‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 22 sur 103 · LIVRE IX (157S · texte numérisé non relu

LIVRE IX (157S

il étendît ses concessions. Ne pourrait-il accorder un délai plus long, pour sortir du pays, à ceux qui ne voudraient pas revenir à la religion catholique, et, tout en leur laissant leurs biens, les dénationaliser ? Pourquoi ne pas agir à leur égard comme on agissait, à Anvers et en d'autres villes, à l'égard des étrangers, notamment des Anglais, des Hanséates et des Allemands ? On ne leur demandait pas compte de la manière dont ils vivaient ni de leur croyance, pouvu qu'ils ne fissent aucun exercice de leur religion et ne donnassent pas de scandale. Requesens fut inflexible '.

Les négociations, cependant, ne furent pas encore rompues. Leoninus et le secrétaire la Torre se transportèrent, le 19 mai, à Gertruidenberg et remirent aux députés hollandais un écrit qui les invitait à déclarer simplement et catégoriquement s'ils acceptaient ou non les conditions offertes. Les députés hollandais dirent que les offres du Roi étaient sans doute grandes et fort libérales, mais qu'elles seraient infructueuses s'ils devaient se retirer hors du pays, ce qu'ils n'avaient point l'intention de faire. Les commissaires royaux ayant répliqué, ils répétèrent avec plus d'énergie qu'ils entendaient demeurer dans le pays et conserver leur religion de laquelle ils étaient déjà en possession triennale. — «'Dieu, s'écrièrent-ils, nous y maintiendra, comme il a fait jusqu'aujourd'hui. )> — Ils requirent toutefois une spécification écrite des points sur lesquels on demandait une réponse ultérieure. Cet écrit leur fut remis, le 21, par Leoninus. Les délégués de la Hollande répondirent qu'ils consulteraient leurs maîtres. C'était ce que désiraient les commissaires du Roi, afin d'éviter la brusque rupture des négociations et gagner du temps ^.

' Requesens au Roi,d'.\nvers, Gjuiii \Ulo. [Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 3l6etsuiv.)

^ Rapports du docteur Leoninus et du secrétaire de la Torre, du 20 et du 22 mai 1375. [Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 706 et 712.)

Le l*"' juin, deux des délégués vinrent à Breda et remirent la réponse du prince d'Orange et des états de Hollande et de Zélande à récrit du 21 mai. Ceux-ci déclaraient de nouveau qu'ils ne pouvaient comprendre à quoi servirait le rétablissement des privilèges s'ils étaient obligés de s'exiler. N'ayant pas l'intention d'abandonner leur patrie ni l'exercice de la religion réformée, ils demandaient qu'il plût au Roi de ne plus user du feu et du glaive par lesquels ses sujets avaient été si cruellement détruits et mis à mort, promettant, en matière politique et séculière, d'obéir loyalement au souverain et de le servir fidèlement. Mais quoique les réformés aimassent mieux perdre corps et biens que d'abandonner leur religion, ils étaient contents de soumettre ce point à l'avis des états généraux légitimement convoqués et assemblés '.

Consulté sur ce dernier écrit, Viglius prétendit que le but du prince d'Orange et de ses associés était de faire discuter par les états généraux le point de la religion, afin d'attirer à leur parti les provinces obéissantes ^. Requesens résolut alors de suspendre les négociations pour douze jours, de rappeler les commissaires du roi de Breda et de délibérer avec eux et avec d'autres personnages sur le dernier écrit des Hollandais. Ceux-ci consentaient à laisser les négociations interrompues jusqu'au 21 juin.

Dans cet intervalle eut lieu le mariage de Guillaume de Nassau avec Charlotte de Bourbon. C'était un événement important.

Avant de passer le Rhin, en 1572, pour venir au secours des Pays-Bas, le prince d'Orange avait rencontré, dit-on, chez l'électeur palatin, Charlotte de Bourbon, qui venait de trouver un asile à Heidelberg. Fille de Louis de Montpensier, un des plus fougueux ennemis des huguenots, elle avait embrassé leur reli-

' Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 721-723. ^Viglius à Requesens, 3 juin \ol^. [Correspondance de Philippe Jl,l. III, p. 727.)

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