‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 17 sur 103 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Pour mieux démontrer que cet écrit contenait leur vraie résolution, le prince l'avait signé avec plusieurs nobles et avec les députés des états et des villes. Lecture fut ensuite donnée de cette longue déclaration qui portait la date du 20.

Le prince d'Orange et ses confédérés exprimaient d'abord la pensée qu'ils s'étaient attendus à recevoir une autre réponse, car ils n'avaient pour but que de remettre les Pays-Bas en tranquillité et en prospérité. Ils entendaient, disaient-ils, par étrangers, les gens de guerre amenés par le duc d'Albe et retenus jusqu'à présent au service. « On prétend, ajoutaient-ils, que les Espagnols sont aussi bien sujets naturels de Sa Majesté, que ceux de Hollande et de Zélande. On ne nie pas qu'ils ne soient sujets du roi d'Espagne; mais ils ne sont pas regardés comme sujets d'un duc de Brabant, d'un comte de Flandre, d'un comte de Hollande et de Zélande, ni comme sujets d'aucune autre province de ces Pays-Bas, contre lesquels ils se sont livrés à toutes les cruautés, à tous les excès, regardant tous les regnicoles comme hérétiques et rebelles. » Ils repoussaient ensuite l'idée de retarder la convocation des états généraux jusqu'à ce que les troubles fussent apaisés par l'intervention d'une milice étrangère. Tant que les Espagnols occuperaient le pays, poursuivaient-ils, on n'obtiendrait point une assemblée complète. Ils acceptaient, comme pouvant conduire à une pacification, le maintien des privilèges de la Hollande et delà Zélande; l'oubli complet du passé; l'annulation des sentences de bannissement, de confiscation, etc; la restitution des prisonniers et des biens confisqués. Mais il n'en était pas de même de la remise des pays, villes et forteresses de Hollande et de Zélande. Ce serait imiter la fable de la guerre entre les loups et les brebis, après que les brebis eurent livré les chiens qui étaient leur assi.'-tance et leur garde. <t II semble aussi, continuaient-ils, que l'on tienne le prince et les états pour rebelles et ennemis publics du Roi, bien qu'il n'aient jamais lésé Sa Majesté

en sa grandeur, mais qu'ils ont plutôt, au profit de Sa Majesté, défendu les pays et les villes, leurs domiciles, leurs vies et leurs biens, leurs femmes et leurs enfants de la tyrannie du duc d'Albe qui tendait à l'entière ruine de ces provinces. » Jamais ils n'avaient voulu se soustraire à l'autorité du Roi ; mais, quel que fût leur respectpour le souverain, ils devaient repousser énergiquement l'option qui leur était présentée d'abjurer ou de s'exiler. Il II n'est aucunement praticable, disaient-ils encore, qu'une si grande quantité d'hommes riches et pauvres, jeunes et vieux, ayant (non sans l'illumination et l'inspiration du Saint-Esprit et la grâce de Dieu) accepté la réformée religion évangélique, abandonne leur chère patrie. Il serait, en vérité, étrange d'obliger une si grande multitude de bons et fidèles sujets d'errer et de chercher nouvelles demeures en pays étranger, au lieu de rappeler trois ou quatre mille Espagnols. )> Le prince et les états terminaient en priant Dieu tout-puissant de vouloir inspirer au Roi et à ses plénipotentiaires un autre conseil et d'autres avis ^ .

Cette protestation véhémente troubla les commissaires du roi. Dans la soirée, ils eurent avec le comte de Schwarzbourg une conférence particulière dans laquelle ils se plaignirent aigrement de la déraison des représentants de la Hollande. Ils déclarèrent qu'ils trouvaient la dernière réponse tellement étrange qu'ils ne pouvaient rien résoudre avant d'en avoir référé au gouverneur. Le comte, tout en étant d'avis qu'il ne fallait pas rompre, exprima aussi le désir d'avoir un entretien avec Requesens *. Il partit donc pour Anvers, accompagné non seulement du comte de Ilohcnlohe, mais en outre de deux des commissaires du Roi. Les députés hollandais devaient attendre leur retour à Rreda.

' Correspondance de Philippe 7/, t. III, pp. 654-660. * Les commissaires du Roi à Requesens, de Breda, le 23 mars i575. [Correspondance de Philippe II, t. III, p. 064.)

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