‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 26 sur 103 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

espérances du peuple, «i Tout le monde est persuadé, ajoutait-il, que les rebelles ont raison. Le roi ne saurait croire à quel point l'opinion publique est prévenue en leur faveur. On ajoute foi à tout ce qu'ils disent, comme à l'Évangile. Il n'y a personne dans le pays, à commencer par les membres du conseil, qui ne regarde comme la chose la plus raisonnable du monde, qu'avant tout les étrangers et spécialement les Espagnols sortent du pays, et que les états généraux soient convoqués pour que, avec leur concours, on mette ordre aux affaires politiques, même à la religion, bien qu'ils ne l'osent pas dire clairement, se contentant de faire observer que, s'il n'y a rien à changer à cet égard dans les provinces encore obéissantes, il n'en est pas de même dans celles qui sont perdues, comme la Hollande et la Zélande; là il faudrait user d'un peu de tolérance pendant quelque temps, pour les gagner. )> Mais il leur avait fièrement objecté que ce serait un moindre mal qu'on lût dans l'histoire que le Roi a perdu les Pays-Bas et d'autres provinces encore, pour n'avoir pas permis la liberté de conscience, que si on y lisait que la religion catholique s'y est perdue pour avoir cédé aux rebelles.

Le 23 juillet, jour même oti il écrivait cette dépêche, Requesens avait réuni les membres du conseil d"État avec les quatre commissaires revenus de Breda et avec Champagney, pour délibérer sur le parti à prendre dans ces conjonctures. Il proposa que Rassenghien et Champagney allassent rendre compte de tout au roi. Ceux-ci refusèrent une mission que le duc d'Arschot n'avait pas voulu accepter, la trouvant dangereuse. Un des motifs allégués par Champagney et Rassenghien pour justifier leur refus était l'opinion qu'à Madrid ils ne pourraient parler librement touchant la tolérance en matière de religion, la sortie des Espagnols et l'assemblée des états généraux pour régler l'ordre politique du pays. Or, d'après eux, et ils avaient certainement raison , c'était par là qu'il fallait com- TOME II. 4

oO SOULÈVEMENT DES PAYS-BAS.

mcnccr, si l'on voulait réellement la pacification des Pays-Bas ^

Le lieutenant de Philippe II ne s'était point contenté de rompre les négociations de Breda; il avait fait rallumer les bûchers à Anvers et brûler encore des hérétiques. Et cependant il constatait lui-même que le nombre des dissidents s'accroissait d'une manière lamentable en Flandre, en Brabant et principalement à Anvers '^

Philippe approuva la conduite de son lieutenant. Il lui écrivit, le 20 août 1 575, que la rupture des négociations entamées avec les rebelles lui avait paru très-prudente. Il espérait que Dieu lui ouvrirait un autre chemin plus sûr et plus honorable pour perpétuer la religion catholique dans les Pays-Bas. Il n'avait pas été étonné, ajoutait-il, du peu de succès des tentatives faites, parce qu'il n'attendit jamais rien de bon de si mauvaises gens '.

Plus digne était le langage du prince d'Orange. Le 30 juillet, il avait informé Jean de Nassau que les négociations pour la paix étaient entièrement rompues. « Ceux du côté du Roi, dit-il, n'ont aucunement voulu entendre à nos justes et équitables demandes, et il nous était impossible, sans volontairement nous précipiter en notre dernière ruine, d'accepter les conditions qu'on nous proposait*. »

Tel était le mécontentement des provinces obéissantes que Requesens crut devoir se disculper publiquement d'avoir rompu les négociations. Le 2 septembre, il adressa aux états particuliers des Pays-Bas une circulaire, où il exposait, au point de vue du gouvernement, les incidents de ces laborieuses négociations et

' Correspondance de Philippe H, t. III, pp. 340-342,

* Requesens au Roi, d'Anver.-;, 31 juillet 1575. [Correspondance de Phi' lippe II, t. III, p. 356.)

' Correspondance de Philippe II, t. III, p. 356.

* Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 267.

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