‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 3 sur 103 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

prince du sang royal, selon le désir manifesté par la nation *.

Ce sombre tableau préoccupa vivement le Roi catholique. En Espagne même, à sa cour, il voyait ses ministres presque désespérés, quelque bonne mine qu'ils fissent. Lui-même était troublé, agité, impatient de pacifier les Pays-Bas; mais il conservait néanmoins toute sa fierté. Après avoir reçu la dépêche de Requesens , il repoussa immédiatement l'idée d'envoyer son second fils dans les Pays-Bas pour l'y faire élever. Il écrivit à la marge : Mieux vaut quil soit pauvre qu'hérétique. On prétendait cependant qu'il s'était proposé un moment d'envoyer dans les Pays-Bas sa fille, l'infante dona Isabelle, qui, à cause de son âge, eût été suppléée par des ministres nationaux ^.

Mais les lamentations du gouverneur des Pays-Bas ne cessaient point. Requesens, dans son anxiété, avouait ne plus trouver d'expressions assez fortes pour dépeindre le misérable état des provinces confiées à sa vigilance. Il se plaignait amèrement de l'insolence croissante des bandes étrangères, en même temps qu'il signalait le mécontentement et l'irritation des nationaux. Il écrivait au roi le 1 8 novembre : <t On a parlé depuis longtemps d'un soulèvement général du pays, fatigué des charges qui l'accablent; on en parle chaque jour davantage avec plus d'impudence. Chaque instant augmente l'espoir qu'ont les rebelles de pervertir ceux qui ne le sont pas ; et tous le sont, en ce qui concerne le désir de voir les étrangers, les Espagnols surtout, hors du pays, et le gouvernement remis entre les mains des naturels '. »

' Requesens au Roi, de Bruxelles, 7 novembre 1574. {Correspondance de Philippe 11, t. III, pp. 192-195.)

* Correspondance du seigneur de Saint-Goard , ambassadeur de France à Madrid, avec Henri III (octobre 1574). Archives de la maison d'Orange- Nassau, t. V, p. 81. — Voir aussi Correspondance de Philippe II, t. III, p. 193.

^ Correspondance de Philippe 11, t. III, pp. 196-199.

La junte, convoquée par Requesens, se réunit au palais de Bruxelles, dans la chambre du conseil d'État, le 24 novembre 1574. Tous les personnages appelés étaient présents, à l'exception de l'évéque de Saint-Omer, du président de l'ancien conseil de Hollande, réfugié à Utrecht, et du chancelier de Gueldre. Ces derniers alléguèrent leur âge avancé, les difficultés du voyage, leur mauvaise santé, même leur pénurie, résultant de la privation de leurs gages, qui étaient séquestrés par les insurgés.

Requesens adressa d'abord une harangue en espagnol aux membres du conseil d'Etat et aux personnages qu'il leur avait adjoints. Ces personnages principaux étaient convoqués, dit-il, pour qu'ils connussent les tentatives qui avaient eu pour objet d'amener une pacification et pour qu'ils examinassent s'il y avait d'autres moyens d'atteindre le but désiré. Il mentionna ensuite les concessions déjà faites ; non-seulement le Roi avait accordé le pardon tant désiré , mais encore il avait pris la résolution d'abolir le dixième denier et de remettre aux conseils provinciaux les causes qui étaient jugées par le conseil des troubles. Il rappela le vœu exprimé par les états généraux pour une pacification et le même désir hautement déclaré par l'empereur et plusieurs autres princes d'Allemagne. On examinerait tous les moyens qui pourraient être suggérés, pourvu qu'il ne fût porté aucune atteinte à la foi catholique et à la souveraineté du Roi. Tout le monde savait, ajouta le lieutenant de Philippe II, que le roi avait été forcé, contre sa volonté, de faire cette guerre pour défendre la cause de Dieu et de sa sainte Église romaine ^

Comme la plupart des membres de l'assemblée n'entendaient point l'espagnol, il fallut leur traduire en français le discours du gouverneur. C'est au conseiller Christophe d'Assonleville que ce

' Le discours de Requesens est inséré dans la Correspondance de Philippe U, t. III, pp. 569-571.

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