‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 13 sur 103 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Romero, ou du moins deux de ces officiers espagnols. Tout en s'émerveillant de cette prétention qu'il trouvait déplacée, tout en s'irritant contre l'orgueil de ces rebelles, Requesens finit par céder, après plus de quinze jours de contestations. Il se décida à mettre entre leurs mains, outre trois gentilshommes flamands, le colonel Mondragon et deux gentilshommes catalans, ses parents. Le prince d'Orange n'était pas encore rassuré. 11 ne voulait consentir au départ des députés hollandais pour Rreda que si les commissaires du Roi garantissaient par leur signature l'inviolabilité du passe-port accordé et promettaient de servir eux-mêmes d'otages dans le cas où ce passe-port serait violé. Requesens repoussa cette nouvelle prétention comme une insulte faite au roi et à sa propre loyauté : mais, pour satisfaire les Hollandais, il ajouta Julian Romero aux autres otages. Ceux-ci s'étant embarqués pour Dordrecht, les commissaires hollandais s'acheminèrent vers Rreda où ils arrivèrent le 2 mars vers une heure de l'après-midi. Pendant qu'ils se mettaient en route, le prince d'Orange et les états de Hollande et de Zélande avaient ordonné un jeûne public et des prières pour implorer le Tout-Puissant en faveur des négociations qui allaient s'ouvrir * .

Le soir de leur arrivée au château de Rreda, les députés hollandais soupèrent avec les commissaires de Requesens. Après le repas, un de ces derniers dit familièrement à l'un des représentants de la Hollande : <t Nous savons bien qu'en premier lieu, vous demanderez liberté de religion. » Le Hollandais répondit : .1 II est naturel qu'avant tout, on cherche le royaume des cieux. i>

' BoR, 8e liv., fol. 87 v», — Le prince d'Orange paraissait si bien disposé à Irailer que, le 21 février, il mandait à Jean de Nassau : « Si vous désirez qu'au traité de paix je fasse quelque mention de vous en particulier, vous me le pouvez faire entendre. {Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 138.)

L'autre poursuivit : •< Vous demanderez ensuite que les étrangers sortent du pays. » — « Non, repartit son interlocuteur, car les étrangers ne nous gênent plus et nous les empêcherons bien do venir dans notre pays ; mais comme ils vous fâchent et vous sont à grande charge, c'est à vous autres à faire en sorte qu'ils s'en aillent *. »

Les conférences officielles s'ouvrirent le lendemain à dix heures du matin, hors de la présence du comte de Schwarzbourg, que la goutte retenait dans son logis. Rassenghien exposa d'abord que le roi catholique, voulant traiter ses sujets des Pays-Bas en toute clémence et bénignité, avait délégué des députés pour entendre de plus près les justes et raisonnables représentations du prince d'Orange, des nobles et des villes de Hollande et de Zélande. En ne demandant rien, dit-il, qui fût contre l'honneur de Dieu et l'autorité du Roi, ils obtiendraient satisfaction *.

Les députés hollandais firent remarquer que cette proposition et la commission des mandataires du Roi, qui leur avait été communiquée, ne correspondaient point aux déclarations faites récemment par le docteur Leonihus en Hollande et en Zélande, Ils annoncèrent qu'ils donneraient leur réponse le lendemain au matin, ayant charge expresse de ne rien traiter en ces conférences sinon par écrit et en la langue de leur pays. Le docteur Jean Borner, conseiller du comte de Schwarzbourg, prononça ensuite, au nom de ce personnage, un discours pour engager les députés de part et d'autre à s'accorder et pour offrir îa médiation de son maître, comme représentant de l'Empereur ^.

' Berly, qui disait tenir ces détails d'un genlilhomme « présenta tout «, les rapporte dans une lettre à Viglius, écrite d'Anvers, le 4 mars 4575. Documents historiques, t. XIIL (Archives du royaume.)

2 Correspondance de Philippe II. t. 111, p. 618.

^ Correspondance de Philippe II, t. III, p. 020. — Queen Elisabeth and

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