‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 15 sur 103 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

des Pays-Bas , une junte extraordinaire. Celle-ci était composée de quatre membres du conseil d'État d'Espagne : don Gaspar de Quiroga, évéque de Guenca, inquisiteur général, le marquis d'Aguilar, le comte de Ghinchon et Andrès Ponce. Consultée sur les instructions qu'il faudrait envoyer à Requesens, la junte avait, le 23 janvier, émis l'avis de laisser une assez grande latitude au commandeur, en réservant toujours le maintien de la religion catholique romaine et l'autorité du Roi. Il n'était pas nécessaire, il serait imprudent, croyait-elle, d'envoyer des pleins pouvoirs à Requesens ; il suffirait que le Roi se réservât de confirmer ce qui aurait été conclu.

- Philippe, adoptant cet avis, avait, le dernier de février, envoyé des instructions conformes à son lieutenant. Et lorsqu'il sut que les négociations avaient été ouvertes, il ordonna de faire dire des prières dans les abbayes et les couvents et de distribuer des aumônes ^

Arrivèrent à Madrid les dépêches dans lesquelles Requesens retraçait les premiers incidents des conférences de Breda. Consulté sur ces lettres, l'inquisiteur général différa d'avis, en plusieurs points essentiels, avec Requesens. Celui-ci avait exprimé l'opinion qu'on pourrait peut-être s'arranger avec les états des pro^■inces fidèles en retirant des villes les garnisons espagnoles pour n'en laisser que dans les châteaux et les places avoisinant la France. Autant valait, selon le grand inquisiteur, leur donner la liberté de conscience et détruire l'autorité du Roi. Il s'opposait aussi à la réunion des états généraux, si les conférences de Breda n'aboutissaient point à un arrangement. Des états généraux, disait-il, on ne devait attendre que de mauvais effets, les rebelles et ceux qui ne l'étaient pas tendant également à la liberté. Enfin, il était mécontent que Requesens eût permis au comte

' Correspondance de Philippe 11, t. 111, pp. 247, 266 et 267.

de Schwarzbourg d'assister à l'assemblée des commissaires à Breda, parce qu'on le disait luthérien et que, beau-frère du prince d'Orange et hérétique comme lui, il soutiendrait ses prétentions '.

Philippe II, devant opter entre l'opinion de Requesens et celle du grand inquisiteur, penchait plutôt pour la dernière.

Les trois députés, envoyés par leurs collègues à Dordrecht pour s'aboucher avec le prince d'Orange, étant revenus à Breda, les conférences avaient été reprises le 1 1 mars. Les commissaires hollandais insistèrent de nouveau pour avoir une réponse catégorique. Telle pourrait être cette réponse, disaient-ils, qu'ils en auraient satisfaction et ne produiraient pas d'autres griefs. Devant cette obstination, les commissaires du roi cédèrent; mais ils désirèrent savoir préalablement ce que leurs adversaires entendaient par les « étrangers » qu'ils voulaient éloigner du pays, et par <t le libre avis )> des états généraux. Les Hollandais dirent en souriant que les enfants mêmes comprendraient quels étaient les étrangers dont ils réclamaient la sortie des Pays-Bas. Ils promirent, au surplus, de donner le lendemain une déclaration écrite. Elle fut remise, en effet. Là, les Hollandais déclarèrent que, par étrangers, ils entendaient tous ceux qui n'étaient pas nés dans les Pays-Bas et que, par états généraux, ils entendaient une réunion d'états conforme à l'assemblée qui avait reçu l'abdication de Charles-Quint ^.

Le 1 4 mars, dans l'après-midi, les commissaires du roi donnèrent enfin leur réponse. Elle ne tranchait rien, car elle n'était que la reproduction des instructions auxquelles ils devaient

• L'évêque de Cuenca au Roi, 5 avril 1 575. [Correspondance de Philippe II, t. III, p. 289.)

- Les commissaires du Roi à Requesens, de Breda, 13 mars 1375. [Correspondance de Philippe 11, t. III, p. 642.)

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