LIVRE IX (157S
Les députés hollandais remirent effectivement leur réponse écrite le lendemain, 4 mars. Dans un long exposé, ils rappelaient les causes qui avaient obligé les provinces, dont ils étaient les représentants, à prendre les armes. Ils disaient ensuite que, par l'entremise de Champagney, ils avaient naguère sollicité du roi la sortie des étrangers et la convocation des états généraux * . Or ils réclamaient une décision sur ces deux points essentiels. Après a^•oir pris connaissance de ce document, les commissaires du Roi prièrent les députés hollandais de résumer en un seul écrit toutes leurs doléances, auxquelles ils se proposaient de répondre en une seule fois. Mais ceux-ci insistèrent pour qu'il fût d'abord statué sur la requête remise à Champagney. A la demande des commissaires du Roi, une copie de cette même requête fut déposée sur le bureau. Le lendemain, les commissaires du roi la rendirent avec une apostille qui ne donnait aucun éclaircissement. Mécontents, les députés hollandais déléguèrent trois d'entre eux pour consulter le prince d'Orange. Tous, d'ailleurs, paraissaient bien décidés à ne pas continuer la négociation s'ils n'obtenaient une réponse catégorique sur les deux premiers points de leur requête ^.
C'était agir très-habilement. Comme Requesens l'exposait au Roi, les Hollandais cherchaient à conserver l'amitié des états non révoltés, en les prenant pour arbitres. << Usant d'un grand artifice, ajoutait-il, ils ont évité de parler du pomt de la religion pour qu'on ne puisse pas dire, si les négociations viennent à se rompre, que ce point en est la cause et pour qu'on impute ce résultat fâcheux au refus du Roi d'assembler les états généraux. >•
her Urnes, t. II, p. 6. (Thomas Wilson à lord Burghicy, d'Auvers, 44 février 1575.)
' Voir livre VII.
^ BoR, 8<? liv., fol. 88 - Correspondance de Philippe 11, t. III, pp. 624 et suiv.
Les représentants de la Hollande trouvaient , d'ailleurs , appui jusque parmi les membres les plus considérables du conseil d'État. Ceux-ci (les nationaux) auraient tous vu avec plaisir la sortie des Espagnols. Le duc d'Arschot, surtout, ne dissimulait plus son antipathie pour les dominateurs du pays. <t Je le tiens pour catholique, écrivait Requesens au Roi, et je crois qu'il ne désire point que les Pays-Ras passent sous le sceptre d'un autre prince; mais il voudrait que Votre Majesté fût dans la dépendance des états, et que les Espagnols fussent loin de ces provinces, tout autant que peut le désirer aucun des rebelles. » Enfin, selon l'aveu du lieutenant de PhiHppe II, nul peut-être dans les provinces encore obéissantes ne désirait la paix à moins que ce ne fût aux conditions mises en avant par les plénipotentiaires des provinces insurgées.
Dans son embarras, Requesens suppliait Philippe de lui faire connaître jusqu'où il pourrait étendre ses concessions. Il appréhendait toutefois que les négociations ne se rompissent bientôt. Alors, il fallait, selon lui, s'attendre à des imprécations encore plus violentes contre le gouvernement, vu le mauvais esprit qui régnait dans le pays, où il n'y avait personne, de quelque qualité qu'il fût, disait-il, qui en voulût aux rebelles, tandis que la colère était extrême contre les Espagnols. Le gouverneur n'était pas d'avis, au surplus, de convoquer les états généraux, à l'instance des rebelles. Mais, en cas de rupture des négociations, il proposait de les assembler pour leur donner connaissance des offres qui avaient été faites aux insurgés et demander qu'ils exposassent corps et biens pour la défense de la religion catholique et de l'autorité royale*.
Philippe II avait aussi institué, pour délibérer sur les affaires
' Requesens au Roi, 12 mars 1575. {Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 276-285.)