LIVRE IX
Les comtes de Schwarzbourg et de Hohenlohe arrivèrent à Anvers le 25 mars. Un grand nombre d'habitants étaient allés à leur rencontre, ti Jamais, écrivit Requesens au roi, je n'avais vu pareille aftluence de monde, depuis que je suis dans ces provinces; et, quoique je les aie conviés et traités aussi bien que j'ai pu, et me sois efforcé de leur faire bon visage, parce qu'il me semblait que, comme homme public, j'y étais obligé, on ne saurait croire à quel point les cœurs étaient joyeux ici de la présence de deux beaux-frères du prince d'Orange. Le duc d'Arschot et Berlaymont les ont festoyés chez eux et leur ont fait compagnie dans toutes les maisons oîi ils ont été invités à dîner pendant les six à sept jours qu'ils ont passés à Anvers. )>
Schwarzbourg eut plusieurs conférences très -importantes avec Requesens. Dans ces entretiens, il s'efforça d'obtenir une suspension d'armes de quelques mois, pour que le prince d'Orange eût le temps de se concerter avec ses confédérés, en vue de la paix et pour que lui-même pût aller faire son rapport à l'empereur. C'était un moyen, ajoutait-il, de calmer l'irritation des Électeurs et des autres princes d'Allemagne, auxquels cette guerre occasionnait un grand préjudice par l'interruption du commerce. Il cherchait enfin à inquiéter Requesens, en lui vantant les forces du prince d'Orange et l'assistance qu'il pouvait espérer du roi de France. Le lieutenant de Philippe repartit que le prince d'Orange n'avait eu aucun motif d'exciter les Pays-Bas à la rébellion et qu'il avait mérité un rigoureux châtiment. Toutefois, s'il voulait profiter de la clémence royale, en réduisant toutes ces provinces sous l'obéissance de l'Église catholique et du souverain légitime, on oublierait le passé et on arrangerait ses affaires; mais il ne devait pas laisser échapper cette occasion, car elle ne se présenterait peut-être jamais plus. Pour ce qui touchait à la religion, il était inutile d'en parler, «t Quand même, disait Requesens, le Roi n'aurait pas, comme il les a, plus de forces Tome U. 3
qu'il ne lui en faut pour châtier ces rebelles, il sacrifierait plutôt tous ses royaumes et son propre sang que de souffrir dans ses domaines une autre religion que la vraie catholique romaine. » Il se montrait d'ailleurs opposé à une trêve qui donnerait aux rebelles les moyens de continuer leurs trames et d'accommoder leurs affaires. Tout au plus accorderait- il un armistice d'un mois ou de six semaines, à condition que les rebelles suspendissent pendant ce temps l'exercice* de leur religion et fissent sortir des pays qu'ils occupaient les prédicants et autres ministres. Requesens ne paraissait pas s'inquiéter de l'appui que le prince d'Orange trouverait en France. » Si les Français, s'écriat-il, voulaient faire la guerre aux Espagnols, ceux-ci leur rompraient les têtes, comme ils l'avaient fait d'autres fois '. »
Le 31 mars, Schwarzbourg partit d'Anvers pour Breda, et le jour suivant il se rendit à Gertruidenberg oii était alors le prince d'Orange. Dans ses entrevues avec le lieutenant de Philippe II, Schwarzbourg avait traduit fidèlement les sentiments de son beau-frère, en même temps qu'il secondait sa politique. Le prince tint un langage analogue dans les entretiens qu'il eut à Dordrecht avec le colonel Mondragon. Celui-ci lui avait représenté qu'il pouvait rendre au Roi un si grand service que non-seulement tout le passsé serait oublié, mais encore qu'il serait l'objet de faveurs signalées ; le Roi le nommerait même capitaine général de quelqu'une de ses armées. Guillaume répondit qu'il n'aspirait pas à cette charge, qu'il ne voulait rien pour lui. Il demandait que le Roi obser"\ ât les privilèges du pays, en fit sortir les étrangers et assemblât les états; par ce moyen, tout serait fini. Pour lui, il voulait être sujet des états de Hollande et de Zélande, car ils l'avaient accueilli dans sa nécessité. Il dit encore que le jour oii
' Requesens au Koi, d'Anvers, 7 avril 1375. [Correspondance de Phi^ lippe 11, t. lil, pp. 294-297).