‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 19 sur 103 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

il ne pourrait plus résister, il se verrait forcé, quoiqu'à regret, de remettre en des mains plus puissantes les villes qu'il occupait ^ .

Voyant l'inébranlable résolution des représentants de la Hollande, les commissaires du Roi étaient d'avis de faire de nouvelles concessions. Rassenghien et le chancelier de Gueldre^ qui avaient accompagné le comte de Schwarzbourg à Anvers, remirent à Requesens un écrit oii étaient formulées les propositions des plénipotentiaires. Il fallait promettre aux rebelles, pour prix de leur soumission, que les Espagnols sortiraient du pays après la pacification des troubles; que les états généraux seraient alors réunis pour que le roi, avec leur concours, mît ordre au gouvernement; qu'on donnerait dix années, pour vendre leurs biens, à ceux qui ne voudraient pas vivre catholiquement, et qu'ils pourraient d'ailleurs venir en liberté aux franches foires, comme le faisaient les Anglais, les Allemands et d'autres étrangers; enfin que quelque modération serait apportée aux <i placards i> , puisque leur rigueur excédait de beaucoup le droit commun, civil et canonique.

Lorsque ces points eurent été soumis à l'examen du conseil d'État, tous les ministres nationaux furent d'avis de les adopter et même de faire aux rebelles des concessions encore plus grandes. Ils disaient, à propos des placards, que, selon le droit canonique, on n'était pas tenu pour hérétique, mais seulement pour suspect, quand on avait été trouvé avec des livres prohibés, qu'on avait assisté à un prêche, ou qu'on avait fait plusieurs autres choses qui, par les placards, étaient punies de mort. Ils disaient aussi que cette rigueur avait servi de peu. Mais Requesens objectait que, sans cette rigueur, aucune partie des Pays- Ras ne serait restée obéissante. Il s'opposait donc à toute modération, prétendant que les adoucissements, déjà apportés dans l'exécution des édits, étaient bien suffisants.

' Voir la lettre de Requesens au Roi, du 7 avril, citée ci-dessus.

.c II est certain, écrivait-il au Roi, que, depuis que j'exerce ce gouvernement, j'ai fait brûler vifs plusieurs hérétiques, parce qu'ils étaient pertinaces, mais je ne sache pas qu'il s'en soit exécuté aucun pour avoir eu seulement des livres, ni pour les autres particularités qu'ils disent, bien que je l'aie fort recommandé à tous les juges, qui prétendent qu'ils ne trouvent pas de coupables. Enfin, la personne la plus catholique de ce pays-ci estime qu'elle remplit son devoir en l'étant, mais qu'on ne doit pas user de tant de rigueur avec les hérétiques et qu'il faut tâcher de les réduire par la persuasion, comme si celle-ci pou^•ait servir de quelque chose *. »

Revenus à Rreda, les commissaires du Roi remirent, le 1 *■" avril, aux représentants de la Hollande une réponse à leur écrit du 22 mars, réponse conforme aux instructions dictées par Requesens. Les commissaires demandaient d'abord ce que les délégués hollandais entendaient par leurs associés. Ils disaient ensuite que, moyennant une juste réciprocité, le roi était disposé à faire sortir des Pays-Bas les Espagnols et autres troupes étrangères, après la pacification des troubles. Les états généraux seraient ensuite convoqués dans la forme usitée sous Charles-Quint. La délivrance des villes, places, forteresses, etc., occupées par les insurgés n'aurait lieu qu'après que ceux-ci auraient eu bonne assurance de l'accomplissement des conditions proposées; même, si la parole du roi ne suffisait pas, il leur serait permis de proposer telle garantie qu'ils jugeraient de nature à les satisfaire. Mais, quant à la question capitale, celle de la liberté religieuse, le Roi, disaient les commissaires, ne permettrait rien qui serait contraire à la religion catholique romaine et ne céderait pas sur ce point d'un u iota » . Il ofi"rait seulement à ceux qui voudraient sortir du

' Requesens au Roi, d'Anvers, 7 avril -1575. [Correspondance de Phi' lippe 11, t. 111, pp. 293-294.)

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