LIVRE IX
pays un délai de six mois, à condition de ne pas user de leur religion, et huit ou dix ans pour vendre leurs biens. Après avoir répété que jamais Philippe II n'avait eu l'intention d'introduire l'inquisition d'Espagne dans les Pays-Bas, les commissaires demandaient qu'il leur fût déclaré catégoriquement, et de point en point, si le prince d'Orange, les états et villes de Hollande et de Zélande, avec leurs associés, voulaient ou non accepter les offres gracieuses du roi catholique '.
On avait atteint, selon Requesens, l'extrême limite des concessions qui pouvaient être faites aux rebelles. Au delà il y avait moins d'inconvénient, à ses yeux, de perdre tous les Pays-Bas, si Dieu le voulait ainsi.
Trois des délégués se rendirent à Gertruidenberg pour se concerter avec le prince d'Orange. Ils furent de retour à Breda, le 4 avril, accompagnés du comte de Schwarzbourg. Le lendemain, ils déclarèrent que les députés des états, qui se trouvaient auprès du prince d'Orange, iraient rendre compte à leurs villes respectives des propositions qui leur avaient été faites. Ils demandèrent, en conséquence, que les conférences fussent prorogées jusqu'au 3 mai. Cette résolution fut prise, malgré les représentations des commissaires du Roi ^.
Dans une conférence particulière avec ces derniers, le comte de Schwarzbourg les engagea à conclure une trêve de six mois.
Les commissaires rejetèrent cette proposition comme absurde, attendu que l'armistice eût été tout à l'avantage des insurgés puisque, ne s'étendant pas à la mer, il leur eût facilité, par terre et par les rivières, un libre accès avec l'Allemagne. Requesens approuva les commissaires et rejeta en outre la demande du
' Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 671-676. ^ Les commissaires du Roi à Requesens, de Breda, 5 avril 1575. [Correspondance de Philippe II, t. III, p. 679.)
comte de Schwarzbourg tendante à obtenir un passe-port pour deux délégués de la Hollande et de la Zélande, dont il voulait se faire accompagner à Vienne \ Mécontent de ce refus, le comte de Schwarzbourg fit de nouvelles instances dans un entretien avec Leoninus, et promit d'employer son influence pour que la trêve fût aussi maritime. Il voulait attendre la réponse de Leoninus, à Dordrecht, pendant quatre ou cinq jours.
Le conseil d'État délibéra de nouveau sur ces propositions, en présence des quatre commissaires du Roi, revenus de Breda, avec le mestre-de-camp Julian Romero, le colonel Mondragon et les autres otages. Trois des commissaires, appuyés pnr un des membres du conseil, exprimèrent l'avis que l'on acquiesçât à la trêve, et tous les autres auraient sans doute adhéré à cette opinion, si Requesens ne s'y fût montré tout à fait contraire. Il ordonna à Leoninus de répondre au comte de Schwarzbourg qu'il ne consentirait à aucune trêve au moyen de laquelle les rebelles pourraient communiquer avec les autres sujets du Roi ; qu'il accorderait seulement une suspension d'armes, aux conditions qu'il avait posées, c'est-à-dire que l'exercice de la religion réformée cessât dans les provinces rebelles, que celles-ci expulsassent les prédicateurs et les consistoires hérétiques, que la suspension d'armes fût générale, par mer et par terre, et qu'elle finît à la Saint-Jean.
Requesens était certain d'avance que ces conditions ne seraient pas acceptées. En effet, le comte de Schwarzbourg quitta Dordrecht sans avoir conclu la trêve. Les états de Hollande, pour le remercier de son intervention, lui firent présent de pièces d'argenterie et d'autres choses précieuses *.
' Correspondance de Philippe U, t. III, p. 300 et pp. G79-688. 2 Requesens au Roi, 16 et 23 avril 1375. [Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 307 et 311.)