LIVRE T (1560). lat
les anciens auteurs. La Hollande , cependant ^ eut le droit de prendre pour devise : Luctar et emergo^ car elle lutta contre les eaux et en triompha.
Dans le principe, le nord des Pays-Bas était recouvert presque tout entier par les flots de l'Océan. L'exhaussement du sol de l'ancienne Batavie provint des alluvions que la mer, le Rhin et la Meuse y déposèrent pendant un long laps de siècles. Cependant, de f)os jours encore, la côte de la Nord-Hollande est à plusieurs pieds au-dessous des marées ordinaires, et serait reconquise par le», eaux sans les barrières que lui oppose l'industrie des habitants. Mais, quelle que soit leur vigilance, elle a été mise plus d'une fois en défaut ; des tempêtes formidables ont brisé les barrières qui leur étaient opposées, et les flots victorieux ont alors refoulé les dunes dans l'intérieur des terres. En plusieurs endroits, la mer était, il y a huit ou dix siècles, éloignée de plus d'une lieue de la côte actuelle. Il faut se borner ici à rappeler les sinistres qui influèrent principalement sur la configuration physique du pays.- Jusque vers la fin du XII* siècle, le Zuyderzée avait vraisemblablement consisté en plusieurs lacs divisés entre eux par une lisière étroite ; en 11 70, cette lisière disparut sous les eaux , et ces lacs se changèrent en golfe maritime. En 1277, une furieuse tempête creusa le Dollaert, autre golfe entre la province de Groningue et l'Oost-Frise. Mais le sinistre le plus effroyable eut lieu en 1421. Le 18 novembre de cette année, pendant la nuit, un vent impétueux du nord-ouest souleva les flots de la mer audessus du niveau des digues, et toutes les rivières grossirent en même temps par des crues générales. La Hollande , la Zélande ainsi que la Frise se trouvèrent submergées , et la Sud-Hollande devint le théâtre d'une catastrophe qui fait encore frémir. Depuis 1366 on avait élevé des digues qui resserraient des deux côtés le lit de la Merwe, entre Hardingsvel et Werkendara. La digue destinée à protéger le Waard de Sud-Hollande était la plus
i8â LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
faible : elle s'ouvrit entre Dordrecht et Gertruidenberg au lieu nommé Ouden Wiel, et tout ce territoire fut couvert par les flots. Ils engloutirent soixante-douze villages, qui contenaient cent mille habitants, et créèrent ce vaste amas d'eau connu sous les noms de Biesbosch , Hollandschdiep et Moerdyk. En 1 425 , \ 4â7 et 1428, les provinces de Frise et de Drenthe furent trois fois couvertes par les eaux; en 4485 toute l'île deWalcheren fut abîmée sous les flots, et les inondations furent également nombreuses dans le siècle suivant, quoique signalées par de moindres désastres ^
Le duché de Gueldre était presque la seule partie des Pays- Bas septentrionaux qui fût hors des atteintes de l'Océan. C'était un pays légèrement montagneux, très- fertile en grains el renommé aussi pour ses pâturages. Divisée en comté de Zutphenet en vicomte de Nimègue, la Gueldre contenait vingt-deux villes murées dont les principales étaient Nimègue, Ruremonde, Zutphen et Arnhem. Quoique le vicomte de Nimègue fût un fief impérial, le roi d'Espagne , comme duc de Gueldre, y exerçait une juridiction souveraine. Le domaine de Batembourç; et la ville de Culembourg étaient fiefs de Gueldre ; le comté de Buren , situé aux confins du duché, avait été transféré dans la maison de Nassau par le mariage d'Anne d'Egmont avec Guillaume d'Orange. Les Gueldrois étaient célèbres par leur bravoure. On estime non-seulement , disait un écrivain du xv!!"" siècle, les habitants du Hainaut et de la Gueldre bien meilleurs soldats que les autres j mais on remarque en outre que les bourgeois de Valenciennes et ceux de Nimègue sont particulièrement très-courageux.
L'Over-Yssel, ayant Deventer pour capitale, contenait huit
' Groek vak Prinstcker, Va(fer&i;i{/«cAf Af«^om, 1. 1», p. 3, et Schaye». Les Pays-Bas pendant la dowinaiion romaine, t. H, chap. VL