LIVRE X
mille hommes sous ses ordres, tandis que la ville et le château n'étaient défendus que par quatre compagnies de soldats. La ville fut emportée le 26 juin, et, deux jours après, le gouverneur rendit également le château sans même attendre un coup de canon. Quoique le commandant eût allégué qu'il se trouvait sans munitions et avec une garnison trop faible, cette capitulation indigna les états. Le gouverneur de Buren fut enfermé dans la tour de Gouda et ne dut la vie qu'à l'intervention du prince d'Orange ^
Tandis que Berlaymont entrait dans Buren, Mondragon s'emparait des îles de Klundert et de Fynaard, d'où les insurgés pouvaient inquiéter une partie des frontières du Brabant ^.
Berlaymont, ayant concentré ses forces, les conduisit contre Oudewater, petite ville de cinq cents foyers située sur une digue. Elle était odieuse aux Espagnols, parce qu'elle avait donné à la Hollande l'exemple de l'insurrection, après la prise de la Briele par les gueux de mer. Vers le 15 juillet, les troupes royales parurent devant Oudewater. La garnison commandée par Sainte- Marie, capitaine français, se composait de deux compagnies wallonnes, d'une compagnie flamande et d'une compagnie écossaise ; de deux compagnies de bourgeois et d'une compagnie de vrybulers ou mariniers, en tout, dix-huit cents soldats. Ils dispesaient de deux demi-serpentines de bronze, de trois demifauconneaux et de deux autres pièces de fer dont l'une portait la rose et la jarretière d'Angleterre. Quoique assaillis par des forces quatre fois supérieures, les assiégés montrèrent une indomptable
' B. DE Meindoça, Commentaires, liv. XIII, cbap. I". — Grande Chronique de Hollande, liv. XI, fol. 301 v. — Le priuce d'Orange à Jean de Nassau, de Dordrecht, 7 juillet \^1^. {Archives de la maison d'Orange, t. V, p. 251).
- Correspondance de Philippe II, t. III, p. 337. — B. de Mendoça, Commentaires, liv. XIII, chap. II.
énergie. Le 6 août, les Espagnols étaient parvenus à pratiquer une brèche large de plus de cent cinquante pas. Avant d'ordonner l'assaut, Berlaymont offrit aux assiégés une honorable capitulation. Ces offres furent rejetées. Le lendemain, dimanche, vers onze heures, après une furieuse canonnade, les Espagnols s'élancèrent sur la brèche. Ils rencontrèrent une résistance désespérée. Soldats, bourgeois, les femmes mêmes, combattaient avec une vaillance extraordinaire sur les murs croulants. — Ce n'étaient plus des hommes, disait un des chefs espagnols, c'étaient des lions. — Pour augmenter la sublime horreur de ce spectacle, le feu prit à une maisonnette où les assiégés fondaient le plomb et préparaient l'eau bouillante qu'ils jetaient sur l'ennemi. L'incendie se communiqua aux maisons voisines et bientôt toute la ville fut en feu. L'assaut durait depuis plus d'une heure, et quatre cents Espagnols, parmi lesquels Gilles de Berlaymont lui-même, avaient reçu des blessures plus ou moins graves, lorsque la ville fut enfin emportée. Les vainqueurs, s'étant élancés dans les rues, passèrent au fil de l'épée tous ceux qui avaient échappé à la mort. La boucherie fut telle, que, de tous les soldats, il ne demeura pas vingt hommes vivants. Leur chef, le capitaine Sainte-Marie, fut tué sur la brèche; Morcant, qui commandait l'autre compagnie wallonne, grièvement blessé, fut fait prisonnier. Le capitaine de la compagnie flamande eut le même sort. Celui qui était à la tête de la compagnie écossaise fut blessé aussi. Quant au ministre calviniste, les Espagnols le pendirent *.
' Le S' de Trelon, maître de l'artillerie, à Requesens, du camp d'Oudewater, 9 août 1575. — Requesens au Roi, d'Anvers, 17 août 1575. {Correspondance de Philippe II, t. III, pp. 3o2etsuiv.)— Lettres de Gilles de Berlaymont à Requesens et deBerty à Viglius. (Archives du Royaume. Documents historiques, t. XIII.) — Brirf recueil des choses plus mémorables passées es Pays-Sas, mss, fol. 21 v». — B. de Mendoça, liv. XIII, chap. IV-VI. — Grande chronique de Hollande, liv, XI, fol. 301-303.