‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 23 sur 103 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

gion et abandonné le monastère de Jouarre dont elle était devenue abbesse malgré elle, car les vœux qu'elle avait prononcés lui avaient été imposés. En effet, secrètement élevée dans la religion réformée par sa mère, Jacqueline de Longwy, elle était calviniste avant d'entrer au monastère de Jouarre ^ .

Résistant aux ordres du roi de France, Charlotte de Bourbon était restée à Heidelberg, préférant l'exil à une abjuration. Le prince d'Orange, qui avait irrévocablement répudié Anne de Saxe, alors détenue à Dillenbourg, résolut d'épouser la fille du duc de Montpensier. C'était pour conclure cette union que Marnix avait été envoyé à Heidelberg. Charlotte de Bourbon, conseillée par l'électeur palatin, donna son consentement. Mais alors Guillaume lui fit représenter qu'elle ne devait point se faire illusion sur la destinée qui l'attendait. Elle allait unir son sort à un prince endetté, pauvre, et dirigeant une guerre dont personne ne pouvait prévoir l'issue. Il ajoutait qu'il commençait à vieillir, ayant environ quarante-deux ans -.

Charlotte de Bourbon ayant persisté dans sa résolution, le Taciturne n'eut égard ni aux observations de Jean de Nassau, son frère, ni aux représentations presque menaçantes du landgrave de Hesse et de l'électeur de Saxe. Marnix fut chargé d'accompagner en Hollande la fiancée du prince d'Orange. 11 devait aussi, par l'ordre de Guillaume, remettre à l'électeur palatin et à Charlotte de Bourbon, pour apaiser tous scrupules, les informations tenues sur l'adultère dont Anne de Saxe s'était rçndue coupable ^.

Marnix étant arrivé dans l'Ile de Voorn, avec Charlotte de

' De Tiiou, liv. LI et LX. Selon l'afTirrrintion de ce grave historien, Charlotte avait prononcé ses vœux avant l'âge prescrit par les canons.

2 Mémoire pour le comte de Hohenlohe, Dordrecht, 24 avril 1575. [Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 489.)

^ Le prince d'Orange à Jean de Nassau, de Dordrecht, 20 mai 1575. {Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 206.)

Bourbon, cinq ministres du saint Évangile déclarèrent, à la requête de Guillaume de Nassau, que l'adultère de dame Anne de Saxe n'ayant pas été contesté, le prince d'Orange <i était libre, selon le droit divin et humain, de s'allier à une autre par mariage et que celle qu'il épouserait serait, et devant Dieu et devant les hommes, sa femme légitime ^ > Le lendemain, 12 juin, vers le soir, le mariage de Guillaume le Taciturne avec Charlotte de Bourbon fut publiquement célébré dans l'église de la Briele. La cérémonie religieuse fut suivie d'un souper oii quatre tables réunirent les personnes d'un certain rang qui se trouvaient près du prince. On fit bonne chère, sans autre divertissement *.

Comme on l'a remarqué avec raison, le prince d'Orange avait plutôt suivi les inclinations de son cœur que les conseils de la politique. Le mariage qu'il venait de contracter soulevait contre lui de furieuses animosités à la cour de France en même temps qu'il excitait la véhémente réprobation des oncles d'Anne de Saxe et de tous les autres princes d'Allemagne. Cette union avec la Française calviniste qu'on appelait u Madame de Jouarre » le rendit également suspect aux Anglais '\ Le Taciturne bravait ce nouvel orage avec sa sérénité ordinaire; il trouvait d'ailleurs un dédommagement dans l'affection d'une femme aussi distinguée par les dons de l'esprit que par les charmes de sa personne *.

Le 8 juin, Requesens, toujours à Anvers, avait réuni, sous sa

' Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 223.

^ Berly à Viglius, d'Auvcrs, 25 juin 1575, Documents historiques, t. XIII. (Archives du royaume.)

* La Molhe Fénelon au Roi (Henri III), 17 mai 1575. [Recueildes dépêches, rapports, etc., des ambassadeurs de France en Angleterre, t. VI, p. 45(>.)

^ Charlotte de Bourbon était, selon de Thou, d'une grande beauté et de beaucoup d'esprit. — - Quant à Aune de Saxe, elle fut remise à ses oncles vers la fin de 1575 et renfermée dans le palais électoral de Dresde, où elle mourut folle furieuse, le 18 décembre 1577.

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