LIVRE IX
tique qui avait prévalu jusqu'alors. Ils soutenaient du moins qu'on ne parviendrait à un accommodement qu'en faisant sortir les Espagnols du pays, en restaurant le gouvernement tel qu'il était constitué sous Charles-Quint, en restituant les biens confisqués, en permettant à ceux qui ne voudraient pas vivre en catholiques de vendre ce qu'ils possédaient et d'aller demeurer là où il leur plairait. Ces concessions mêmes, quelque grandes qu'elles fussent, ne suffiraient pas, disait-on; car les rebelles ne consentiraient point à s'exiler : ils voudraient demeurer dans leur patrie et y jouir d'une entière liberté de conscience.
Requesens finit par informer le conseil d'État des divers pourparlers qui avaient déjà eu lieu au sujet d'un accommodement. Quelques-uns des membres du conseil exprimèrent l'avis qu'il fallait réunir les états généraux et leur remettre cette négociation. L'intervention des états généraux eût, sans aucun doute, hâté la fin de la domination espagnole. Aussi Requesens, au lieu de recourir à ce moyen dangereux, préféra-t-il d'adjoindre au conseil d'État les évéques de Saint-Omer, d'Ypres et de Bruges, les présidents des conseils de Hollande, de Gueldre et de Brabant, outre le comte du Rœulx, gouverneur de la Flandre, le comte Philippe de Lalaing, gouverneur du Hainaut, le baron de Rassenghien, gouverneur de Lille, et le comte de Ligne, en sa qualité de chevalier de la Toison d'or ^ . Ces graves personnages furent convoqués à Bruxelles, pour le 10 novembre, à l'effet d'examiner le parti qu'il y aurait à prendre ^.
' Les autres gouverneurs , Gilles de Berlayraont , baron de Hierges (Gueldre), et le seigneur de Billy (Frise), étaient occupés, dans leurs gouvernements, aux affaires de la guerre ; le comte de la Roche (Hollande et Utrecht) était très-malade, et le comte de Mansfeldt, gouverneur du Luxembourg, allait en Allemagne pour des affaires particulières.
* Requesens au Roi , de Bruxelles, 30 octobre 1574. [Correspondance de PhilipiJe 11, t. III, p. 479.)
Quelques jours avant cette réunion, Requesens supplia confidentiellement Philippe II de considérer qu'il y avait nécessité d'accorder aux rebelles ce qu'ils demanderaient, pourvu que la religion demeurât sauve, et de le faire promptement, car il courait risque à tout instant de perdre ce qui lui restait. Des membres du conseil d'État, ajoutait-il, trouvaient que, puisqu'on dissimulait avec les Allemands , les Hanséates , les Anglais et d'autres étrangers qui trafiquaient aux Pays-Bas, on pourrait dissimuler «c avec les naturels » , pourvu qu'ils ne fissent pas d'actes extérieurs contraires à la religion catholique et aux édits contre l'hérésie. Mais autant valait, selon Requesens, donner la liberté de conscience. Or il était disposé à faire toutes les concessions demandées, à l'exception de celle-là. Cependant il reconnaissait que toutes les mines des Indes ne suffiraient pas à soutenir la dépense que les Pays-Bas occasionnaient à l'Espagne. « Jamais, disait-il, des royaumes ou des États ne se sont conservés quand tous les sujets sans distinction manquaient d'affection pour leur prince. » Du reste, il priait Philippe de lui donner des instructions positives et catégoriques sur la limite extrême des concessions qu'il l'autoriserait à faire, si les rebelles voulaient entrer en négociation. Mais en admettant même, poursuivait-il, que les troubles pussent être apaisés, il regardait comme impossible, pour la couronne d'Espagne, de conserver longtemps ces provinces, à moins qu'elle n'y consumât toute sa substance et celle de toutes ses autres possessions. Reproduisant un projet soumis autrefois à Charles-Quint par Fernando de Gonzaga, il était d'avis d'échanger les Pays-Bas contre le Piémont, en fiançant une des filles du Roi avec le prince de Piémont et en donnant à cette princesse les Pays-Bas pour dot. Il rappelait en outre qu'il avait lui-même proposé de céder ces provinces au second fils du roi. Enfin, il suppliait Philippe II de prendre sans retard un parti, et, en attendant, de lui donner pour successeur un