LIVRE IX
se conformer. Ils faisaient d'abord remarquer qu'il était étrange de demander la sortie des Espagnols, lesauels étaient sujets naturels du roi, tandis que les Français, les Gascons, les Anglais, les Écossais et les Allemands dont s'aidaient les provinces insurgées étaient vraiment des étrangers. Toutefois, le Roi n'avait pas l'intention de retenir les Espagnols dans les Pays-Bas plus longtemps que le besoin des affaires le requerrait. Les troubles apaisés, le Roi serait content de convoquer les états généraux, mais sans soumettre à leur jugement des points dépendant de sa . souveraineté. Pour parvenir à la pacification, qui devait précéder toute concession, les commissaires proposaient les moyens suivants : les nobles et villes de Hollande et de Zélande, ainsi que leurs confédérés, seraient maintenus et gardés en tous les privilèges, lois, droits et coutumes dont ils jouissaient avant les troubles; le passé serait entièrement oublié; les biens pris et occupés, de part ou d'autre, seraient rendus et restitués aux propriétaires ou à leurs héritiers ; tous les prisonniers de l'un et de l'autre parti seraient relâchés sans rançon, le comte de Boussu non excepté; enfin, le prince d'Orange et les états de Hollande et de Zélande devaient restituer au Roi toutes les villes, châteaux et forts qu'ils détenaient. Les commissaires faisaient ensuite connaître les volontés du roi en ce qui concernait la religion catholique. Il entendait qu'elle fût maintenue et observée comme elle l'était à l'époque de l'abdication de Charles-Quint. Mais à ceux qui dorénavant ne voudraient vivre en catholiques, le Roi accorderait, pour cette fois seulement, l'autorisation de se retirer du pays et de vendre leurs biens dans un délai à fixer. Les commissaires laissaient entendre qu'indépendamment de la parole et des lettres de ratification du Roi, d'autres garanties, si on les demandait, pourraient être accordées ^ .
' Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 643-646.
30 SOULIîVEMENT DES PAYS-BAS.
Le docteur Jean Borner, qui remplaçait le comte de Schwarzbourg toujours indisposé, loua hautement la grande clémence du Roi catholique. Il dit qu'il ne se serait jamais attendu à des concessions si grandes. Aussi les princes d'Allemagne seraientils fort étonnés si les Hollandais laissaient échapper cette occasion. Les mandataires de la Hollande n'avaient point non plus dissimulé leur surprise. Ils se montraient même embarrassés et perplexes. Enfin, après avoir d'abord conféré entre eux, Paul Buys déclara, en leur nom, que, vu l'importance de la communication des commissaires royaux, ils ne pouvaient prendre aucune décision avant d'en avoir référé au prince d'Orange et à ses confédérés. Ils décidèrent en conséquence, malgré les observations des commissaires royaux, que quatre d'entre eux se rendraient auprès du prince *.
Guillaume repoussa sans hésiter les concessions illusoires qui lui étaient offertes par les agents de Requesens. Il écrivit à Jean de Nassau : » Nos ennemis, au lieu de nous accorder nos demandes si justes et si équitables, à savoir la retraite des étrangers et la convocation des états généraux, voudraient que notre condition devînt pire que celle des esclaves et des bêtes brutes *. »
Les députés retournèrent à Breda a^'ec la résolution de leurs commettants. Le 22, ils déclarèrent que le prince d'Orange et les états et villes de Hollande et de Zélande avaient mûrement délibéré sur les ouvertures faites par les commissaires du Roi et qu'ils avaient rédigé un écrit où leur intention était exprimée.
' Lettres des commi.='saires au Roi, de Breda, 14 mars 1575. (Correspondance de Philippe 11, t. 111, p. G47.) — Le secrétaire Berty à Vigiius, d'Anvers, 18 mars 1575. Documents historiques, t. XIII. [Archives du royaume.)
* Le prince d'Orange à Jean de Nassau, de Dordrecht, 21 mars 1575. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, pp. 150 et suiv.)