‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 68 sur 177 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Entrons maintenant, dans la province la plus célèbre, celle que Guicciardin appelait le beau et noble pays$ de Flandre. Il se divisait en trois parties : la plus importante était la Flandre flamingante, où dominait la langue flamande ; la seconde était la Flandre gallicane, où Fon se servait du français ; enfin la troisième était la Flandre impériale. Cette vaste contrée renfermait vingt-huit villes murées , plus de trente autres localités ayant également le rang de villes, quoique dépourvues de murailles, mille cent cinquante-quatre villages , la plupart riches et bien peuplés, un grand nombre de châteaux, quarante-huit abbayes et un nombre infini de prieurés, de collèges et de monastères. Elle possédait quatre ports de mer : l'Écluse, dont le havre pouvait contenir plus de cinq cents navires , Nieuport, Dunkerque et Ostende, ville alors naissante, encore dépourvue de murailles et habitée par des pécheurs '.

La Flandre gallicane, contrée à la fois agricole et industrielle, renfermait les belles et riches cités de Lille , de Douai et d'Orchies, la puissante seigneurie de Tournai et l'état de Tournaisis. Sous le rapport <îommercial, Lille tenait le premier rang après Anvers et Amsterdam. La Suisse, la Savoie, l'Allemagne, la France , la Lorraine , la Bourgogne et les autres provinces des Pays-Bas lui envoyaient leurs productions ; et elle entretenait des relations suivies avec la Livonie, la Pologne, la Norwége, le Danemark, laMoscovie, la Frise, la Hollande, laZélande, l'Ecosse, TAngleterre, l'Irlande, l'Italie, la Sicile, l'Espagne, l'Afrique et les Indes. A deux lieues de Lille , on trouvait le fief qui avait

i Dunkerque appartenait alors à M. de Veadôme, roi de Navarre, aiosl que Grave] ines, Bourbourg et Eugbieu. Ces domaines étaient entrés dans sa maison par suite de mariages. En temps de paix , il en jouissait ; mais en temps de guerre avec la France, le roi d'Espagne, en sa qualité de suzerain, les réservait ordinairement comme compensation pour les seigneurs belges dont les l^iens en France étaient également mis sous le séquestre. I. 43

donné son nom à Tune des plus anciennes familles des Pays- Bas ; c'était la bonne et forte ville de Laonoy *. Armentières appartenait au comte d'Egmont. On y fabriquait annuellement plus de 25,000 pièces de drap, principalement l'espèce connue sous le nom des quatre couleurs; elles étaient expédiées en Italie et de là à Gonstantinople. Orcbies était égatement célèbre par ses fabriques de soieries. Douai, qu'allait enrichir une université, avait 1 étape et le commerce du blé.

La seigneurie de Tournai se composait d'une ville célèbre déjà ' sous la domination romaine, plus célèbre encore sous les rois de la première race. C'était Tournai ; elle contenait 72 corporations de métiers. Depuis que Charles-Quint avait rattaché Tournai aux Pays-Bas, le commerce y avait pris un nouvel accroissement ; plus d'aisance s'était répandu dans les classes inférieures. C'est ainsi que, en 1543, on avait remplacé par des tuiles les toits de paille qui , à cette époque , couvraient encore les maisons. Le Tournaisis renfermait la ville de Mortaigne et le village de Saint- Âmand, célèbre par son abbaye.

Alost était le chef-lieu de la Flandre impériale. On remarquait aussi dans cette contrée la ville de T^monde, où se tenait chaque semaine un grand marché de lin très-fréquenté , ainsi que le château de Rupelmonde, qui renfermait les originaux des privilèges accordés au comté de Flandre , et qui servait en même temps de prison d'État.

La Flandre proprement dite était bornée au nord par l'Océan, au midi par la Lys et la Flandre gallicane, à l'est par l'Escaut et à Touest par l'Artois. Gand était considéré comme la capitale de cette province si riche et si considérable. Les troubles de 1540 n'avaient point altéré d'une manière sensible son antique pros-

» Après rextinction de la postérité masculine des Lannoy, ce domaine passa au comte de Buren, fils aîné du prince d'Orange.

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périté. Aucune autre ville de Flandre ne la surpassait en étendue ni ne 1 éclq)sait par le nombre de ses habitants. Les tisserands étaient toujours à la tête des cinquante-trois métiers; car la fabrication des toiles denienrait la source principale de la richesse d6 la ville et de la province. Indépendamment des toiles, la tisseranderie embrassait les draperies, les serges, les tapisseries, le satin, etc. On poursuivait alors à Gand la comtruction de Thôtel de ville, dont la première pierre avait été posée en \ 484 , et qui ne devait être complètement achevé qu'en 4580.

Le fief principal du comte d'Ëgmont était situé à trois lieues de Gand t c'était la ville dé Gavre, qui renfermait un château avec le titre de principauté.

Bruges, autrefois la résidence favorite des comtes de Flandre et des ducs de Bourgogne, était une cité admirable par la râlante de ses rues, la grandeur et la somptuosité de ses édifices ; mais c'était une ville déchue depuis que le commerce européen avait fait d'Anvers sa nouvelle métropole. Charles-Qutnt avait vu avec regret la décadence de Bruges, qui portait comme l'en)preinte de la munificence de ses aïeux et de Tantique prospérité de la Flandre. Désirant, en 4544, y attirer de nouveaux habitants, il avait ordonné que tous les gens de métier qui voudraient s'établir à Bruges, pour y prendre bourgeoisie, y seraient reçus, sous condition de payer ^ pour tous frais de réception ou d'admission, la somme minime de cinq sols. Mais l'émigration des marchands étrangers , à Texception des Espagnols , ne se ralentit point. Bruges conserva seulement l'étape des laines d'Espagne et, après la prise de Olais, les Anglais y transportèrent aussi, pour quelque temps, l'étape des laines de leur pays ■ .

• La première était encore la source d'un grand revenu puisque, en 4550, Bruges tirait annuellement d'Espagne pour plus de 350,000 ducats de ces laines. Relation de Marine Gavalli.

Les contestations commerciales, qui sorgirent vers 4559 et qui ne tardèrent point à s'envenimer, engagèrent les Anglais à transférer ensuite cette étape à Emden. Une guerre de tarifs s'était engagée entre les deux peuples, et continua pendant plusieurs années en s'aggravant , aucun ne voulant se relâcher de ses prétentions. Enfin les Anglais, trompés dans leurs espérances, consentirent à conclure, le 24 décembre 4564, un accord quT rétablit l'ancien état des choses. Puis, en 4 566. un congrès composé de représentants des deux pays et assemblé à Bruges décida que provisoirement il y aurait liberté de commerce entre la Belgique et l'Angleterre et que , si les deux gouvernements ne voulaient plus s'en tenir à Yentrecours conclu , en 4 495 , entre Philippe le Beau et Henri VU, on devrait des deux côtés en avertir le commerce quarante jours d'avance, pour éviter toute surprise. L'étape des laines anglaises fut alors transférée à Anvers, mais en 4 569 , des événements pl4js graves déterminèrent son établissement à Hambourg.

On trouve sur les longs différends, qui s'élevèrent entre les Pays-Bas et l'Angleterre, des détails d'un grand intérêt dans une dépêche écrite par Granvelle , le S8 mai 4 564, à don Diego Gusman de Silva, nommé par Philippe II son ambassadeur près la reine Elisabeth.

* Granvelle exposait d'abord l'état des contestations : « La plus u grande afifaire, disait-il, qu'on ait maintenant avec les Anglais, « est celle des dommages que, sous prétexte de la guerre avec «( la France, ils ont faits aux sujets du roi ; des impositions nou- «( velles et inaccoutumées qu'ils ont établies, contrairement aux t( traités ; de l'édit qui a pour but de leur assurer le monopole « de la navigation, à l'exclusion des autres puissances, et d'em- « pécher que les produits des manufactures des Pays-Bas ne « soient importés en Angleterre, afin d'y attirer les ouvriers de u ces provinces. Du côlé du roi, on a usé de représailles : on a

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