LIVRE V
A ravénement de Philippe II, les Pay^Bas se composaient de dix-sept provinces, aujourd*hui morcelées pour la plupart, et comprises dans les royaumes de Belgique et de Hollande ainsi que dans la r^ion septentrionale de la France. On trouvait sur ce beau et riche territoire deux cent huit villes murées et cent cinquante autres iqui passaient pour villes doses ; le nombre des villages à clodier était de six mille trois cents.
Le terroir, généralement bon et fertile, produisait beaucoup de blé, principalement dans la Flandre gallicane, TÂrtois, le Hainaut et la Gueidre. Les fruits étaient également abondants, Les campagnes étaient couvertes, presque toute Tannée, de beaux pâturages où se nourrissaient ce bétail qui faisait l'admiration de l'étranger, ainsi que ces chevaux de guerre et ces chevaux d'at^ telage qui servaient au commerce d'échange avec TAlleroagne et la France. Mais quelle que fût la fertilité du sol ', les habitants des Pays-Bas, surtout ceux du nord, avaient besoin aussi bien du superflu que de l'industrie des autres peuples; ils devaient vivre du commerce d'échange. Or, Tadmirable situation de cette contrée la rendait, suivant les expressions de Guicciardin, le port, la foire et le marché de toute l'Europe. La Hollande et la Frise avaient pour frontière l'Océan ; le Luxembourg confinait avec la Lorraine, le Hainaut avec la Champagne et la Picardie; tandis que la Flandre regardait TAnglelerre, son ancienne alliée.
Selon la spirituelle remarque de Prescott, le souverain pouvait, au milieu de Tor des Indes^ être comparé au monar(ïue de Phrygie affamé par sa richesse surabondante.
* Selon Bbntiyoolio, las provinces méridionales des Pays-Bas abondaient en toutes choses nécessaires à la vie humaine, hormis le vin dont toutefois il y avait, disait-il, bonne provision dans la Bourgogne. Relations^ p. -176. Cependant de riches vignobles étaient cultivés autour de Namiir, de Diest, de Louvain et dans les pays de Luxembourg et de Liège. On ep tirait également parti.
176 LES PAYS-fBiS SOUS PHILIPPE II.
Placés entre les peuples an Nord et ceux du Midi, les Pçiys-Bas étaieDt leur entrepôt. La situation centrale de cette contrée favorisait les transactions. Un navire parti de la Hollande pour la Norwége, avec un vent favorable, faisait le voyage en moins de deux jours :.on arrivait du Danemark dans les Pgys-Bas en cinq jours, d'Ecosse en trois, d'Angleterre en un, d'Espagne en dix, douze ou quinze, selon le port d'où l'on était parU.
Le commerce de commission, surtout avec le nord de l'Europe, énricfaissait les provinces septentrionales; l'industrie était le fondement de la fortune publique dans les provinces du midi. Ces dernières étaient à l'apogée de leur prospérité. Chaque proyince avait son industrie particulière, et presque chaque ville fournis^ sait aussi des produits différents. Bruxelles exportait principale;ment des tapisseries et des armes ; Douai et Henin des nappes, et des serviettes ; Valenciennes, Tournai, Lille, Courtrai, Arnaeatières,^ Coramines, envoyaient au dehors leurs draps si .renommés. Le monde était alors tributaire de l'industrie belge. « En quelles mers inconnues, s'écrie Strada» ne sont pas entré? .les Flamands par la science de la navigation ? Leurs draps et leurs toiles ne remplissent pas seulement l'Europe, mais l'Asie et l'Afrique. » . .
Sur ce territoire vivifié par l'agriculture, l'industrie et le commerce, habitait une population robuste, laborieuse, renommée pour son courage à la guerre , non moins intrépide sur les flots, tempérée dans la colère et dans l'amour, mais crédule et obstinée. Les peuples de la partie méridionale des Pays-Bas montraient , selon un écrivain compétent , un naturel aussi candide que leur teint était blanc ; habituellement doux et enjoués, ils devenaient énergiques et menaçants dès que les libertés du pays ou les privilèges de la commune étaient en jeu *. Les femmes se
ï Bentivoglio, Relations, p. 476.