‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 29 sur 103 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

cents paysans armés et deux mille pionniers occupés à réparer les digues et à élever des fortifications. La flotte, placée sous le commandement de Louis de Boisot, avait été notablement accrue. Pour entretenir ces forces de terre et de mer, la Hollande et la Zélande s'imposaient les plus lourds sacrifices. Le peuple ne murmurait pas. Il écoutait les ministres calvinistes qui, pendant les négociations mêmes de Breda , n'avaient cessé de prêcher la guerre. Il obéissait à ses magistrats qui, presque tous, se montraient courageux patriotes * .

Dans l'armée royale, les Espagnols et les Wallons étaient toujours renommés pour leur bravoure héréditaire. Mais leur solde n'étant plus payée régulièrement, ils se plaignaient avec amertume, ils réclamaient en menaçant l'arriéré considérable qui leur était dû, et ces murmures dégénéraient trop souvent en mutineries. Ils finissaient aussi par se payer aux dépens des habitants. " Leurs insolences étaient si grandes, dit un témoin, que, dans les villages, ils regardaient, comme étant à eux, les femmes, les filles et les biens des paysans ^ »

Gilles de Berlaymont, baron de Hierges, gouverneur de la Gueldre, avait succédé au comte de la Roche qui, au mois d'octobre 1574, s'était rendu à Padoue, pour rétablir sa santé. Il avait été investi du gouvernement de la Hollande et d'Utrecht ou, pour mieux dire, du commandement des troupes royales.

Les Espagnols, après la levée du siège de Leyde, avaient d'abord porté leur attention sur cette partie de la Hollande du nord qu'on appelle le Waterland, entre le Zuyderzée, l'Y et le Zaan. Le mestre-de-camp Valdès avait soumis à Requesens l'idée

' Renon de France, Mss, 2^ part,, cbap. 44 et 46 — Correspondance de Philippe 11, t. III, passim.

^ F. Ceriol au prince deMelito, d'Anvers, 26 juin 1575. [Correspondance de Philippe II, t. III, p. 328.)

de brûler et de détruire tous les villages de cette contrée. Requesens en référa au Roi, et celui-ci transmit ses instructions le 22 octobre 1574. Pour enlever au prince d'Orange le territoire qui lui fournissait des tributs abondants, Philippe était d'avis de recourir à un moyen extrême. Requesens pouvait, ou submerger, en rompant les digues, tous les villages et le plat pays, ou bien y mettre le feu. Le Roi préférait ce dernier parti, toutefois après avoir donné un dernier avertissement aux rebelles '^

Requesens se montra tout disposé à se conformer aux ordres de Philippe ; déjà même il avait donné des instructions pour porter le feu dans le Waterland, lorsque les mutineries qui éclatèrent parmi les troupes, après le siège deLeyde, vinrent entraver ses projets '.

Malheureusement, la menace seule d'incendier le Waterland fournit à Thierri Sonoy, gouverneur de cette contrée, un prétexte pour déployer la plus grande barbarie contre ceux qu'il soupçonnait de vouloir favoriseï' l'entreprise des Espagnols. Il érigea un tribunal extraordinaire qui, par ses cruautés, rivalisa avec le Conseil de sang d'exécrable mémoire ^

Gilles de Rerlaymont dirigea néanmoins un corps d'armée vers le Waterland. Mais cette démonstration n'avait d'autre but, paraît-il, que d'effrayer les ennemis, de les obliger à concentrer leurs forces dans les places de cette pro^ ince et à dégarnir les autres. Rerlaymont, après avoir pillé la campagne pendant quinze jours, se retira à Beverwyk, puis, s'avançant dans la Gueldre, parut inopinément, le 9 juin, devant Buren. Il avait plus de six

' Correspondamce de Philippe II, t. III, p. 174.

* Requesens au Roi, 11 décembre ibli-. [Correspondance de Philippe II, t. III, p. 212.)

' Bon, dans le livre huitième de son grand ouvrage, fol. 106 et suiv., a retracé impartialement le tableau complet de ces atrocités qui furent d'ailleurs désavouées et blâmées énergiquement par le prince d'Orange.

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