LIVRE IX
A leur tour, les insurgés allaient rejeter les dernières offres qui leur avaient été faites au nom du Roi. L'exaspération était trèsgrande parmi les adversaires du fanatisme espagnol. Les gouverneurs de la Gueldre et de la Frise avaient envoyé aux villes révoltées de ces provinces, des personnes qui en étaient originaires avec les lettres par lesquelles le Roi offrait de pardonner à ceux qui se soumettraient : ces messagers furent pendus à leur arrivée. Les « rebelles » étaient d'ailleurs, selon l'aveu de Requesens, secrètement excités par les états des provinces obéissantes; ils n'ignoraient nullement que le peuple de ces provinces était pour eux et contre les Espagnols. <t Le peuple, disait Requesens, et même beaucoup des principaux du pays se réjouissent chaque fois qu'il arrive quelque chose de malheureux aux Espagnols, et ils sont peines lorsque ceux-ci obtiennent quelque succès * . »
Les commissaires du Roi furent de retour à Rreda le 3 mai. Le 7, ils reçurent l'avis que, des neuf délégués qui avaient commencé la négociation, quatre seulement étaient arrivés à Gertruidenberg. Ces quatre, dépeints par Requesens comme les plus grands hérétiques et les gens de la moindre condition ^, apportèrent la réponse du prince d'Orange et des états et villes de Hollande et de Zélande. Elle fut délivrée, le 11, au secrétaire La Torre, envoyé à cet effet à Gertruidenberg. Cette réponse constatait que le peuple des provinces insurgées avait été consulté sur les dernières offres du Roi ; car elle émanait non-seulement du prince d'Orange, des nobles et gentilshommes, des bourgmestres et des conseillers, mais aussi des confréries de trait et de rhétorique, des guildes et de ceux du » commun
' Requesens au Roi, le 7 et le 16 avril, et au secrétaire Çayas, le 23 avril 1575. [Corrospondance de Philippe II, t. JII, pp. 298, 307 et 311.)
2 Ces députés étaient Arnould Van Dorp, Guillaume de Nyvelt, Adrien Van der Mylen, et Cornille Backer. Ce dernier, pensionnaire de Zierikzee, était pourtant catholique.
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négoce. » Elle se référait aux écrits antérieurement délivrés et repoussait énergiquement Coffre faite aux réformés de s'expatrier. Le prince d'Orange et les états de Hollande et de Zélande, d'accord .avec le peuple, consentaient à remettre la question religieuse à la décision des états généraux. <t Nous confiant fermement, disaient-ils, qu'ils entendront et trouveront bien qu'avec bonne raison nous nous opposons non-seulement à l'inquisition d'Espagne mais aussi aux rigoureux , déraisonnables et impies placards publiés autrefois dans ces pays et renouvelés depuis. » Ils ajoutaient que, pour leur part, ils n'avaient jamais eu l'intention ou la volonté de contraindre le Roi ou tout autre d'abandonner la religion romaine ; car la foi était un don de Dieu, et il fallait le respecter. « C'est pourquoi, ajoulaient-ils, nous déclarons hautement que nous n'entendons point que l'on fasse retirer de leurs anciennes demeures et sortir de leur patrie ceux qui ont embrassé et qui professent la religion réformée évangélique. » Ils déclaraient, en outre, qu'ils tenaient pour leurs associés tous ceux qui avaient été proscrits ou qui s'étaient expatriés pour cause des troubles, depuis l'an 1366, de même que les héritiers de ceux qui avaient été exécutés pour la même cause. Tous ceux qui avaient souffert pour la religion et la liberté, tous ceux qui avaient assisté la Hollande devaient jouir du bénéfice de la pacification ' .
Le conseil d'État délibéra, en présence de Rassenghien et du comte de Lalaing, sur la dernière réponse des insurgés. Personne n'osa exprimer l'opinion qu'on accordât aux rebelles la liberté de conscience, parce qu'on savait que Requesens n'y consentirait point. Mais, d'un autre côté, la ruine des provinces obéissantes paraissait certaine si la lutte se prolongeait. De nouvelles instances furent faite§ auprès du lieutenant de Philippe pour que du moins
' Correspondance de Philippe 11, t. III, pp. 093-699.