LIVRE X
Forces Jont dispose Requesens. — L'armée de Guillaume le Taciturue. — Gilles de Rerlaymont, baron de Hierges, prend le commandement des troupes royales en Hollande. — Projet d'incendier le Walerland. — Horribles représailles de Thierri Sonoy. — Gilles de Berlaymont s'empare de Buren. — Avantages obtenus par Mondragon. — Siège et prise d'Oudewater; héroïsme des habitants et de la garnison — Capitulation de Schoonhoven. — Conspiration à Amsterdam ; elle est découverte. — Les succès des armes espagnoles mal accueillis dans les provinces du Midi. — Plan conçu par Requesens pour s'emparer de l'île de Schouwen. — Expédition mémorable; bravoure éclatante des soldats de l'Espagne. — Siège de Zierikzee. — F'énurie du Taciturne. — Nécessité pour la Hollande et la Zélande de rechercher un appui au dehors. — Union des deux provinces insurgées. — Nouveaux pouvoirs conférés au prince d'Orange. — Prédominance des réformés. — Situation religieuse de la Hollande et de la Zelaude. — Ambassade envoyée en Angleterre. — Politique de la reine Elisabeth. — Mission de Robert Corbet près de Requesens. — Champagney est envoyé en Angleterre. — Ses entretiens avec la Reine, avec lord Burghley et avec Leicester. — Triste état des provinces eûcore réputées fidèles. — Angoisses de Requesens. — Mesure déloyale qui lui est imposée par Philippe II ; vif chagrin qu'il en ressent. — Tombé malade à Anvers, il se hâte de revenir à Bruxelles. — Mort de Chiappin Vitelli. — Derniers moments de Requesens ; il n'a pas le temps de signer
les décrets qui devaient pourvoir au gouvernement du pays. — Mort et obsèques du grand commandeur.
Les négociations de Breda n'avaient point suspendu la lutte inégale que les Hollandais et les Zélandais soutenaient contre la puissante Espagne.
Le lieutenant de Philippe II disposait de plus de cinquante mille hommes d'infanterie. Il avait trois régiments espagnols, sept régiments wallons, trois régiments de Bas-Allemands et six régiments de Hauts-Allemands. En outre, trois mille "Wallons gardaient les places frontières de France. La cavalerie formait un total de plus de cinq mille hommes. Indépendamment des treize bandes d'ordonnance (truis mille hommes d'armes et archers), elle comprenait dix-huit compagnies de che^•au-légers et d'arquebusiers à cheval et deux compagnies de reitres ' .
A ces forces imposantes le Taciturne devait opposer le peuple en armes, car ses troupes régulières étaient tout à fait insufïisantes. Quatre régiments étaient chargés de défendre la Hollande méridionale ; le premier se composait de Wallons, le second d'Allemands, le troisième de Français et le quatrième d'Écossais. La Hollande du Nord et la Zélande étaient gardées par vingt-cinq compagnies de fantassins. Toutes ces forces régulières formaient un total de trois mille soldats au plus. Mais les villes principales de la Hollande méridionale étaient gardées par trente-huit compagnies de bourgeois, chacune de deux cents hommes très-bien exercés. Comme chaque famille de villageois devait fournir un homme, on comptait, en outre, neuf mille paysans armés, dont deux mille étaient gens de cheval. En Zélande, il y avait onze
' Correspondance de Philippe H, t. III, pp. 243 et suiv.