Chili , les Espagnols avaient rattaché les vastes provinces arrosées par le Paraguay et la Plata. L^Espagne possédait aussi l'Ile de Cuba , celle de Saint-Domingue, la Martinique, la Guaddoupe,Ja Jamaïque, et bientôt ^le allait prendre possession des Iles Philippines dans la mer des Indes.
Fiers de cette puissance colossale , les sujets de Philippe II . disaient : « Au moindre mouvement de l'Espagne, la terre tremble. » Et cédant à la fougue de leur imagination , ils ajoutaient que le soleil ne se levait et ne se couchait que dans le pays de leur domination ; ils disaient aussi que leur langue était la seule qui fût propre pour parler à Dieu.
UEspagne , à Tavénement de Philippe II, se trouvait à l'apogée de sa puissance. Elle était réellement , selon les expressions de Camoëns, la tète de TEurope. La supériorité de ses armes, de son industrie, de son commerce et de ses richesses lui assurait le |tremier rang, dont elle était également digne par sa suprématie dans les arts et la littérature. Enfin, TEspagne dominait alors le monde et lui imposait jusqu'à ses modes.
Les armes étaient la passion dominante, exclusive, des nobles ou hidalgos ; mais les autres dasses n avaient pas encore aban-